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AustralieArticle
Plan de l'article
La Première Guerre mondiale, bien plus que l’unification en elle-même, marque le point de départ de la transformation des six anciennes colonies australiennes fédérées en un État unifié, conscient de sa nouvelle identité. En réponse à l’appel des forces alliées, l’Australie envoie plus de 330 000 soldats ; 60 000 périssent et 165 000 sont blessés. Ce tribut élevé fait prendre conscience à l’Australie des liens qui unissent les membres de la communauté. En 1915, William Morris Hughes devient Premier ministre et chef du Parti travailliste. Il assiste à la conférence de la Paix de 1919 et obtient que la Nouvelle-Guinée allemande soit placée sous son mandat. Les pouvoirs accordés au gouvernement fédéral dans la Constitution s’avèrent suffisants pour garantir un gouvernement central fort. D’un point de vue économique, l’Australie sort largement bénéficiaire de la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement les industries textile, automobile et sidérurgique. Des produits australiens comme la laine, le blé, le bœuf et le mouton renforcent par ailleurs leur position sur le marché britannique. Un conflit au sein du Parti national, créé par Hughes, le contraint à quitter le pouvoir en 1923. Stanley Melbourne Bruce, chef de l’aile conservatrice, devient Premier ministre grâce à une coalition dont le Parti travailliste est le principal adversaire. Pour maintenir les niveaux de production et d’expansion en vigueur pendant la guerre, le gouvernement cherche à développer les industries de base, mais la dépression des années 1930 affecte en profondeur l’économie australienne : la dette publique et privée augmente et le chômage est important. En 1929, les travaillistes reviennent au pouvoir. La reprise économique est très chaotique, puisque des désaccords concernant la politique à suivre entraînent de nouvelles scissions au sein du Parti travailliste. Le gouvernement est dissous en 1931 et le United Australia Party (« parti de l’Australie unie »), placé sous la direction de Joseph A. Lyons, conserve le pouvoir jusqu’à la fin des années 1930. Lorsque la guerre frappe de nouveau l’Europe en 1939, l’Australie envoie dans un premier temps ses forces armées au secours de la défense britannique puis, en 1941, après l’attaque de Pearl Harbour, le nouveau gouvernement travailliste de John Joseph Curtin cherche à s’allier avec les États-Unis. Jusqu’à la libération des Philippines, le général américain MacArthur et ses troupes utilisent l’Australie comme base d’opération. Bien que les pertes soient moins lourdes que pendant la Première Guerre mondiale, les Australiens sont psychologiquement plus touchés en raison de la menace d’une invasion japonaise qui pèse sur eux. La victoire des Alliés lors de la bataille de la mer de Corail empêche cependant toute offensive et débarquement japonais en 1942. L’industrie australienne se transforme à nouveau pendant cette période pour répondre aux nécessités de la guerre ; l’économie est redéployée vers les industries de transformation, et des industries lourdes s’implantent autour des capitales. Le développement d’après-guerre s’articule autour des bases établies pendant la guerre. Curtin meurt en 1945. Le nouveau gouvernement travailliste, dirigé par Joseph Benedict Chifley, renforce les relations de l’Australie avec les États-Unis au sein du pacte de l’ANZUS, également signé par la Nouvelle-Zélande.
En 1949, Robert Menzies devient Premier ministre, inaugurant une longue période de stabilité politique. La guerre a marqué la disparition de l’United Australia Party. Sur ses traces naît le Parti libéral, qui attire les opposants au Parti travailliste. Menzies, Premier ministre conservateur jusqu’en 1966, insiste sur les liens sentimentaux avec la Couronne britannique, mais s’intéresse plus activement que ses prédécesseurs aux affaires du Pacifique et du sud de l’Asie. Des relations sont ainsi nouées avec les pays de l’Asie du Sud-Est, le Japon et la Chine. Sans que soit renié l’attachement sentimental de Menzies pour la Grande-Bretagne, l’alliance entre l’Australie et les États-Unis devient également de plus en plus étroite, et le pays combat notamment aux côtés des États-Unis lors de la guerre de Corée et pendant la guerre du Viêt Nam. L’Australie participe en outre à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) de 1954 jusqu’à sa dissolution en 1977.
