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Plan de l'article
Présentation ; La planification impérative en URSS ; La réflexion sur la planification en Europe occidentale ; La planification indicative en France : le plan Jean Monnet ; La politique de planification à la française
planification, économie dans laquelle l'État met en œuvre divers moyens pour exercer une influence significative sur la production et sur la distribution de richesses. L'idée de la planification économique se développe pendant la Première Guerre mondiale : les États belligérants se dotent peu à peu de moyens administratifs et économiques pour encadrer la production et soumettre l'économie aux impératifs de la guerre. L'économie de guerre est, par conséquent, la première apparition historique de la planification économique, qui s'oppose au credo libéral, « laisser faire, laisser passer ». La pratique et la pensée planificatrices évoluent dans l'entre-deux guerres ; il faut donc distinguer la « planification impérative » de la « planification indicative ». La planification impérative caractérise l'économie centralisée : utilisée dans les pays communistes jusque dans les années quatre-vingt, elle se traduit par un dirigisme de la production. La planification indicative, elle, ne comporte aucune mesure obligatoire pour les entreprises.
La planification impérative voit le jour en URSS, sous une première forme qui ne dure pas au-delà de l'année 1921 et de l'abandon de l'économie de guerre : une administration, le Gosplan, est chargée de définir et de suivre les objectifs de production industrielle et agricole. Les désordres liés à la guerre conduisent Lénine à abandonner rapidement cette première expérience pour appliquer la Nouvelle politique économique (NEP) et relancer la production. Mais la NEP s'éloigne de l'orthodoxie communiste selon Staline, qui, en 1927, fait adopter par les Soviets le principe d'un plan quinquennal. Il entre en vigueur le 1er octobre 1928. Ce premier plan répond à une logique politique : la société soviétique est encore une société rurale, or pour que la dictature du prolétariat ouvrier triomphe, il importe aux dirigeants communistes d'accroître numériquement la classe ouvrière et de réduire la place de la paysannerie. Le premier plan rend donc prioritaire le développement de l'industrie lourde, alors que l'effort financier pour investir dans l'industrie doit être fourni par l'agriculture. Dès lors, cette priorité entraîne la collectivisation progressive de l'agriculture, dont la production doit s'inscrire dans les prévisions du plan. Cela a immédiatement des conséquences sociales : les paysans doivent intégrer des kolkhozes (coopératives agricoles) ou des sovkhozes (fermes d'État). Mais les plus aisés d'entre eux, les koulaks, enrichis notamment par la NEP, sont présentés comme des ennemis de classe, hostiles à la collectivisation des terres, des individualistes, incapables de s'inscrire dans la planification économique : ils sont donc éliminés physiquement (dékoulakisation). Le premier plan permet un net accroissement de la production industrielle, qui double entre 1928 et 1933. Il faut néanmoins signaler que les statistiques de production sont alors toutes truquées : le modèle soviétique, avec le plan impératif doit montrer sa supériorité sur le modèle capitaliste. Les chiffres sont donc la traduction d'un enjeu idéologique et de propagande que Staline manie efficacement pour affirmer la supériorité de l’URSS sur le monde occidental en prise avec les conséquences de la crise économique de 1929. La modernisation industrielle soviétique est, du reste, une réussite et elle suscite l'admiration, non seulement en URSS mais aussi en Occident, où de nombreux intellectuels succombent au charme du productivisme soviétique et critiquent le capitalisme.
La réflexion sur la planification en Europe occidentale connaît un profond renouvellement pendant les années trente, sous l'impulsion de la fascination pour le modèle soviétique et de la crise du capitalisme à la suite de la crise économique de 1929. Des cercles de réflexion se créent et préconisent l'intervention de l'État, ainsi que l'adoption d'un plan pour réduire les inégalités sociales, amoindrir les risques de crise économique et organiser scientifiquement le développement économique. En Belgique, le socialiste Henri De Man fait adopter par son parti un « plan de travail » qui prévoit une organisation économique basée sur trois secteurs : un secteur public comprenant les entreprises d'intérêt national, un secteur contrôlé par l'État englobant les grandes entreprises et un secteur libre pour les petites et moyennes entreprises.
Ces principes guident la réflexion d'un courant de pensée désigné en France sous le nom de « planisme », qui regroupe des hommes venus de la droite et de la gauche : le Groupe X-crise, créé en 1931 par des polytechniciens, rassemble des hommes proches du patronat ; au sein de la SFIO, le Groupe révolution constructive, derrière Lucien Laurat, fait des propositions de plan ; la CGT et la CFTC publient également en 1934 leur projet planiste. Parallèlement, une revue, Plans, fondée par Philippe Lamour, rassemble des articles rédigés par de hauts fonctionnaires, des artistes (Le Corbusier) et des musiciens (Arthur Honnegger). Les Jeunes Turcs du Parti radical s'intéressent également au courant planiste. L'un des leurs, Gaston Bergery, poursuit cette réflexion lorsqu'il quitte le parti radical pour fonder en 1933 le groupe Front commun : en 1934, il publie un « plan frontiste ». La réflexion sur la planification dans les années trente témoigne d'une inquiétude devant la crise économique : aux yeux de ses promoteurs, il est impensable de rester inerte, et les solutions qu’ils proposent relèvent toutes d'une aspiration à une économie dirigée, à une économie mixte où l'État joue un rôle, sans supprimer l'initiative privée. Certains membres du courant planiste, tel Gaston Bergery ou François Lehideux, voient dans le régime de Vichy, en 1940, une chance pour appliquer la planification dans le cadre de la rénovation nationale et de la collaboration avec l'Allemagne. Le gouvernement du maréchal Pétain crée la Délégation générale à l'équipement national qui établit deux documents, le Plan d'équipement national en 1942 et la Tranche de démarrage en 1944, qui tracent les étapes d'une planification. Mais celle-ci ne voit pas le jour avant l'effondrement du régime de Vichy. Dans le même temps, certains membres de la Résistance et de la France Libre, comme Jean Monnet, réfléchissent à des projets de planification pour instaurer, après guerre, une démocratie économique et sociale.
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