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Tunisie

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Tunisie : drapeau et hymneTunisie : drapeau et hymne
Plan de l'article
5.6

La République du « Combattant suprême »

Le 25 juillet 1957, l’Assemblée nationale dépose le bey et proclame la République, dont Bourguiba devient le premier président. Les biens du bey sont confisqués et servent à régler la dette de l’État. De nombreux fonctionnaires français sont révoqués et un tiers des Français de Tunisie quittent le pays.

5.6. 1

Les relations avec la France

Les relations avec la France se détériorent en raison de la guerre d’Algérie. Fin 1957, des affrontements se produisent lorsque des troupes françaises, poursuivant des indépendantistes algériens, franchissent la frontière tunisienne. Les tensions culminent début 1958. Le 8 février 1958, des avions de l’armée française franchissent la frontière algérienne et bombardent le village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, tuant 68 Tunisiens et en blessant 100 autres. Le 15 avril 1959, la France et la Tunisie signent un accord prolongeant l’assistance technique française et, en 1960, la Tunisie convient de rembourser une partie des terres confisquées aux ressortissants français.

Une nouvelle Constitution est promulguée le 1er juin 1959. Le 8 novembre, à l’issue d’un double scrutin, présidentiel et législatif, Bourguiba est réélu président sans rencontrer d’opposition ; le Néo-Destour rénové remporte tous les sièges à l’Assemblée nationale. Les relations franco-tunisiennes se détériorent de nouveau en 1961. Les Français ayant refusé d’évacuer la base navale de Bizerte, des troupes tunisiennes l’assiègent le 19 juillet 1961. Deux jours après, l’armée française force le blocus et cerna la ville tout entière, provoquant la mort de 1 300 Tunisiens. Les deux camps acceptent la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 22 juillet appelant à un cessez-le-feu. En outre, le 25 août, l’Assemblée générale des Nations unies demande à la France d’abandonner entièrement Bizerte. Peu de temps après, les deux camps regagnent les positions qu’ils occupent avant le combat. Après des discussions prolongées entre la France et la Tunisie, qui débutent en 1962, la France se retire intégralement de Bizerte en octobre 1963.

5.6. 2

Les relations avec le monde arabe

Pour marquer son indignation après le bombardement du village de Sakiet-Sidi-Youssef par l’armée française en février 1958, la Tunisie adhère le 1er octobre à la Ligue arabe ; elle s’en retire toutefois le mois suivant en raison de la rivalité opposant Habib Bourguiba et Gamal Abdel Nasser. L’échec de cette première tentative ne remet cependant pas en cause la volonté de Bourguiba de jouer un rôle prépondérant au sein du monde arabe. Le leader tunisien se tourne simultanément vers le reste du Maghreb et le Proche-Orient arabe. Cette politique se traduit par une coopération économique et politique accrue avec les pays voisins. Le contentieux sur les frontières avec l’Algérie est résolu. De même, les relations entre la Tunisie et le Maroc s’améliorent. Durant les années 1965 et 1966, la Tunisie soutient la création du Comité permanent consultatif du Maghreb qui préfigure l’Union du Maghreb Arabe (UMA), dont l’acte de naissance est signé en 1989. Dans le même temps, le pays se rapproche de l’Égypte. Cette politique arabe apparaît comme une alternative à la coopération avec la France, alors que celle-ci a annulé toute aide financière à la Tunisie à la suite de l’expropriation des terres encore en possession des étrangers, notamment des Français, décrétée en mai 1964.

Le panarabisme affiché par le régime est cependant jugé trop modéré par les autres nations arabes, qui condamnent la proposition avancée en 1965 par Bourguiba de revenir au plan de partage de la Palestine voté en 1947 par l’ONU. Une nouvelle fois, les relations diplomatiques avec l’Égypte sont rompues (1966), avant d’être rétablies l’année suivante à la faveur de la guerre des Six-Jours contre Israël.

