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Révolution russe de 1917Article
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L’échec de Kornilov stimula le recrutement du Parti bolchevique, mais il était encore minoritaire au Ier Congrès panrusse des soviets qui s’ouvrit à Petrograd le 3 juin. Ce congrès fut dominé par les mencheviks et les sociaux-révolutionnaires. À l’époque, le gouvernement de coalition dominé par Kerenski était déjà entré en fonction, en pleine crise économique et sociale. Les villes n’avaient pas pu être approvisionnées en blé, ce qui renforçait le danger de famine. Les prix augmentaient en même temps que les privations. Dans l’industrie, le pouvoir grandissant des ouvriers provoqua le défaitisme économique des patrons et la fermeture ou le lock-out des usines par les employeurs. À la campagne, les comités de village commençaient l’occupation des terres, provoquant la colère des propriétaires. Des revendications nationales, notamment en Ukraine, se faisaient jour. Le Congrès des soviets, dans une atmosphère lourde, discuta de la remise des pouvoirs aux soviets, résolution soutenue par Lénine, mais qui n’obtint pas la majorité. Le Congrès vota au contraire une résolution qui approuvait l’action du gouvernement. Il se déclara partisan du monopole d’État sur le pain et les marchandises de première nécessité.
Face à cette situation, les groupes les plus conservateurs de la douma demandèrent au gouvernement d’adopter une politique vigoureuse et de mettre fin à la révolution. Pourtant, comme son prédécesseur, le nouveau gouvernement donna la priorité à la poursuite de la guerre. Le 18 juin, Kerenski décida de lancer une offensive qui se termina par une défaite complète et par la désorganisation totale de l’armée — ce qui renforça la crédibilité de la propagande bolchevique. La discipline se détériora, des millions de soldats quittèrent le front pour échapper au combat et participer à la redistribution des terres. Une gigantesque manifestation de soutien à la coalition gouvernementale, groupant 400 000 ouvriers à Petrograd, organisée par les mencheviks, encore majoritaires au Congrès des soviets, révéla de façon inattendue que l’influence des bolcheviks était très forte dans la classe ouvrière de la capitale. Les slogans qui revenaient le plus souvent étaient « À bas l’offensive » et toujours « Le pouvoir aux soviets ». Les 3, 4 et 5 juillet, cette impatience croissante, peut-être renforcée par la démission des ministres cadets, causée par la question de l’autonomie ukrainienne qui risquait, selon eux, de rompre l’unité de l’État, s’exprima lors d’une manifestation armée impromptue qui réunit 500 000 ouvriers, soldats de la garnison de la ville et marins de la forteresse navale voisine de Kronstadt. Les manifestants dénoncèrent le gouvernement et convergèrent vers le palais de Tauride où se tenait le Congrès des soviets pour lui demander, en vain, d’assumer seul le pouvoir. Le gouvernement, encore soutenu par la majorité du Congrès des soviets, fit appel à l’armée, qui dispersa brutalement les manifestants, causant 40 morts et 80 blessés. Le Comité exécutif des soviets approuva le rétablissement de l’ordre et, en accord avec le gouvernement, accusa les bolcheviks d’être à l’origine de ces troubles : les journaux bolcheviques furent interdits, plusieurs militants, dont Trotski, furent arrêtés, et Lénine, accusé de haute trahison, dut se réfugier en Finlande. Certains comités agricoles furent dissous par le gouvernement, la peine de mort rétablie dans les zones de conflit et la convocation de l’Assemblée constituante repoussée jusqu’en novembre. Le VIe Congrès du Parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR) se tint clandestinement, en l’absence de nombreux dirigeants bolcheviques. De Finlande, Lénine réussit à faire adopter son point de vue ; la rupture avec les autres partis qui s’étaient rangés du côté de la contre-révolution était inévitable : toute évolution en douceur vers le socialisme était désormais impossible.
