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JuifsArticle
Plan de l'article
Présentation ; Origines des Hébreux ; Le royaume ; La Judée soumise ; Les Juifs après l’exil ; Les Juifs de l’époque moderne
L’arrivée de l’islam ne suscita pas de difficulté majeure à la communauté juive de Babylone. L’islam devint la religion d’État après la conquête arabo-musulmane de la Mésopotamie en 637, et le calife Omar établit d’abord une série de restrictions visant les Juifs : il leur était interdit d’occuper une fonction politique, d’avoir des serviteurs musulmans, de porter des armes, de construire ou de réparer les synagogues, de pratiquer le culte à haute voix ; en outre, ils durent porter des pièces de tissu jaune sur la manche afin qu’on les reconnût. Mais les califes abbassides de Bagdad ne se sentirent pas liés par le code et autorisèrent les Juifs à conserver une certaine autonomie. Ce code d’Omar servit surtout plus tard en Europe, où les chrétiens l’importèrent et l’imposèrent aux Juifs pendant des siècles. L’époque de la tolérance musulmane suscita le développement d’une riche culture où se mêlèrent les enseignements grecs, musulmans et juifs, à une époque où l’Europe était encore plongée dans le haut Moyen Âge.
Vers le milieu du Xe siècle, le foyer de la culture juive, profane et religieuse, se déplaça de Babylone à l’Espagne, alors sous domination musulmane. L’Espagne avait abrité des communautés juives bien avant l’arrivée de l’Empire romain, mais celles-ci avaient longtemps souffert de persécutions, en particulier sous les rois wisigoths convertis au catholicisme au VIe siècle. La conquête musulmane ouvrit une ère de paix pour les Juifs espagnols qui occupèrent des fonctions importantes comme politiques, médecins, financiers et érudits. Par leurs traductions de textes grecs classiques recueillis par les Arabes, ces érudits juifs espagnols contribuèrent aux débuts de la Renaissance en Europe. Cette ère de paix s’acheva au XIIIe siècle avec le déclin de l’islam en Espagne. Les monarques catholiques réduisirent les Juifs espagnols à la même condition inférieure que les autres Juifs d’Europe. Au Moyen Âge, en particulier depuis les croisades, la persécution des Juifs s’était faite systématique dans les pays chrétiens. Lors des premières croisades, des milliers de Juifs avaient été massacrés par des foules fanatisées par la ferveur religieuse. En 1215, le quatrième concile de Latran, réuni par le pape Innocent III, ordonna une politique de restrictions inspirée du code d’Omar, obligeant chaque Juif à porter un signe distinctif. Les Juifs furent contraints de vivre dans des quartiers spéciaux appelés ghettos (du nom d’un quartier de Venise où vivaient en majorité des juifs) et furent privés de leur liberté de mouvements. Au XIIIe et au XIVe siècle, plusieurs monarques européens remplirent leur Trésor en expulsant leurs sujets juifs et en confisquant leurs biens : l’exemple du roi Édouard Ier d’Angleterre en 1290 fut suivi un siècle plus tard par le roi Charles VI de France qui expulsa les Juifs en 1394, mettant fin à l’histoire juive en France jusqu’à la Révolution. À l’époque de la Mort noire (XIVe siècle), les Juifs furent fréquemment accusés d’avoir provoqué la peste en empoisonnant des sources, et furent massacrés. En Espagne, les persécutions systématiques entraînèrent des conversions en masse. Beaucoup de ces conversions n’étaient que de façade : toute une catégorie de nouveaux convertis, appelés marranes (en espagnol, « porc »), professa le catholicisme en public mais maintint en secret la pratique du judaïsme. L’Inquisition espagnole, instaurée en 1478, persécuta ces marranes, puis, en 1492, l’Espagne expulsa les Juifs, suivie de près par le Portugal (1497). Les expulsés d’Europe occidentale trouvèrent refuge à l’Est. Des milliers de Juifs espagnols émigrèrent dans l’Empire ottoman qui poursuivait la politique musulmane de tolérance : Constantinople devint, à partir du XVIe siècle, le foyer de la plus importante communauté juive d’Europe. La plupart des Juifs chassés d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de Suisse s’installèrent en Pologne ou en Russie ; en 1648, la communauté polonaise comptait plus de 500 000 Juifs. Ils obtinrent leur propre administration autonome au sein du royaume de Pologne, lequel devint alors le centre de la culture juive en Europe. Mais ensuite survinrent les persécutions de 1648-1658 entreprises par les Cosaques ukrainiens de Bohdan Khmelnitsky (v. 1595-1657), et au cours desquelles d’innombrables communautés juives de Pologne furent détruites : ce fut le début du déclin de la communauté juive d’Europe centrale. Les Juifs eurent l’interdiction d’exercer une profession libérale, d’appartenir aux guildes d’artisans, d’exploiter des fermes ou de grandes entreprises et furent contraints de vivre du petit commerce.
