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  • Les frères Goncourt

    Tout ce qui comptait dans les lettres pendant la deuxième moitié du XIXe siècle fréquenta Jules (1830-1870) et Edmond de Goncourt 1822-1896)

  • ACADEMIE GONCOURT

    Biographie et bibliographie des frères Goncourt, membres actuels, palmarès.

  • Edmond et Jules de Goncourt

    Site consacré aux frères Goncourt, qui furent journalistes, artistes, japonisants, romanciers, auteurs de théâtre, mémorialistes, historiens du XVIIIe siècle français

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Goncourt, frères

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Nadar, Portrait de Jules et Edmond de GoncourtNadar, Portrait de Jules et Edmond de Goncourt
Plan de l'article
5.1

Des œuvres réalistes

Pour les frères Goncourt, en effet, le roman doit tendre à l’étude de mœurs contemporaines : « Le roman depuis Honoré de Balzac n’a plus rien de commun avec ce que nos pères entendaient par roman. Le roman actuel se fait avec des documents, racontés ou relevés d’après nature, comme l’Histoire se fait d’après des documents écrits. Les historiens sont des raconteurs du passé, les romanciers sont des raconteurs du présent. ». C’est cependant en 1865, avec la parution de Germinie Lacerteux et avec sa préface, réel manifeste naturaliste, qu’ils exposent leur doctrine réaliste. « Nous nous sommes demandé si ce qu’on appelle les basses classes n’avaient pas droit au Roman. […] Si, en un mot, les larmes qu’on pleure en bas, pourraient faire pleurer comme celles qu’on pleure en haut […] Aujourd’hui le Roman s’élargit et grandit […] il peut revendiquer les libertés et les franchises. […] Il cherche l’Art et la Vérité […] il lui suffit de cette conscience : son droit est là ». Leur théorie peut cependant tout autant traiter des choses laides et basses que de la beauté. Ainsi, en 1879, dans la préface des Frères Zemganno, Edmond affirme que « le Réalisme n’a pas en effet l’unique mission de décrire ce qui est bas, ce qui est répugnant, ce qui pue ; il est venu au monde aussi, lui, pour définir, dans l’écriture artiste, ce qui est élevé, ce qui est joli, ce qui sent bon, et encore pour donner les aspects et les profils des êtres raffinés et des choses riches ».

De leur plume naissent six romans en dix ans : les Hommes de lettres (1860) qui deviennent Charles Demailly (1861), Sœur Philomène (1861), Renée Mauperin (1864), Germinie Lacerteux (1865), Manette Salomon (1867) et Madame Gervaisais (1869). Après la mort de son frère, Edmond de Goncourt continue à écrire seul : il publie ainsi la Fille Élisa (1877), les Frères Zemganno (1879), la Faustin (1882), Chérie (1884).

5.2

Peinture de mœurs

Chacun de leurs romans illustre une classe de la société contemporaine. Les personnages sont d’ailleurs presque tous empruntés à la réalité. Ainsi, le personnage de Renée Mauperin s’inspire d’une amie d’enfance, tandis que leur vieille servante dévouée, Rose Malingre, sert de modèle au personnage de Germinie Lacerteux. Les décors et milieux sociaux sont également soigneusement documentés (le monde littéraire dans Charles Demailly, la vie d’un hôpital dans Sœur Philomène, les artistes dans Manette Salomon, la jeune fille moderne dans Renée Mauperin, les milieux catholiques dans Madame Gervaisais).