De 1966 à 1972, le Parti libéral, avec l’aide du Country Party, fournit plusieurs Premiers ministres qui cherchent à prolonger l’ère Menzies. Cependant, en 1972, unifié après des années de conflits internes, le Parti travailliste, sous la direction d’Edward Gough Whitlam, revient au pouvoir. Le projet de Whitlam d’accroître les services sociaux se heurte au poids de la droite traditionnelle dans les États et au déclin de la prospérité économique. La coalition Parti libéral-Country Party est de retour à la tête du gouvernement avec Malcolm Frazer, en 1975, après le renvoi controversé du gouvernement Whitlam par le gouverneur général sir John Kerr. La coalition renoue avec les politiques intérieure et extérieure des premiers gouvernements du Parti libéral et pose les bases, en 1976, des droits territoriaux des Aborigènes en votant une loi applicable dans le Territoire du Nord. La coalition de Frazer sort des élections de 1980 avec une majorité fortement réduite ; ébranlé par des défections dans les rangs du Parti libéral et par des scandales touchant le commerce extérieur, Frazer subit alors une cuisante défaite lors des élections de mars 1983. Son successeur travailliste, Bob Hawke, cherche à promouvoir une coopération entre salariés et patronat afin de stimuler l’économie. Sa politique extérieure est profondément pro-américaine. Le Parti travailliste conserve la majorité aux élections de décembre 1984, de juillet 1987 et de mars 1990. En décembre 1991, l’Australie étant plongée dans la crise et la popularité de Hawke déclinant, le Parti travailliste choisit l’ancien ministre des Finances de Hawke, Paul Keating, comme dirigeant du parti et Premier ministre. S’appuyant sur la promesse de faire de l’Australie une république fédérale et soulignant le besoin d’un changement d’orientation vers l’Asie, Keating conduit les travaillistes à la victoire lors des élections de mars 1993. Toutefois, l’usure du pouvoir et les divisions internes provoquent leur défaite aux législatives de mars 1996. Une coalition dirigée par John Howard, qui devient Premier ministre, et regroupant le Parti national et le Parti libéral, accède alors au pouvoir.
La nouvelle coalition conservatrice rompt avec la ligne suivie par ses prédécesseurs travaillistes et mène une politique économique libérale visant à réduire les dépenses publiques et à déréglementer le secteur privé, dont les résultats sont mitigés. La situation des couches défavorisées et des Aborigènes s’aggrave. En 1998, lors des élections régionales au Queensland, One Nation (parti populiste, ségrégationniste et raciste, anti-Aborigènes et anti-Asiatiques) obtient 25 p. 100 des voix environ. Cette poussée nationaliste entraîne une division de la droite classique et le vote d’une loi remettant en cause les droits fonciers des Aborigènes. Lors des élections législatives anticipées d’octobre 1998, One Nation n’obtient aucun siège de député, tandis que les travaillistes progressent, permettant ainsi à John Howard de conserver le pouvoir. La crise financière en Asie, apparue à la mi-1997, constitue le principal frein à l’amélioration de la situation économique du pays. Une dette extérieure importante et un taux de chômage atteignant 8 p. 100 rendent nécessaires d’impopulaires mesures d’austérité. Dès le début de la crise en Asie, anticipant les risques potentiels d’effondrement général des économies de la région, les autorités australiennes souhaitent apporter une aide à certains pays affectés. Cette décision participe d’une volonté de renforcer d’un point de vue économique et géopolitique l’axe Asie-Australie et d’affirmer l’identité australienne dans la région Asie-Pacifique. L’importance du rôle de l’Australie dans cette région s’affirme notamment à l’occasion des violences qui suivent, en septembre 1999, le référendum sur l’avenir du Timor-Oriental. La force multinationale pour le Timor-Oriental (Interfet), dépêchée sur place par l’ONU pour rétablir la paix, est en effet placée sous commandement australien. Lors des élections générales d’octobre 1998, la coalition conservatrice, au pouvoir depuis 1996, recueille la majorité des suffrages et 78 sièges dans la nouvelle Assemblée. Le Premier ministre John Howard conserve son poste et poursuit la mise en œuvre de son programme libéral. Quant à la proposition de transformer l’actuelle monarchie