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Napoléon IerArticle
Plan de l'article
Présentation ; Le petit caporal ; Le glorieux général ; L’homme du 18 Brumaire ; Napoléon Ier ; La chute de l’Aigle ; La légende napoléonienne
De 1811 à 1812, Napoléon réunit à nouveau la Grande Armée et, en mai, en représailles envers le tsar qui s’apprête à s’unir aux aristocraties coalisées, Napoléon prend le commandement de la campagne de Russie. Le 14 septembre, il pénètre à Moscou, mais l’incendie qui ravage la ville détruit le ravitaillement de ses troupes. Avec l’hiver qui commence, il lui est impossible de poursuivre l’armée du tsar. La retraite de Russie est une longue marche de retour, désastreuse, où une grande partie des troupes se perd dans les eaux glacées de la Berezina. Malgré la montée du mécontentement intérieur, la défection de certains de ses proches (comme Bernadotte et Murat, qui rejoignent la coalition), la saignée démographique masculine due à la multiplication des conscriptions et la conspiration du général Malet à Paris, Napoléon réunit une armée de jeunes conscrits, les « Marie-Louise ». Alors que la Russie prend la tête de l’opposition — réaction antinapoléonienne contre-révolutionnaire, liguant la Prusse, l’Allemagne, l’Autriche et l’Angleterre contre lui —, Napoléon parvient à remporter de nouvelles victoires à Lützen et à Bautzen en mai 1813. L’armistice conclu par le chancelier autrichien Metternich est de courte durée ; Napoléon est battu à Leipzig en octobre et se replie en France. L’Allemagne est abandonnée, la Hollande s’insurge, et Joseph, défait à Vitoria en juin, quitte la péninsule Ibérique. La France est envahie. Malgré les désertions, Napoléon parvient à lever encore 60 000 hommes. Mais la campagne de France se solde par la chute de Paris le 31 mars 1814. Les maréchaux d’empire refusent alors de continuer le combat ; Napoléon est déchu par le Sénat le 3 avril. Le traité de Fontainebleau, signé le 11, confirme son abdication sans conditions. Les Alliés lui concèdent alors, comme seul royaume, l’île d’Elbe en Méditerranée, où il s’exile avec quelques fidèles. Marie-Louise et son fils, l’Aiglon, sont confiés à la garde de l’empereur d’Autriche.
Alors qu’en France une opposition bonapartiste s’organise contre le fragile régime du roi Louis XVIII, Napoléon s’échappe de l’île d’Elbe et débarque à Golfe-Juan. Il marche alors sur Paris, remontant d’un vol d’aigle la route qui prend bientôt son nom, gagnant à sa cause les troupes envoyées pour le capturer, soutenu par le peuple fidèle et rejoint par les combattants qui ont servi au cours de ses campagnes. Quand il arrive aux Tuileries, Louis XVIII a déjà fui. Contenant l’élan révolutionnaire, Napoléon promulgue une nouvelle constitution, proche de la Charte de Louis XVIII. Pour éviter que les armées coalisées ne se rejoignent en Belgique, l’Empereur prend l’initiative de l’attaque et bat les Prussiens à Ligny le 16 juin. Mais à Waterloo, le 18 juin 1815, il est vaincu par les armées de Wellington, rejointes par celles de Blücher que le marquis de Grouchy n’a pu contenir. Napoléon souhaite continuer la lutte, mais l’hostilité des députés le pousse à abdiquer une nouvelle fois, le 22 juin.
Ayant perdu tout appui politique et n’ayant pas réussi à retrouver l’alliance déterminante des notables, dont il a pourtant assis la situation, Napoléon se réfugie à Rochefort. Il embarque sur le navire britannique Bellerophon et est exilé à Sainte-Hélène, île rocheuse désolée et battue par les vents au sud de l’océan Atlantique. Il y passe les six dernières années de sa captivité avec quelques fidèles, tel Emmanuel de Las Cases auquel il dicte le Mémorial de Sainte-Hélène. Durant son exil, il construit sa légende, devient le martyr de la Sainte-Alliance des « rois oppresseurs des peuples ». L’Empereur doit subir les brimades du gouverneur de l’île, Hudson Lowe, effrayé à l’idée d’une possible évasion. Le 5 mai 1821, il meurt des suites d’un douloureux cancer de l’estomac — qui le pousse depuis longtemps à porter sa main sur son ventre pour soulager sa douleur.