Après la Réforme protestante, les progrès des libertés politiques et sociales contribuèrent à rétablir la tolérance envers les Juifs en Occident. Ainsi, en Angleterre, Oliver Cromwell encouragea-t-il l’émigration des Juifs dans le Commonwealth après 1650. Des hommes d’État britanniques comme John Locke ou Roger Williams encouragèrent de même les Juifs à s’établir dans les colonies américaines. En France, lors de la Révolution, l’Assemblée nationale émancipa les Juifs en 1791, accordant à tous le droit de vote et la citoyenneté. Au cours de ses campagnes militaires, Napoléon ouvrit les ghettos et émancipa les Juifs à travers toute l’Europe. Cependant, après 1815, la plupart des États libérés de la domination française refusèrent de poursuivre cette politique, voyant dans l’émancipation des Juifs un dangereux encouragement au libéralisme. Cette réaction dura quelques décennies, mais, à la fin des années 1860, l’émancipation des Juifs semblait effective dans toute l’Europe de l’Ouest.
À l’inverse, en Europe centrale et orientale, la Russie, par hostilité au libéralisme, instaura une politique officielle de persécutions. La Pologne en particulier, annexée depuis les partages de 1772 et 1796, abritait un très grand nombre de communautés juives. Les Juifs furent soumis à de sévères restrictions. Il leur fut interdit de vivre à l’extérieur d’un territoire déterminé, leur accès à l’éducation et aux activités professionnelles fut strictement réglementé. En outre, le gouvernement du tsar encouragea et, à l’occasion, finança des massacres de Juifs, appelés pogroms, dans le but de détourner les accès de colère du peuple russe contre le système féodal encore en vigueur à la fin du XIXe siècle. Cette persécution se poursuivit jusqu’à la révolution russe de 1917. Par suite de ces mesures et des pogroms, environ 2 millions de Juifs sous administration russe émigrèrent aux États-Unis entre 1890 et la fin de la Première Guerre mondiale. D’autres communautés juives originaires d’Europe de l’Est s’établirent en France, au Canada, en Amérique du Sud (en particulier en Argentine) et en Palestine.
L’émigration des Juifs vers le Nouveau Monde débuta dès l’établissement des premières colonies. De nombreux Juifs sépharades (d’origine espagnole ou portugaise) s’installèrent au Brésil ; cependant, seuls les marranes furent autorisés à y demeurer et la persécution à laquelle les soumit l’Inquisition entraîna leur fuite du Brésil. La première communauté d’Amérique du Nord fut fondée en 1654 par quelques-uns de ces marranes brésiliens dans la colonie néerlandaise de la Nouvelle-Amsterdam (aujourd’hui New York) où ils purent professer ouvertement le judaïsme. Au moment de l’indépendance américaine, vers 1780, la population juive des colonies comptait environ 2 000 membres. Au XIXe siècle, la plupart des immigrants juifs aux États-Unis venaient d’Allemagne, à la suite de la reprise de l’antisémitisme après 1815, puis à l’échec de la révolution allemande en 1848. À partir de 1880 environ, 3 millions de Juifs s’installèrent aux États-Unis, la plupart originaires d’Europe. Cette immigration à grande échelle prit fin en 1924, lorsque les quotas restrictifs d’immigration furent instaurés.
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