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RussieArticle
Plan de l'article
Contrôlée et soumise à la censure durant la période soviétique, la presse russe, dont la tradition remonte au XIXe siècle, a retrouvé une certaine liberté d’expression avec la politique de glasnost entamée dans les années 1980. La Constitution promulguée en 1993 lui a rendu sa totale liberté, permettant au paysage médiatique russe de connaître un véritable renouveau. De nombreux organes de presse, quotidiens et périodiques, traitant souvent des sujets politiques, ont ainsi vu le jour au début des années 1990, mais beaucoup n’ont pas survécu, en butte à des conditions économiques difficiles. Signe des temps, l’incontournable Pravda (« la Vérité »), quotidien officiel du Parti communiste d’Union soviétique durant quatre-vingts ans, a dû suspendre sa parution en mars 1992, après la disparition du Parti et l’effondrement consécutif de son lectorat. Les médias audiovisuels, pour leur part, peinent à se libérer de la tutelle de l’État, d’autant plus qu’un phénomène de censure continue de s’exercer à l’égard de certains sujets stratégiques (le conflit tchétchène par exemple). Entamée au début de l’année 1995, la privatisation du réseau de télévision d’Ostankino a été suspendue en mars après l’assassinat de Vladislav Listyev, son directeur. Ce meurtre, pour lequel des motifs financiers et politiques ont été invoqués, a surtout mis en évidence l’immense enjeu que constitue le contrôle des médias et l’emprise du crime organisé sur la société russe. Aujourd’hui cependant, le réseau d’Ostankino a été partiellement privatisé et il existe plusieurs chaînes de télévision locales privées en Russie. Ce processus de libéralisation est cependant suivi dès le début des années 2000, sous la présidence de Vladimir Poutine, d’une reprise en main des médias par le pouvoir. La grande chaîne de télévision privée NTV passe en 2001 sous le contrôle du groupe Gazprom, un conglomérat gazier dont l’État est l’actionnaire majoritaire, tandis que la chaîne TV6, indépendante du pouvoir, est mise en liquidation en 2002. Cette mise au pas affecte également la presse écrite, avec la fermeture du journal Segodnya et le renvoi des journalistes du magazine Itogy, jugés trop critiques.
L’écroulement du socialisme et la libéralisation de l’économie, en modifiant brutalement les conditions de vie, ont profondément ébranlé la société russe. Celle-ci doit faire face à une grave crise économique et sociale : dégradation du niveau de vie, notamment du fait du désinvestissement de l’État dans de nombreux secteurs ; paupérisation croissante d’une population qui doit s’adapter à de nouvelles conditions économiques et faire face à une inflation très importante ; précarisation de l’emploi et montée du chômage, phénomène jusqu’alors inconnu ; aggravation des inégalités sociales. Dans ce contexte, le marché noir, déjà pratiqué sous le régime soviétique, et surtout la mafia, prennent un essor croissant. Le désarroi et l’inquiétude règnent dans une grande partie de la population : beaucoup ne croient déjà plus aux vertus du libéralisme et de la démocratie, certains trouvent refuge dans l’ultranationalisme et la religion, d’autres regrettent la disparition du communisme, d’autres enfin continuent à croire aux valeurs occidentales. Les citoyens russes sont en période d’apprentissage et la jeune démocratie russe repose sur des bases encore très fragiles.
Jusqu’en 1991, l’URSS avait développé une économie-modèle de type socialiste, fondée sur le dirigisme, le collectivisme, le centralisme et la planification. La quasi-totalité des moyens de production, d’échanges et de services était contrôlée par l’État. La propriété privée et la libre entreprise étaient bannies. Des plans quinquennaux fixaient les objectifs en matière de production agricole et industrielle ainsi que le développement des grandes infrastructures. Dans les campagnes, la nationalisation et la collectivisation des terres s’étaient accompagnées de l’instauration de grandes fermes d’État (sovkhozes) et de coopératives (kolkhozes). Conçues comme des entreprises industrielles, elles employaient les agriculteurs comme salariés. Le régime soviétique avait mené une politique d’industrialisation rapide et massive. Les industries lourdes (extraction minière, métallurgie et chimie de base, biens d’équipements) et les industries de l’armement étaient privilégiées au détriment de la production de biens d’équipement et de l’agriculture. L’industrie avait acquis rapidement une place dominante dans l’économie soviétique mais elle était toujours demeurée sous-productive et très polluante. Durant toute la période soviétique, le poids économique de l’URSS a été surévalué. La dissolution de l’URSS, en 1991, en mettant brutalement fin au système socialiste, a profondément ébranlé l’économie de la Russie et a entraîné de profondes mutations dans tous les secteurs de l’économie. Le déclin de l’économie russe, amorcé dans les dernières années de la période soviétique, s’est brutalement accéléré.