La position tunisienne se renforce cependant après la signature des accords de paix séparés entre l’Égypte et Israël, en 1978. Le siège de la Ligue arabe est transféré à Tunis en 1979. En juin 1982, la Tunisie accueille les dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont Yasser Arafat, ainsi que plusieurs centaines de ses partisans qui ont été chassés du Liban après l’invasion israélienne de ce pays. Le choix panarabe n’exclut cependant jamais une politique de bonnes relations avec les pays occidentaux, notamment la France.

5.6. 3

L’édification d’un État moderne

Dès son accession au pouvoir, Habib Bourguiba met en œuvre la politique de modernisation et de laïcisation de l’État qu’il promeut au sein du Néo-Destour depuis le début des années 1930. Il lance un vaste chantier de réformes sociales novatrices et progressistes, inédites dans le monde arabo-musulman, dont la promulgation dès le mois d’août 1956 du Code du statut personnel (CSP), qui interdit la polygamie et la répudiation, et déclare l’égalité entre les hommes et les femmes — le droit de vote et d’éligibilité est accordé aux Tunisiennes en 1957. Afin de lutter contre le sous-développement, le nouveau président choisit de consacrer la majeure partie des ressources de l’État à l’éducation (laïcisation et gratuité de l’enseignement), la formation et la santé.

Lors des élections de novembre 1964, Bourguiba proclame sa volonté de mettre en œuvre un « socialisme tunisien », et le Néo-Destour est rebaptisé Parti socialiste destourien (PSD). Les terres dont les étrangers ont été expropriés en mai 1964 sont nationalisées puis collectivisées. L’expérience socialiste est de courte durée. Le système des collectivités agricoles, qui est un échec, est abandonné dès la fin des années 1960. La Tunisie engage une politique de libéralisation économique conduite par le Premier ministre Hédi Nouira. Le développement de l’économie est favorisé par l’augmentation des ressources pétrolières.

Bourguiba est élu pour la troisième fois en novembre 1969. En décembre, l’Assemblée nationale approuve un amendement constitutionnel prévoyant qu’un Premier ministre, nommé par le président, assumera la présidence en cas de décès ou d’invalidité de celui-ci. En mars 1975, le « Combattant suprême », affaibli par des problèmes de santé, se voit accorder par l’Assemblée nationale la présidence à vie, en guise de remerciement et de reconnaissance, et à titre exceptionnel.

5.6. 4

Les dérives du présidentialisme

Les années 1970 sont marquées par un durcissement du régime présidentiel, caractérisé notamment par un exercice de plus en plus personnel et autoritaire du pouvoir et par la multiplication des procès politiques — l’ancien ministre de l’Économie, Ahmed Ben Salah, promoteur de la politique de collectivisation, est condamné en 1970 pour haute trahison. En outre, la répression s’accentue et frappe durement les revendications syndicales et populaires — les forces de l’ordre répriment brutalement les émeutes lors de la grève générale lancée en janvier 1978 par l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).

Face à la montée de l’agitation sociale, le président Bourguiba s’engage dans une tentative d’ouverture démocratique : il accorde l’autonomie à l’UGTT en 1981 et instaure le multipartisme en novembre 1983. Dès le mois de décembre 1983, des émeutes éclatent à l’annonce de l’augmentation des prix des denrées alimentaires de base, qui contraignent Bourguiba à annuler les hausses. La déstabilisation du régime s’aggrave, de l’intérieur par l’opposition croissante du mouvement islamiste radical, et de l’extérieur par la Libye — les relations avec la Libye sont rompues en 1985 après que ce pays a expulsé quelque 30 000 travailleurs tunisiens. Plus tard la même année, le siège de l’OLP, situé près de Tunis, est détruit par un raid aérien israélien. En 1986, la Tunisie adopte un plan d’austérité sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI), qui fournit aux islamistes de nouveaux arguments contre le pouvoir.

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