Le deuxième ministère de coalition fut formé le 24 juillet, incluant des socialistes antibolcheviques et des cadets. Kerenski était président du Conseil et ministre de la Guerre. Comme ce gouvernement ne semblait vouloir prendre aucune mesure décisive pour enrayer la dégradation de la situation économique, l’agitation se poursuivit dans les villes et les campagnes, et l’influence des bolcheviks continua à grandir. Convaincus que le gouvernement ne pouvait régler la situation, des cadets et des membres du commandement général, menés par Kornilov, le général en chef des armées, décidèrent d’appeler les troupes loyales à Petrograd et d’instaurer une dictature militaire, après un coup d’État. Pendant un temps, Kerenski prit part à la conspiration, mais, quand il apprit que Kornilov exigeait un remaniement ministériel, ce qui signifiait pour lui la perte de son pouvoir, il demanda le soutien du soviet de Petrograd. Alors que les forces de Kornilov avançaient vers la capitale le 27 août, le gouvernement, faible et indécis, ne prit aucune mesure concrète, laissant la défense de Petrograd aux milices d’ouvriers et de soldats. Avec l’approbation du Congrès des soviets, des organisations militaires s’établirent à travers la ville sous la houlette des bolcheviks, qui firent preuve de hardiesse et d’esprit d’initiative. Les ouvriers des chemins de fer refusèrent de transporter les troupes de Kornilov. Alors que celles-ci avançaient à pied, elles virent venir des ouvriers et des soldats qui étaient partis à leur rencontre pour fraterniser avec elles. L’armée se désagrégea ainsi avant même d’atteindre la capitale, et Kornilov lui-même fut arrêté le 1er septembre. Ces événements laissèrent les ouvriers de Petrograd armés et organisés et, pour la première fois, les bolcheviks devinrent majoritaires au soviet de Petrograd. Après la défaite de Kornilov et l’effondrement du putsch, le Gouvernement provisoire n’eut pratiquement plus aucun pouvoir. Parallèlement, le parti bolchevique conquit rapidement une forte audience dans la majorité des soviets. Kerenski, sentant le danger, convoqua une conférence démocratique qui décida la création d’un pré-Parlement, assumant la transition jusqu’à la réunion d’une Assemblée constituante. Un troisième gouvernement de coalition, mis en place le 25 septembre, avec Kerenski à sa tête, ne dura qu’un mois.
Désireux d’accélérer le processus révolutionnaire, peu confiant en l’évolution du nouveau gouvernement, Lénine, rentré en Russie, fit pression sur le Comité central du Parti bolchevique dès la fin du mois de septembre pour que celui-ci organise une insurrection armée et prenne le pouvoir. Après avoir résisté, le Comité approuva la politique de Lénine le 10 octobre. L’organisation militaire du parti avait planifié l’insurrection de manière qu’elle coïncidât avec l’ouverture du IIe Congrès des soviets, qui serait ainsi mis devant le fait accompli. Organisée et coordonnée par le Comité militaire révolutionnaire, sous la direction de Trotski, l’insurrection éclata dans la nuit du 24 au 25 octobre. Des ouvriers armés, des soldats et des marins prirent d’assaut le palais d’Hiver, siège du Gouvernement provisoire. Bien que la prise de pouvoir eût impliqué des milliers d’hommes et de femmes, de nouveau en proie aux difficultés d’approvisionnement et à la hausse des prix, le sang coula très peu. Dans l’après-midi du 25 octobre, Trotski annonça la dissolution du Gouvernement provisoire. Plusieurs ministres furent arrêtés en fin de journée ; Kerenski s’échappa et partit en exil. Le 25 octobre, le IIe Congrès des soviets, dans lequel les bolcheviks étaient majoritaires (343 sur 675 délégués), approuva l’insurrection et décida d’assumer le pouvoir. Lénine fit sa première apparition le 26 octobre ; il fut accueilli par une immense ovation, et sa première déclaration donna le ton des futures délibérations du Congrès : « Nous allons maintenant procéder à la construction de l’ordre socialiste. »
Le Congrès des soviets créa une structure gouvernementale qui fonctionnait sous son contrôle. L’exécution des décisions du Congrès fut confiée au soviet des commissaires du peuple, qui était sous l’autorité du Congrès des soviets, et à son comité exécutif central. Chaque commissaire du peuple présidait un commissariat (commission) qui s’apparentait aux ministères des autres gouvernements. Lénine fut élu à la tête du Conseil des commissaires du peuple. Parmi les autres dirigeants bolcheviques élus à ce conseil, on retrouvait Trotski et Staline. Le Congrès des soviets fut ajourné après la formation du nouveau gouvernement. Le pouvoir s’attaqua alors aux problèmes cruciaux : la paix, la terre aux paysans, le droit des nationalités à l’autodétermination. Il adopta à l’unanimité un manifeste adressé « à tous les peuples en guerre et à leur gouvernement pour la négociation immédiate d’une paix juste et démocratique ». Le manifeste proposait un armistice immédiat pour une durée minimale de trois mois.
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