Le taux de croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) est passé de 3,1 p. 100 en 1985 à - 4 p. 100 en 1995. La Russie est aujourd’hui loin d’être une superpuissance économique. Elle possède un énorme potentiel militaire et scientifique mais son économie est délabrée. D’importantes réformes ont été entreprises à partir de 1992 pour mettre l’économie russe sur la voie de l’économie de marché, du capitalisme et de la libre entreprise : désétatisation, libération des prix, privatisation des grandes entreprises publiques, vaste réforme agraire (privatisation des terres). Les plus grosses entreprises ont été transformées en sociétés par action, les autres sont vendues, la plupart du temps à des firmes étrangères. Toutefois, le désengagement de l’État n’est pas total et il continue à exercer un contrôle partiel sur certains secteurs fondamentaux (extraction, énergie, communications, industries de pointe). Ces réformes, entreprises par le président Eltsine et ses partisans, se sont heurtées à la forte résistance des responsables industriels et de nombreux bureaucrates conservateurs. En dépit des protestations des autorités gouvernementales, la Banque centrale de Russie a continué, en 1992, à accorder d’importantes subventions à des entreprises jugées inefficaces, ce qui a augmenté le déficit de l’État. À partir du milieu de l’année 1993 cependant, la Banque centrale a commencé à respecter les directives gouvernementales concernant les subventions. La privatisation s’est poursuivie. Environ un tiers des entreprises d’État et municipales avaient été privatisées à la fin de 1993. Mais le processus de privatisation dépend dans une large mesure du soutien des autorités locales. Il a progressé beaucoup plus rapidement dans certaines villes, telles que Nijni-Novgorod, Saint-Pétersbourg et Iaroslavl, que dans le reste du pays. Toutefois, le secteur privé fournissait en 1995 près de 70 p. 100 du PIB (14 p. 100 en 1990) et 36 p. 100 des emplois (18 p. 100 en 1990). La libéralisation de l’économie s’est accompagnée d’une grave crise économique et sociale. Les transformations politiques et économiques ont entraîné la rupture des réseaux commerciaux traditionnels et une désorganisation de la production. Les échanges entre la Russie, les républiques de l’ex-URSS et les anciennes démocraties populaires d’Europe ont fortement décliné à partir de la fin des années 1980, lorsque les pays de l’Europe de l’Est se sont émancipés de la tutelle de Moscou et que le contrôle soviétique sur le commerce et la production a commencé à se désintégrer. Engagées dans une logique nouvelle de rentabilité et de profit, les entreprises russes ont multiplié les licenciements. Le chômage, jusqu’alors inconnu, a fait son apparition. L’investissement en Russie a décliné d’environ un tiers depuis la fin des années 1980. La libération des prix en janvier 1992 s’est accompagnée d’une inflation galopante qui a immédiatement atteint 1 353 p. 100 et s’élevait encore, en 1995, à 190 p. 100. La valeur de la monnaie russe, le rouble, a diminué rapidement, depuis le cours officiel de 0,6 rouble pour 1 dollar américain en 1988 à 932 roubles pour 1 dollar en 1993 et 4 558 en 1995. La transition vers une économie de marché se révèle longue et difficile. Les prévisions sur l’avenir immédiat de l’économie russe restent sombres. Par ailleurs, l’instabilité politique et économique, ainsi que la confusion qui règne actuellement dans l’administration russe incitent les investisseurs étrangers à rester prudents. En 2005, le PIB de la Russie s’élevait à 764 milliards de dollars. En 2005, la population active de la Russie s’élevait à 73,2 millions d’individus. La Russie a hérité de la période soviétique un secteur industriel prépondérant et un secteur tertiaire encore sous-développé par rapport au modèle économique occidental. En 1995, le secteur primaire employait 13 p. 100 de la population active, le secteur secondaire 37 p. 100 et le secteur tertiaire 50 p. 100. Le taux de chômage, encore relativement faible (3,5 p. 100), augmente rapidement. Il est d’ailleurs probablement sous-évalué. Le chômage touche en priorité les femmes et un nombre croissant de jeunes. De nombreux salariés cumulent deux, voire trois activités.
