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Tunisie

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Tunisie : drapeau et hymneTunisie : drapeau et hymne
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5.7

L’ère Ben Ali

Au matin du 7 novembre 1987, Habib Bourguiba, le « Combattant suprême », est déposé par son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali, sous prétexte que son grand âge le rend incapable de gouverner plus longtemps le pays. Vécu comme un changement salutaire, ce « coup d’État médico-constitutionnel » est relativement bien accueilli par les autres pays, et mieux encore par la population. La question de la succession, qui a paralysé et perverti la vie politique tunisienne pendant plus d’une décennie, est ainsi résolue, et Zine Ben Ali, qui était général avant d’entamer une carrière politique, ancien ministre de l’Intérieur, apparaît à la fois comme un homme d’ordre et de compromis, capable donc de faire face aux tentatives de déstabilisation d’une partie des milieux islamistes.

5.7. 1

La répression contre la menace islamiste

Après plusieurs années de répression systématique, il choisit d’abord de mettre en œuvre une politique modérée. Il s’agit d’abord de répondre aux arguments des islamistes, qui reprochent en premier lieu aux autorités la laïcité à outrance : l’arabisation de l’enseignement est encouragée ainsi que le développement d’un islam d’État (contrôle des mosquées, diffusion des appels à la prière par la télévision publique). Parallèlement, le nouveau président autorise le multipartisme, appliquant la démocratisation aux islamistes modérés, invités à participer aux élections législatives de 1989 et aux élections municipales de 1990. Les islamistes, organisés au sein du parti En-Nahda (« la Renaissance »), n’obtiennent pas suffisamment de suffrages pour avoir des élus à l’Assemblée nationale, mais ils apparaissent comme la principale force d’opposition, au point que le gouvernement reconsidère sa politique d’ouverture. À partir de 1991, En-Nahda est de nouveau interdit, et nombre de ses membres sont arrêtés.

Le président Ben Ali, réélu en 1994, renforce la répression contre les islamistes, alors que la démocratisation demeure très limitée. Cependant, les associations et les syndicats se reconstituent, tandis que se poursuit la libéralisation économique et que s’opère une meilleure redistribution des revenus. Cette bonne santé économique, qui a permis d’obtenir des résultats spectaculaires (doublement du revenu par habitant en dix ans ; augmentation de cinq ans de l’espérance de vie, et division par deux de la mortalité infantile), s’accompagne dans la population d’un sentiment de vivre dans un havre de paix et de prospérité, entre deux pays — l’Algérie et la Libye — en proie au chaos et à l’immobilisme.

5.7. 2

Le durcissement du régime

Le 24 octobre 1999, le président Ben Ali est réélu pour un troisième mandat de cinq ans, avec 99,44 p. 100 des voix. Il était opposé à deux candidats, Abderrahmane Tlili, chef de l'Union démocratique unioniste (UDU), et Mohamed Belhaj Amor, chef du Parti de l'unité populaire (PUP). Aux élections des députés du Parlement unicaméral, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti gouvernemental présidé par Ben Ali, remporte 92 p. 100 des voix, soit 148 sièges contre 34 pour l’opposition. Le 17 novembre, le président Ben Ali nomme l'ancien ministre de la Coopération, Mohamed Ghannouchi, au poste de Premier ministre. Il remplace Hamed Karaoui, Premier ministre depuis dix ans. Un nouveau ministère est créé, celui de ministre délégué aux droits de l'homme, qui est confié à Dali Jazy, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme.

En avril 2000, le « minimalisme » des cérémonies qu’organise le pouvoir pour les obsèques de l’ancien président Habib Bourguiba crée une vive réaction dans l’opinion publique tunisienne et internationale. En outre, alors que la lutte contre les islamistes a donné les résultats escomptés au prix d'une répression brutale, l'appareil policier est resté en place, visant avec la même rigueur toutes les oppositions, y compris les organisations des droits de l'homme ou les syndicats. Largement relayés par les médias étrangers, plusieurs cas de violations flagrantes des droits de l’homme touchant des journalistes, des avocats, divers militants et opposants politiques, révèlent aussi à l’opinion publique internationale les aspects les plus négatifs du régime. C’est le cas notamment du journaliste Taoufik Ben Brik, qui entame une grève de la faim en avril 2000 pour protester contre le harcèlement policier dont il est l’objet. Des responsables des forces de sécurité sont arrêtés pour avoir critiqué la position des autorités et le chef de la garde nationale est limogé. En mai, une tentative d’assassinat vise l'ancien rédacteur en chef de l'édition arabe du Monde diplomatique, Riad Ben Fadhel, qui, quelques jours auparavant, avait publié un article critique vis-à-vis du président Ben Ali. Un mouvement de résistance pacifique semble alors se développer dans le pays.

Face à une contestation qui tend à s’élargir, ralliée notamment par Mohamed Charfi, ancien ministre du président Ben Ali de 1989 à 1994, le régime tente de jouer une plus grande ouverture, rendue nécessaire aussi par des résultats économiques moins bons en 2000 et 2001 que les années précédentes. Cependant, différents clans au sein du pouvoir s’affrontent, entre les « durs » du ministère de l’Intérieur qui refusent tout assouplissement et les modérés, dont le nouveau ministre des Droits de l’homme, Slaheddine Maâoui, partisans d’une évolution vers plus de démocratie. Soufflant alternativement le froid et le chaud, arrestations et libérations d’opposants, le président Ben Ali semble ne pas avoir défini une véritable ligne de conduite. En outre, la question d’un nouveau mandat présidentiel occupe tous les esprits. Alors que la Constitution en vigueur ne lui permet pas de briguer un quatrième mandat et qu’il a lui-même abrogé la présidence à vie instaurée par son prédécesseur, le président Ben Ali soumet à ses électeurs un projet de réforme constitutionnelle. Soutenu par quatre des six partis de l’opposition légale, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président, présente cette consultation comme une grande réforme populaire — il s’agit du premier référendum dans l’histoire de la Tunisie. L’opposition démocratique, formée par les partis politiques et les associations non reconnus par le régime, dénonce toutefois le « simulacre électoral » et appelle au boycott d’une manœuvre visant uniquement à permettre au président de se représenter à l’élection présidentielle de 2004. Le référendum du 26 mai 2002 se transforme en un véritable plébiscite, avec 99,61 p. 100 de « oui ». La nouvelle Constitution prévoit le renouvellement sans limite des candidatures à la présidence et repousse de 70 à 75 ans l’âge limite pour y postuler. Le chef de l’État bénéficie en outre d’une immunité pénale pour tous les actes accomplis durant sa présidence.

Sans surprise, le président Ben Ali est réélu en 2004 à une très large majorité des suffrages (94,49 p. 100). Boycotté par une partie de l’opposition, ce scrutin se déroule dans un contexte politique marqué par l’unanimité autour du président sortant — sur les trois autres candidats en lice, deux sont considérés comme proches du pouvoir. Le seul adversaire déclaré, Mohamed Ali Halouani, candidat d’Initiative démocratique — une coalition regroupant les membres du parti Ettajdid (issu de l’ancien Parti communiste tunisien) et des personnalités indépendantes —, ne parvient pas à mobiliser les électeurs et ne recueille que 0,95 p. 100 des voix. Les résultats des élections législatives organisées le même jour que le scrutin présidentiel viennent conforter la victoire de Ben Ali. Son parti, le RCD, remporte en effet 152 des 189 sièges du Parlement.

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