constitutionnelle australienne en république, soumise à référendum le 6 novembre 1999, elle est rejetée par 55 p. 100 des Australiens, le « oui » n’ayant été majoritaire que dans un seul État (celui de Victoria). Un second référendum, tenu le même jour, qui propose de réviser la Constitution aux fins d’y mentionner les populations aborigènes, est également rejeté. En septembre 2000, l’Australie accueille les jeux Olympiques à Sydney avec succès : elle termine à la quatrième place pour le nombre de médailles remportées, les bénéfices sont au rendez-vous et les jeux agissent comme une gigantesque publicité pour le pays. Cathy Freeman, athlète aborigène, en est la star et le symbole : elle allume la flamme olympique et remporte la finale du 400 mètres, rassemblant tous les Australiens derrière elle. Peu après, le 1er janvier 2001, commencent les célébrations du centenaire de la Fédération d’Australie. Elles marquent l’anniversaire de la fondation de l’Australie moderne en une nation unifiée. Toutefois, l’atmosphère de liesse cède rapidement face à une situation économique qui se dégrade. Les élections législatives de novembre 2001 se déroulent dans un contexte politique marqué par la question des boat people, les autorités australiennes ayant refusé d’en accueillir plusieurs centaines au cours des mois précédents. Les travaillistes, sortis victorieux de toutes les élections locales, sont donnés gagnants depuis plusieurs mois, mais c’est la coalition au pouvoir qui l’emporte avec 51,2 p. 100 des voix (81 sièges). La politique gouvernementale de lutte contre l’immigration irrégulière conduit les conservateurs à une nouvelle victoire en ramenant vers eux des électeurs de la formation xénophobe One Nation, qui disparaît pratiquement du paysage électoral, mais elle contribue aussi à la défaite du Labour Party qui, en emboîtant le pas du gouvernement, perd bon nombre de ses électeurs traditionnels. Son dirigeant, Kim Bazley, annonce sa démission au lendemain des élections, tandis que le Premier ministre, John Howard, est reconduit à la tête du gouvernement. Le troisième mandat de John Howard est marqué par les événements internationaux, en particulier par la guerre contre le terrorisme lancée sur l’initiative des États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. En octobre 2002, l’Australie est à son tour victime d’une violente attaque terroriste : un attentat perpétré à Bali (Indonésie) contre des cibles occidentales tue 180 personnes, dont 88 touristes australiens. Dans ce contexte, l’alliance avec l’administration américaine de George W. Bush se place au centre de la politique étrangère australienne. Au début de l’année 2003, l’Australie participe à la coalition américano-britannique en Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein en envoyant 2 000 soldats. Cette participation rencontre l’hostilité de la population australienne, qui s’y oppose à 80 p. 100 avant le début de la guerre en mars 2003. Ce pourcentage descend cependant à 57 p. 100 quelques mois plus tard, à la fin du conflit. Cette alliance traditionnelle et renforcée avec les États-Unis s’accompagne de la volonté de jouer un rôle accru au niveau régional. Le tournant vers une plus grande responsabilité régionale opéré en 1999 avec l’intervention australienne au Timor-Oriental, se confirme en juin 2003 lorsque l’Australie prend le commandement d’une force multinationale chargée de restaurer l’ordre aux îles Salomon. À l’intérieur, le gouvernement de John Howard bénéficie d’un climat économique très favorable : l’Australie enregistre l’un des taux de croissance les plus élevés des pays industrialisés (environ 3,3 p. 100 en 2004), et la croissance économique est ininterrompue depuis treize années. Ce contexte favorable ne joue pas un rôle négligeable dans la victoire aux législatives d’octobre 2004 de la coalition gouvernementale conservatrice — composée du Parti libéral (LPA) et du Parti national (NPA). Cette victoire est d’une ampleur remarquable dans la mesure où elle fournit au gouvernement fédéral la majorité absolue au sein des deux chambres (Chambre des représentants et Sénat). Après avoir pris le contrôle sur les six États de la fédération, le Parti travailliste (ALP), conduit par Simon Crean, enregistre donc un déclin au niveau fédéral.
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