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Résultats avec Windows Live® Search Césaire, AiméArticle
Plan de l'article
Présentation ; « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ». ; L’invention de la négritude ; Retour au pays natal ; Le combat politique de « Papa Césaire » ; « Je parle et j’éveille »
Césaire, Aimé (1913-2008), poète et homme politique français, chantre de la négritude, dont l’œuvre exprime toute la révolte du peuple noir contre les colonisateurs.
Né à Basse-Pointe, dans le nord de la Martinique, Aimé Césaire, fils d’un inspecteur des impôts et d’une couturière, et petit-fils du premier enseignant noir de la Martinique, grandit dans une famille nombreuse et modeste, où sa grand-mère, une des rares femmes lettrées de sa génération, lui apprend à lire et à écrire. Après une scolarité classique à Basse-Pointe, il obtient une première bourse pour entrer au lycée Schoelcher (du nom du père de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, Victor Schoelcher) de Fort-de-France en 1924. Là, son goût pour les études et ses aptitudes remarquées par ses professeurs lui permettent d’obtenir une seconde bourse pour poursuivre ses études à Paris. Il entre alors en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand en 1931 ; il y rencontre Léopold Sedar Senghor, son aîné de quelques années et futur président du Sénégal indépendant, et noue avec lui une amitié profonde. Tous deux sont particulièrement marqués et révoltés par l’exposition coloniale qui se tient en 1931 à Paris, et par la politique engagée par le ministre des Colonies, Paul Raynaud, qui déclare alors : « La colonisation est un phénomène qui s’impose, car il est dans la nature des choses que les peuples arrivés à son (sic) niveau supérieur d’évolution se penchent vers ceux qui sont à son (sic) niveau inférieur pour les élever jusqu’à eux » (discours du 2 juillet 1931). Aimé Césaire poursuit ses études de lettres à la Sorbonne avant d’entrer à l’École normale supérieure en 1935. Il prend peu à peu conscience de ses racines africaines et se penche de plus en plus sur les méfaits du colonialisme, notamment grâce à la parution en 1932 d’un manifeste surréaliste martiniquais, rédigé par René Ménil et d’autres intellectuels, dénonçant le colonialisme et la notion « d’assimilation » — dans Nègre je suis, nègre je resterai (2005), il explique : « L’assimilation pour moi, c’était l’aliénation, la chose la plus grave ». Deux ans plus tard, s’étant rapproché de plusieurs étudiants antillais et africains, il fonde la revue l’Étudiant noir (1934) avec Léopold Sedar Senghor et son ami martiniquais Léon-Gontran Damas (rencontré au lycée Schoelcher). En 1935, la France célèbre le tricentenaire du rattachement des Antilles à la métropole, ce qui ne fait que renforcer son sentiment anticolonialiste.
C’est dans un texte intitulé « Nègrerie » et publié en 1934 dans l’Étudiant noir qu’Aimé Césaire introduit le concept de « négritude ». La négritude traduit l’affirmation des valeurs culturelles, historiques et spirituelles africaines. Non seulement littéraire et artistique, la négritude se fait politique, notamment à travers la lutte contre le colonialisme et l’humiliation subie par les pays d’Afrique noire. La négritude « plonge dans la chair rouge du sol. / Elle plonge dans la chair ardente du ciel » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939). Elle se clame dès lors haut et fort, et l’identité africaine affirme sa dignité et ses lettres de noblesse. La négritude n’apporte pas d’élément vraiment novateur aux idées qui circulent déjà dans les milieux intellectuels noirs : remise en question des valeurs des sociétés occidentales, protestation contre la politique d’assimilation française, affirmation de la valeur des cultures noires, volonté d’obtenir une reconnaissance officielle et véritable des civilisations noires. Elle a cependant le mérite de structurer ce mouvement de pensée et de lui donner une efficacité et un élan nouveaux. Dans ses entretiens de Nègre je suis, nègre je resterai, Aimé Césaire raconte : « notre doctrine, notre idée secrète, c’était : Nègre je suis et nègre je resterai. Il y avait dans cette idée l’idée d’une spécificité africaine, d’une spécificité noire. Mais Senghor et moi nous sommes toujours gardés de tomber dans le racisme noir. J’ai ma personnalité et, avec le blanc, je suis dans un respect mutuel. »
En 1935, en vacances en Dalmatie, Aimé Césaire se souvient du littoral martiniquais et commence la rédaction du Cahier d’un retour au pays natal qu’il achève en 1938. Marié en 1937 à Suzanne Roussi, une Martiniquaise, et agrégé de lettres en 1938, il décide de rentrer en Martinique en 1939 ; tous deux enseignent au lycée Schoelcher. Le Cahier d’un retour au pays natal, publié cette même année, est un véritable cri de révolte, auquel se rallient plusieurs intellectuels noirs.
Combattant les clichés sur les Antilles et l’aliénation culturelle imposée par la France métropolitaine, Aimé Césaire, avec son épouse et d’autres intellectuels martiniquais tels René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, fonde en 1941 la revue Tropiques, qui devient le lieu d’expression de la négritude et du sentiment national martiniquais, mais aussi de l’anticolonialisme et de l’anti-assimilationnisme. Avec la Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy, les autorités françaises en Martinique se font répressives, s’opposent particulièrement aux élus noirs, qu’ils remplacent par des Békés (blancs), et pratiquent la censure, s’attaquant notamment à la revue d’Aimé Césaire. En 1941, ce dernier rencontre André Breton, qui découvre le Cahier d’un retour au pays natal et la revue Tropiques. Le pape du surréalisme, qui admire particulièrement l’homme engagé qu’est Césaire — il écrit la préface du Cahier dans son édition bilingue en 1943, puis celle des Armes miraculeuses, et le surnommera plus tard « le nègre fondamental », puis « le prototype de la dignité humaine » —, exerce sur lui une profonde influence. Aimé Césaire finit par se rallier au surréalisme, et les Armes miraculeuses (1946) et Ferrements (1960), recueils de poésies exaltant l’âme noire, portent l’empreinte du mouvement. Reçu en Haïti où il reste six mois, il s’intéresse à la figure historique de Toussaint Louverture à laquelle il consacre quelques années plus tard un ouvrage, Toussaint Louverture, la Révolution française et le Problème colonial (1962), à propos duquel il dit : « il y a beaucoup de moi dans ce livre sur Toussaint Louverture. […] La révolution haïtienne est une révolution nègre » (Nègre je suis, nègre je resterai). Aimé Césaire poursuit son œuvre à travers l’écriture poétique car, selon lui « C’est dans ma poésie que se trouvent mes réponses. La poésie m’intéresse, et je me relis, j’y tiens. C’est là que je suis. La poésie révèle l’homme à lui-même. » (Nègre je suis, nègre je resterai). Parmi ses œuvres poétiques figurent également Soleil cou coupé (1947), Corps perdu (1950), Cadastre (1961), Moi, Laminaire (1982, Grand prix national de la poésie) et la Poésie (1994).
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