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Plan de l'article
Présentation ; Une dénomination fluctuante ; Histoire d’une diaspora ; La société rom ; La musique, une composante de l’identité rom
Rom, peuple communautaire nomade, parlant le romani, dispersé en petits groupes de par le monde. On estime aujourd’hui le nombre de Rom dans le monde à 12 millions, dont 7 à 9 millions vivraient en Europe. Ces chiffres sont imprécis parce que les Rom ne sont pas souvent recensés comme tels, et ont la nationalité de leur pays de résidence. C’est dans les Balkans (surtout en Roumanie), en Europe centrale, et dans les républiques de l’ex-URSS, qu’ils sont les plus nombreux. Une importante communauté subsiste également au Moyen Orient (Iran, Afghanistan). En Europe, la plupart des Rom sont sédentaires ou semi-sédentaires (déplacements saisonniers liés par exemple aux travaux d’agriculture). Aux États-Unis, où ils seraient aujourd’hui moins de 100 000, les Rom ont voyagé à travers les zones rurales jusqu’à la Grande Dépression des années 1930, lorsque la plupart d’entre eux se sont établis dans les grandes villes des côtes atlantique et pacifique.
La multiplicité des dénominations témoigne de l’histoire complexe du peuple rom. Le seul nom utilisé par les Rom pour se désigner, quel que soit leur pays, est celui de Rom (qui signifie « époux »), et ses déclinaisons Romni (au féminin) ou Roma (au pluriel). Ce terme remplace aujourd’hui en français les termes Bohémiens, Romanichels, Gitans, Manouches et Tsiganes (jugés péjoratifs), sous l’influence d’un mouvement identitaire en plein essor qui insiste sur l’unité culturelle et ethnique. Le terme Tsigane provient du grec athinganos, « celui qui ne veut pas toucher ni être touché » ; Gitan provient de l’appellation Egyptiano donnée aux Rom arrivés en Grèce au ixe siècle, et regroupés au pied du mont Gype, dans le Péloponnèse ; Romanichel provient du romani Romani Cel, le « peuple rom », tandis que Manouche dérive du mot romani mnouch, qui signifie « homme » ; enfin, le terme Bohémien, en français, voulait dire « ceux qui arrivent du royaume de Bohême », en référence au long séjour des Rom auprès des princes de Bohême aux xve et xvie siècles. À l’intérieur du peuple rom, la manière de se désigner, ou de nommer son groupe, dépend de l’interlocuteur, et de la relation que l’on veut établir. Les Rom sont divisés en groupes parfois nommés nations, généralement définies par leur zone géographique d’implantation ou d’origine récente. Parmi les nations européennes, on peut distinguer les Gitans d’Espagne (qui se nomment également Kalés), les Manouches de France, les Sinti d’Allemagne, de Pologne et d’Italie, les Romanichels de Grande-Bretagne et les Rom d’Europe centrale, d’Europe de l’Est et des Balkans. Ces derniers, pour se désigner, précisent souvent leur métier, leur origine géographique ou leur appartenance religieuse : Kalderash ou Calderari (forgerons), Lautari (musiciens), Gurbeti (Rom musulmans de Serbie et de Bosnie, ferblantiers), Boiash (Rom de langue roumaine établis en Hongrie), Arlie (Rom de Macédoine), Lovara (du hongrois lo, qui signifie « cheval »), etc. Les Rom d’Iran sont appelés « noirs » (Karachi) par la population, eux-mêmes se dénommant par leur nom de nation (Kouli Ghorbati, Fiuj). Un certain nombre de groupes nomades, comme les Yéniches (Allemagne) ou les Travellers celtes ou Tinkers (qui se nomment eux-mêmes Pavee), sont abusivement assimilés aux Rom, mais n’ont aucun lien avec le peuple rom, sinon leur mode de vie. En français, l’expression « gens du voyage » désigne l’ensemble des groupes dont le mode de vie est itinérant, de manière saisonnière ou permanente.
Bien que les Rom vivent en Europe depuis plus de 800 ans, c’est seulement à la fin du xviiie siècle que leur patrie d’origine est définitivement identifiée au nord de l’Inde par le linguiste Friedrich Pott, qui le premier démontre la filiation entre le sanskrit et le romani. L’histoire ancienne des Rom reste faite d’hypothèses. On ne sait pas s’ils constituaient un groupe paria vivant en marge de la civilisation indienne, des membres d’une ou de plusieurs castes hindoues, ou s’ils formaient différents groupes indigènes. Le nom de Rom pourrait venir de Romba (ou Domba), un terme vague utilisé pour désigner des groupes marginaux au nord de l’Inde. La migration des Rom s’est faite en plusieurs étapes, dès le ve siècle. Les migrations les plus importantes commencent cependant au xie siècle, probablement à la suite des invasions musulmanes de l’Inde. Partis de l’Inde du Nord, ils émigrent d’abord vers la Perse, où certains s’installent. Puis un groupe reprend sa route vers l’ouest au début du xive siècle, se scindant ensuite en deux mouvements, l’un vers le sud (Irak, Palestine, Égypte), l’autre vers le nord en passant par l’Arménie et la Grèce ; les Rom restent en Grèce près d’un siècle avant de s’installer dans toute l’Europe. Des chroniques locales datent ainsi les premières arrivées de Rom en 1407 en Allemagne, 1425 en Espagne, 1427 près de Paris. Au début du xvie siècle, ils ont atteint tous les pays du continent, y compris la Russie, la Scandinavie et les îles britanniques. Leur trajet en Europe peut être retracé par les emprunts de mots persans, kurdes ou grecs dans les dialectes rom européens.
Au début, les Rom sont souvent bien accueillis, mais très vite leur mode de vie suscite la méfiance. En Espagne, où les Rom sont libres sous la domination musulmane, leur situation change après la reconquête chrétienne en 1492. En 1499, avec la promulgation d’une douzaine de lois interdisant le costume, la langue et les coutumes rom et visant à une assimilation forcée, bon nombre de Rom quittent l’Espagne pour le sud de la France. La première répression officielle des Rom en France a lieu en 1539 avec un ordre d’expulsion de Paris. De même, en 1563, les Rom d’Angleterre sont sommés de quitter le pays sous peine de mort. Au xviie siècle, en Hongrie et en Roumanie, de nombreux Rom sont réduits à l’état de serfs, persécutés, exploités et vivant dans la misère. En Roumanie, leur libération intervient en 1855 seulement ; ce lourd héritage pèse encore durablement sur les relations entre Roumains et Rom. Les Rom, cependant, ne sont pas maltraités dans toute l’Europe, ni par toute la population — de nombreux nobles, en Roumanie et en Bohême par exemple, continuent à les protéger. Dans la Russie des tsars, leurs conditions de vie diffèrent assez peu de celles des paysans pauvres. Dans les Balkans, pendant la domination turque, de nombreux Rom jouissent de privilèges en se convertissant à l’islam.
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