La réussite la plus complète de peinture de mœurs des Goncourt est certainement Germinie Lacerteux, qui est considéré comme le premier roman français consacré au peuple. Le destin de cette domestique est en effet pour les Goncourt l’occasion de dépeindre un bal populaire, des amants ouvriers, le parler de Paris. « Germinie Lacerteux, dit Émile Zola, est une date. Le livre fait entrer le peuple dans le roman. Pour la première fois, le héros en casquette et l’héroïne en bonnet de linge y sont étudiés par des écrivains d’observation et de style. »

5.3

« L’écriture artiste »

Leurs romans et les textes de préface où ils exposent leur théorie littéraire placent les Goncourt au centre des préoccupations esthétiques de l’époque, même s’ils n’ont que peu de lecteurs. Ce sont également eux qui fixent la technique de l’« écriture artiste » (aussi appelée « décadente »), ce style, qui s’oppose à la rhétorique habituelle et tente de renouveler les formes littéraires, s’applique à sublimer les sensations les plus fugaces et les plus ténues à l’aide du mot rare, du néologisme, de l’incorrection volontaire et de la syntaxe disloquée. Ainsi ils usent avec délectation de phrases substantives ou de pluriels d’abstractions, « elle était enivrée d’illusions fanatiques, rêvait de sentimentalités fiévreuses ».

Selon les Goncourt, il n’y a pas « un patron de style unique, comme l’affirment les professeurs de l’éternel beau. Le style exprime la personnalité. Chacun a sa façon d’écrire parce que chacun a sa façon de sentir ». Selon le critique Anatole Claveau (1835-1914), les Goncourt se croyaient « propriétaires d’un style, parce qu’ils avaient inventé les yeux sourieurs, des sourires affriandeurs, élogier, allumement, bruyance, l’échevèlement des faunesses, l’enfoncement dans un livre, l’enragement jaloux, le serpentement, le farfouillement, le penchement casseur des chapeaux, l’envolement empesé, le ramassement dodu, un mari flave, la merveillosité, la vastitude, la jolité… et des milliers de mots de ce genre dont on ferait un catalogue », mais bien qu’ original, le style des deux frères « aligneurs d’épithètes » est considéré longtemps comme artificiel, voire prétentieux, ne convenant pas toujours aux milieux dépeints. Émile Zola, chef de file du naturalisme et héritier littéraire des Goncourt, est lui-même en désaccord avec ce style : « Il n’est pas besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu’on nous impose aujourd’hui sous le nom d’écriture d’artiste, pour fixer toutes les nuances de la pensée […] Ayons moins de noms, de verbes, et d’adjectifs au sens presque insaisissable, mais plus de phrases différentes, différemment construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités, et de rythmes savants. Efforçons-nous d’être des stylistes excellents plutôt que des collectionneurs de termes rares. »

6

Le Journal

Le Journal des frères Goncourt reste leur œuvre la plus lue aujourd’hui. Commencé en commun au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851, sous la plume de Jules (jusqu’en janvier 1870), ce journal est continué après la mort de son frère par Edmond, qui publie de 1887 à 1896, en neuf volumes, les extraits les moins compromettants. Cette œuvre maîtresse vise, pendant près de cinquante ans, à faire une « peinture de la vie vraie ». Les frères tour à tour croquent, mettent à nu, raillent, font une critique acerbe de leurs contemporains. Frédéric Mistral est « bruyant et assourdissant », Auguste Rodin a des « côtés complètement bouchés ». Célèbre pour sa malveillance et son acidité, le Journal reste un témoignage sans égal sur les mœurs littéraires et artistiques du xixe siècle. L’académie Goncourt étant chargée, par testament, de le publier dans son intégralité, propose une version en 1835 délestée de certains passages jugés encore trop licencieux ou diffamatoires. Ce n’est qu’en 1956 qu’une édition complète révèle enfin la « vérité absolue ».

7

L’académie Goncourt

Admirateurs des salons littéraires du xviiie siècle, les deux frères tentent de reconstituer une « société littéraire ». Après la mort de Jules, Edmond de Goncourt réunit chaque dimanche un petit cercle d’amis écrivains dans le « Grenier » de sa maison d’Auteuil, et désigne les premiers membres de l’académie. Son testament atteste « Je nomme pour exécuteur testamentaire mon ami Alphonse Daudet, à la charge pour lui de constituer dans l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création d’un prix de 5 000 francs destiné à un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année, d’une rente annuelle de 6 000 francs au profit de chacun des membres de la société ». Depuis l’académie porte son nom et décerne chaque année depuis 1903 un prix illustre au cours du « dîner de décembre » (voir Goncourt, prix).

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