La plus grande conquête de Napoléon est d’avoir ravi les cœurs et investi l’imaginaire collectif. En façonnant son image, cette silhouette reconnaissable entre toutes — une redingote grise et un bicorne surmontant deux grands yeux froids et décidés —, le « petit caporal » a conquis le monde. Il est devenu l’emblème de la méritocratie révolutionnaire, le modèle de la volonté de puissance. En comprenant l’importance de la propagande, Napoléon initie avec génie sa propre légende. Dès la campagne d’Italie, il se préoccupe de son image ; grâce au butin italien, il fonde le Courrier de l’armée d’Italie, la France vue de l’armée d’Italie puis le Journal de Bonaparte et des hommes vertueux. Ces publications, largement diffusées, glorifient les exploits d’un jeune général encore inconnu. Plus tard, la propagande fait de lui l’homme providentiel. En noircissant la situation héritée du Directoire, Napoléon glorifie la confiance et l’ordre qu’il rétablit par ses victoires. Inondant l’Europe, les Bulletins de la Grande Armée imposent la version officielle des combats, modifiant les faits pour donner de l’Empereur l’image du génial stratège qui sait anticiper. Toujours grandioses, les cérémonies qui célèbrent son règne le montrent comme l’incarnation de la fierté et de la gloire nationales. Son image, magnifiée par les peintres (le Sacre de Napoléon Ier de David, les Pestiférés de Jaffa ou le Champ de bataille d’Eylau de Gros) et les sculpteurs (Chaudet érige la statue qui surmontait la colonne Vendôme), sublimée par l’invention d’un emblème (l’Aigle), concourt également à façonner la légende. Cependant, les défaites et la chute de l’Empereur contribuent au développement d’une contre-propagande spontanée, et en partie d’origine britannique. Corollaire de l’admiration, la légende « noire » antinapoléonienne est partout amplifiée par les ennemis de l’Empire, en France — Chateaubriand dénonce le despotisme, la ruine économique et la sanguinaire saignée démographique européenne —, comme dans le reste de l’Empire — Goya peint le Dos de Mayo, dénonçant les répressions napoléoniennes contre les Madrilènes.
En 1823 paraît le Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases — qui est l’un des grands succès d’édition du xixe siècle — et, pratiquement en même temps, les Mémoires pour servir à l’histoire de France des généraux Gourgaud et Montholon, compagnons de l’Empereur à Sainte-Hélène. Les mémorialistes, souvent d’anciens généraux, sont nombreux à s’exprimer alors, à vouloir témoigner sur cette époque de conquêtes et de gloire. Tous exaltent le génie tactique de Napoléon, l’idéal militaire d’ascension qu’il représente, mais aussi et surtout, sa capacité charismatique à exiger l’impossible de ses hommes et à s’en faire adorer. Les colporteurs, avec des gravures, des peintures et des dessins des fastes napoléoniens ou des scènes de bataille, assurent la postérité de l’Empereur. Les souvenirs des grognards rappellent les grandes victoires et les petites anecdotes flattant l’honneur national, comme le montre Balzac dans le Médecin de campagne. Chansons, poèmes, images de l’Empereur circulent dans le peuple, où l’existence du grand homme est transfigurée à la manière des légendes dorées du Moyen Âge, d’autant que le souvenir de la stabilité économique qu’il avait instaurée crée l’image d’un âge d’or face à la crise et à la cherté régnant aux débuts de la Restauration. Le destin tragique de l’Aiglon émeut. Le retour des restes de Napoléon, en décembre 1845, est l’occasion d’une démonstration de la piété qu’inspire encore l’Empereur, et le peuple accompagne avec ferveur le cercueil à l’église des Invalides où il repose encore. En 1848, l’élection de Louis-Napoléon, son neveu, à la présidence de la République porte aussi le souvenir de l’Empereur (voir Napoléon III). Et il est facile pour les bonapartistes se référant à Napoléon Ier, de légitimer le coup d’État de 1851 et le retour de l’Empire.
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