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Plan de l'article
livre, industrie du, fabrication, publication et distribution de livres. L’apparition du livre est liée à l’évolution des supports de l’écriture. S’il y a eu des écrits sur pierre, le bois reste cependant le premier support des livres. Les termes biblos, en grec, et liber, en latin, désignent en premier lieu l’« écorce d’arbre ». En chinois, le caractère qui désigne encore le livre est dessiné sous la forme de tablettes. La plupart des spécialistes estiment que le volumen, ou rouleau de papyrus collé de l’Antiquité, est le véritable ancêtre du livre. Il est établi que, dès le IIIe millénaire av. J.-C., les ateliers d’Athènes ou de Rome publient des éditions de poèmes, d’allocutions et de discours solennels de plusieurs centaines d’exemplaires. Cependant, l’éditeur antique était davantage un publieur. Ce n’est qu’avec l’apparition de l’imprimerie, au XIVe siècle, que la fonction de l’éditeur se précise. Les choix des éditeurs de cette époque, notamment l’édition de textes grecs et latins de l’Antiquité, contribuent à façonner le visage de la culture européenne. Au XIXe siècle, la révolution industrielle gagne l’imprimerie, et l’éditeur devient un entrepreneur. À partir de la seconde moitié du XXe siècle, avec l’évolution des techniques, le changement d’échelle du public et la multiplication des réseaux de distribution, le secteur de l’édition connaît une concentration croissante.
En Grèce, le premier commerce régulier d’œuvres littéraires est celui entrepris par les élèves de Platon, qui louent ou vendent les transcriptions de ses conférences. En 400 av. J.-C., Athènes devient la capitale littéraire de la Grèce ainsi que le centre de production et de commercialisation des manuscrits et des papyrus. Les premiers libraires athéniens confectionnent eux-mêmes leurs rouleaux ; ils engagent ensuite des copistes et complètent leurs activités de location et vente de manuscrits par l’organisation de lectures à voix haute, payantes, que le public vient écouter dans leurs boutiques. La fondation des grandes bibliothèques, comme celle d’Alexandrie, créée par les deux premiers Ptolémée vers 325-246 av. J.-C., donne une impulsion nouvelle au développement et à la diffusion du livre. Par les ateliers de copistes qu’elles entretiennent, ces bibliothèques contribuent à répandre de nombreux textes dans le monde méditerranéen. À Rome, le commerce du livre est introduit par des immigrants grecs qui emploient des esclaves pour recopier les classiques athéniens. L’édition proprement dite apparaît à la fin du Ier siècle apr. J.-C., avec le développement de la littérature latine. En Chine, les premiers supports sont des tablettes de bois reliées par des lanières de cuir ou de soie. Mais l’invention du papier, aux environs du Ier siècle apr. J.-C., donne un élan décisif à l’édition chinoise. Il remplace progressivement le bois, le bambou et la soie. À cette époque, les techniques d’impression existent déjà. Les moines bouddhistes et taoïstes utilisent des sceaux gravés en relief et inversés, pour reproduire des textes en série. Mais ces techniques restent assez confidentielles. Les premiers livres chinois se présentent sous forme de rouleaux. Par la suite, on en vient à coller les feuillets de papier par la tranche pour constituer des livres s’ouvrant comme un paravent, appelés « livres tourbillons ». La Chine a longtemps été célèbre pour son industrie du livre, influente et techniquement avancée.
Au début du Moyen Âge, les abbayes sont les principaux centres de la vie intellectuelle. La fabrication de livres est, par conséquent, le monopole des monastères, dont les scriptoria, ou salles d’écriture, sont réservées à la copie et à la décoration des manuscrits, généralement de textes religieux. La connaissance de la lecture et de l’écriture reste le privilège quasi exclusif des ecclésiastiques et d’une noblesse cultivée. Les meilleurs ateliers monastiques, en raison de l’excellence de leur technique calligraphique, jouent un rôle comparable à celui d’une maison d’édition, en tant que fournisseurs attitrés des princes et des rois. Aux XIIe et XIIIe siècles, une transformation s’effectue dans la fabrication et la diffusion du livre. Avec la renaissance urbaine, la vie intellectuelle regagne les villes. Les métiers du livre s’organisent, étroitement liés à la croissance des universités, en particulier celles qui sont établies à Paris (1150) et à Bologne (1200). Celles-ci supervisent la préparation des manuels scolaires et d’œuvres littéraires, et déterminent également les prix de vente ou de location des livres. Deux nouvelles professions naissent : le libraire, marchand ou dépositaire des livres, et les stationarii qui, garants de l’exactitude des textes, détiennent le manuscrit original et le louent à des copistes. Les stationarii de l’université de Paris ne sont pas seulement les fournisseurs de leur établissement, mais aussi de la plupart des autres universités européennes.
La mise en œuvre des techniques d’impression utilisant des caractères typographiques individualisés commence juste après 1440, et marque le début de la modernisation de l’édition. Les Allemands, inventeurs de l’imprimerie, en sont les premiers et les meilleurs propagateurs. À la fin du XVe siècle, un grand nombre d’imprimeurs allemands sont établis dans toute l’Europe. Les principaux centres de production et de diffusion du livre sont les grandes places commerciales : Strasbourg, Venise, Florence, Lyon, Anvers, Paris, Bâle, Cologne et Leipzig. L’un des éditeurs les plus influents sur la littérature et la société de la Renaissance a été Alde Manuce, établi à Venise. Grâce à lui, l’Europe de la fin du XVe siècle découvre les textes poétiques et philosophiques de l’Antiquité latine et grecque. Il restitue notamment le texte original d’Aristote. Parmi les autres éditeurs-libraires de cette période, on distingue Koberger, établi à Nuremberg, qui s’est spécialisé dans l’édition de textes des Pères de l’Église, ainsi que William Caxton, installé à Westminster (Londres) en 1476. Il a été l’un des premiers à imprimer des livres en langue anglaise. Il publie également ses propres traductions d’ouvrages latins, français et hollandais. Dès le début du XVIe siècle, des humanistes entreprennent d’éditer plusieurs versions de la Bible. Le grand maître en ce domaine a été l’imprimeur parisien Robert Estienne. Pendant les quatre années qui ont marqué l’éclosion de la Réforme (1518-1521), 800 exemplaires d’une centaine de textes de Martin Luther paraissent en latin, en allemand et dans d’autres langues dans la ville de Wittenberg. À sa mort, en 1546, 3 700 exemplaires de ses ouvrages ont été publiés. Cette entreprise d’édition, au succès commercial limité, exerce une influence considérable sur la société européenne. Au cours du XVIIe siècle, les principaux centres de production se situent dans les États du Nord, regroupés sous le nom de Provinces-Unies. Le climat de relative liberté qui y règne attire beaucoup d’auteurs qui craignent la censure dans leur propre pays. C’est le cas de Descartes dont le Discours de la méthode a été imprimé à Leyde en 1637.
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