En 2005, l’agriculture a fourni 5,60p. 100 du PIB (contre 11,9 p. 100 en 1985). La production agricole a fortement chuté à partir du début des années 1990 (- 9 p. 100 en 1994). Entre 1990 et 1991, la production céréalière a diminué de 24 p. 100. Entre 1986 et 1993, le nombre total de volailles a baissé de 10 p. 100, les bovins de 12 p. 100, les porcs de 19 p. 100. Les facteurs de la crise sont multiples : désorganisation de la production, manque d’approvisionnement en aliments pour bétail, manque de crédits, forte augmentation des prix d’achat des machines agricoles, des carburants et des engrais. L’agriculture privée est désormais possible mais la privatisation se fait lentement dans le secteur agricole. À la fin de 1993, la majeure partie des terres agricoles était encore sous le contrôle des anciennes fermes collectives et fermes d’État. La plupart d’entre elles ont été réorganisées en grandes exploitations coopératives. Les fermes familiales privées restent encore peu nombreuses. Sous le régime soviétique, la plus grande partie de la production agricole du pays était achetée par l’État. Cette pratique disparaît progressivement, même si en 1992 l’État achetait encore plus de la moitié de la production totale de viande, de lait et d’œufs. Malgré la limitation de la surface agricole utile par les contraintes naturelles (7,5 p. 100 seulement des terres sont mises en culture en 2005), la Russie est un important producteur agricole, grâce à des terres très fertiles. Les rendements sont toutefois très faibles par rapport aux pays occidentaux. En 1995, les principales cultures étaient les céréales (62,1 millions de t, 4e rang mondial), le tournesol, la betterave à sucre, le soja, la pomme de terre, les légumes et les fruits. La Russie occupe le 1er rang mondial pour la production d’orge (17,1 millions de t en 1995 contre 27 millions de t en 1992), le 2e rang pour les pommes de terre (33,8 millions de t en 1995 contre 38,2 millions de t en 1992), le 4e rang pour le blé (29,5 millions de t en 1995 contre 46,2 millions de t en 1992), le 5e rang pour la betterave à sucre (13,9 millions de t en 1994). L’élevage est également important. En 1995, le cheptel bovin s’élevait à 43,3 millions de têtes (6e rang mondial), le cheptel ovin à 31,8 millions de têtes (contre 52,2 millions de têtes en 1992, 6e rang mondial) et le cheptel porcin à 24,9 millions de têtes (contre 35,4 millions de têtes en 1992, 4e rang mondial). Dans le Grand Nord, le long du littoral arctique, l’élevage des rennes est pratiqué par des peuples autochtones (Tchouktches). La plus grande partie des terres agricoles du pays se trouvent dans ce que l’on appelle le Triangle fertile. Celui-ci s’étend en Russie occidentale, depuis la mer Baltique au nord jusqu’à la plaine nord-caucasienne au sud, et se prolonge vers l’est, au sud de l’Oural, sur la frange méridionale de la Sibérie occidentale, en une mince bande de 400 km de large. Elle correspond à la zone de climat continental tempéré. La steppe à graminées, aux sols de tchernoziom, constitue la zone agricole la plus riche de Russie (bassins du Don, de la Volga et du Kouban, sud de la Sibérie occidentale). À l’est de l’Altaï, des terres sont cultivées dans des bassins intramontagneux isolés, le long de la bordure méridionale de la Sibérie et dans la région extrême-orientale. Au cours de la période soviétique, de grands travaux d’irrigation furent entrepris, notamment le long du Kouban et du Don, dans le sud de la Russie d’Europe, pour y développer l’agriculture. La sylviculture est une activité très importante. Avec environ un quart des réserves du globe, la Russie était, en 1994, le 5e producteur mondial de bois. En 1993, la production avoisinait 200 millions de m3. La plus grande partie de la production concerne les bois tendres (pins, sapins, mélèzes). Le principal bois dur commercial est le bouleau. Les régions productrices sont le nord-ouest de la Russie d’Europe, la région centrale de l’Oural, la Sibérie méridionale, le long de la voie du Transsibérien, et le sud de la Russie extrême-orientale. Bien que possédant peu de ports océaniques libres de glaces, la flotte de pêche russe est l’une des plus importantes du monde. Elle est présente sur tous les océans. La Russie se situait, en 1994, au 6e rang mondial pour ses prises (3,4 millions de t en 1994, contre 5,6 millions de t en 1992). Environ 60 p. 100 des prises russes sont effectuées dans l’océan Pacifique (hareng, carrelet, éperlan, maquereau, morue). En raison de ses eaux froides, la mer d’Okhotsk est l’une des zones de pêche les plus riches de Russie (saumon, crabe du Kamtchatka). Les principales espèces commerciales pêchées dans la mer Baltique sont le hareng et le sprat. L’URSS a officiellement cessé toute pêche commerciale à la baleine en 1988. Les grands ports de pêche sont Kaliningrad et Saint-Pétersbourg, sur la mer Baltique, Mourmansk et Arkhangelsk, sur la côte ouest de l’Arctique, Astrakhan, sur la mer Caspienne, et Vladivostok sur la côte du Pacifique. La pêche dans les eaux continentales fournit environ 8 p. 100 des prises. La plus grande valeur commerciale revient à l’esturgeon, pêché notamment dans le nord de la mer Caspienne et principale source de caviar dans le monde. En 1994, la balance agricole a accusé un déficit de 6,46 milliards de dollars.
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