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Napoléon IerArticle
Plan de l'article
Présentation ; Le petit caporal ; Le glorieux général ; L’homme du 18 Brumaire ; Napoléon Ier ; La chute de l’Aigle ; La légende napoléonienne
Afin d’organiser la paix napoléonienne, Bonaparte met en place de nombreuses réformes. Il rassure la bourgeoisie en réaffirmant la liberté d’entreprise et en renonçant au concept aristocratique de la propriété. En créant la Banque de France, en assurant une monnaie stable (le franc germinal) et grâce aux butins de ses conquêtes, il réorganise les finances de l’État. Au niveau économique, pour redonner confiance aux entrepreneurs, il interdit les grèves et, pour l’ouvrier, réintroduit l’obligation du livret de travail, le soumettant à la surveillance. En créant l’ordre de la Légion d’honneur (18 mai 1802), il cherche à fonder une nouvelle élite fondée non plus sur les privilèges, mais sur le mérite civil et militaire. De même, en 1802, il développe l’enseignement public avec la création des lycées, dispensant une instruction à la fois scientifique et classique ; ainsi favorise-t-il cette bourgeoisie dont il cherche à obtenir le soutien. Cependant, il prolonge la confiscation des libertés politiques, rétablit la censure à l’encontre de la presse et réduit l’opposition en développant une surveillance policière efficace et continue. Il réorganise la sécurité intérieure du pays, en confiant la Sûreté à Fouché. En échange des libertés confisquées, il entreprend une réorganisation de l’ensemble de l’appareil administratif et juridique. En créant, dans le cadre du département, la fonction de préfet, relais direct de son autorité chapeautant les collectivités locales existantes, il contribue à perpétuer la centralisation administrative commencée sous l’Ancien Régime et prolongée par la Révolution. Dans le domaine administratif, il promulgue le Code civil (appelé également Code Napoléon) le 21 mars 1804. Cette unification de la législation lui permet d’assurer la libre entreprise, de garantir l’inviolabilité de la propriété privée et de réaliser, une fois encore, un audacieux compromis qu’il n’a de cesse de prolonger (par le Code des procédures civiles en 1806, du commerce en 1807, d’instruction criminelle en 1808 et le Code pénal en 1810), modifiant durablement et profondément les structures juridiques de la France.
Face aux complots qui se multiplient à l’égard de Bonaparte (il échappe à une machine infernale rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800, puis à une tentative d’enlèvement fomentée par le même chouan, Cadoudal, soutenu par les Anglais et certainement le duc d’Enghien, l’un des chefs de l’armée des émigrés) et afin de rallier les hésitants et de gagner les opposants, Fouché pousse le Sénat à inviter le Premier consul à « achever son ouvrage en le rendant immortel comme la gloire ». Le 18 mai 1804, le Sénat vote à l’unanimité l’instauration du gouvernement impérial, proclamant Napoléon empereur héréditaire des Français. Le 2 décembre 1804, après avoir épousé religieusement Joséphine, celui qui s’appelle désormais Napoléon Ier est sacré empereur par le pape Pie VII à Notre-Dame de Paris. Même s’il est proclamé empereur (représentant ultime du peuple) et non roi, Bonaparte laisse planer un doute que l’historiographie n’a encore pu lever : en se faisant sacrer, Napoléon clôt-il ou trahit-il la Révolution ? En fait, l’aspect provisoire du Consulat a jusqu’alors laissé supposer un semblant de continuité avec la Révolution. Mais avec l’instauration de l’Empire est consacré un nouveau type de régime qui est sans doute en rupture avec les principes de la Révolution. D’ailleurs, Bonaparte lui-même insiste sur ce point lorsqu’il déclare à la fin des travaux du Consulat provisoire : « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée ; elle est finie. »
En avril 1803, l’Angleterre rompt la fragile paix d’Amiens. Deux ans plus tard, l’Autriche, la Russie, la Suède et Naples la rejoignent dans la troisième coalition. Napoléon arme alors une flotte à Boulogne, avec l’idée d’envahir l’Angleterre. Mais la cinglante défaite navale que lui inflige Nelson à Trafalgar, le 21 octobre 1805, le conduit à oublier l’épine anglaise et à retourner ses troupes contre les Autrichiens et les forces austro-russes. Les premiers sont défaits à Ulm le 20 octobre 1805, les secondes mises en déroute lors de la bataille d’Austerlitz le 2 décembre. Le traité de Presbourg, signé le 26 décembre 1805, clôt la coalition. L’Autriche cède la Vénétie, le Tyrol, le Trentin, l’Istrie et la Dalmatie. Napoléon offre le royaume de Hollande à son frère Louis, regroupe seize états allemands dans la Confédération du Rhin (12 juillet 1806), enlève le royaume de Naples aux Bourbons et y couronne son frère Joseph. La Prusse forme alors une nouvelle coalition avec l’Angleterre et la Russie. Elle est battue à Iéna et à Auerstedt (14 octobre 1806). En Pologne, Napoléon affronte l’armée russe et la vainc à Friedland (14 juin 1807). En juillet, il signe avec le tsar Alexandre Ier le traité de Tilsit, lequel ébauche une alliance salvatrice avec la Russie, émiette la Prusse et donne à Jérôme Bonaparte le royaume de Westphalie et le grand-duché de Varsovie. En novembre 1806, il instaure le blocus continental dans l’espoir de conduire l’Angleterre à la faillite commerciale. Pour s’assurer l’étanchéité du blocus, il s’empare du Portugal en novembre 1807, annexe l’Étrurie en 1807, occupe les États du pape et prend Rome en 1808. En Espagne, il fait abdiquer en sa faveur Charles IV et place son frère Joseph sur le trône. C’est compter sans le mécontentement des Espagnols. Madrid se soulève, et malgré quelques victoires, la guérilla espagnole se prolonge, entretenue par les Britanniques. Coûteuse en hommes et en mobilisations, la campagne d’Espagne qui perdure est le premier revers de l’Empire napoléonien. En 1809, Napoléon bat à nouveau les Autrichiens à Wagram (6 juillet) et occupe Vienne, où il signe une nouvelle paix, le 14 octobre. Il annexe l’Illyrie et les États pontificaux, puis Brême, Lübeck, et plusieurs régions au nord de l’Allemagne ainsi que la totalité du royaume de Hollande, à la suite de l’abdication qu’il impose à son frère, l’indocile Louis Bonaparte qui a refusé l’application du blocus continental dans son royaume. Cette époque marque l’apogée de l’Empire napoléonien qui s’étend sur 130 départements et 750 000 km², gouvernant 70 millions d’habitants.
Napoléon organise une cour impériale digne des fastes de l’Ancien Régime. Il crée une noblesse d’empire pour récompenser ses plus grands généraux, maillons essentiels et fidèles de ses victoires. Il fonde des royaumes en Europe, États satellites adossés à l’Empire, à la tête desquels il place les membres de sa famille, et particulièrement ses frères et sœurs devenus princes et altesses : Joseph, roi de Naples puis d’Espagne ; Maria-Anna, grande-duchesse de Toscane ; Louis, roi de Hollande ; Marie-Paulette, duchesse de Guastalla ; Marie-Annonciade, reine de Naples ; Jérôme, roi de Westphalie. En 1805, il désigne son beau-fils, Eugène de Beauharnais, comme son héritier en le nommant vice-roi de la défunte République italienne, dont il se proclame lui-même roi. En avril 1810, après avoir divorcé de l’impératrice Joséphine qui ne lui a pas donné d’enfant, il épouse la fille de l’empereur d’Autriche, Marie-Louise. En s’alliant ainsi aux Habsbourg, il espère légitimer sa dynastie et particulièrement son fils, François Charles Joseph, le jeune roi de Rome qui naît en 1811 (voir Napoléon II). Malgré les dérives de grandeur imitées de l’Empire romain, Napoléon Ier réussit, par cette habile politique, à faire disparaître toute opposition intérieure.
Le prolongement de l’œuvre réformatrice commencée sous le Consulat contribue, par sa diffusion dans toute l’Europe, à abolir la féodalité de l’Ancien Régime et à dessiner les prémices d’une unité européenne. Chaque État dépendant de l’Empire reçoit une constitution établissant le suffrage universel, créant un Parlement et intégrant une déclaration des droits sur le modèle révolutionnaire. Le Code Napoléon est introduit partout, et la justice est réformée sur le modèle français. Napoléon propage le système administratif centralisateur et l’enseignement public, ouvrant à tous l’enseignement supérieur. La liberté religieuse est partout instaurée (sauf en Espagne). Dans chaque État sont créés un conservatoire et des académies consacrées à la promotion des arts et des lettres. Pourtant, la présence française, et les bouleversements qu’elle apporte, contribuent à faire éclore les nationalismes et est à l’origine de profonds déchirements. Durant cette période de « croissance dans la guerre », comme l’a défini l’historien Ernest Labrousse, Napoléon initie bien d’autres réformes, comme l’établissement de cadastres au niveau communal. Il apporte son soutien aux innovations techniques, développe une politique de grands travaux et favorise le développement du monde des affaires, grâce à la stabilité du franc germinal et à la confiance que sa gloire inspire. Néanmoins, le besoin de fonds, nécessaires pour asseoir sans cesse la stabilité de son Empire, le pousse à continuer la guerre.
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