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Plan de l'article
migration, déplacement de populations se déroulant à la fois dans le temps et dans l’espace. Le concept de migration s’applique aux populations humaines, mais il peut également être utilisé pour les animaux (oiseaux, mammifères marins, etc.) et les végétaux. Après l’avoir longtemps considéré sous son seul aspect légal de changement définitif de résidence, on s’accorde aujourd’hui à reconnaître au phénomène de migration des populations humaines une grande variété de formes, une réflexion taxinomique étant de ce fait nécessaire. La classification peut tenir compte de la durée (mouvements quotidiens ou hebdomadaires, migrations à caractère saisonnier ou temporaire, définitives ou de longue durée), de la distance parcourue (petite, moyenne ou grande distance, déplacement intra-urbains, intra-régionaux, interrégionaux et internationaux), du degré de liberté des personnes qui se déplacent (migrations libres, sélectives, planifiées ou forcées) ou encore des causes essentielles provoquant le changement de lieu d’habitation (mouvements liés au travail, à la retraite, aux loisirs, etc.). Aucune de ces classifications ne constitue toutefois à elle seule une typologie véritablement satisfaisante. S’il est par exemple indispensable de différencier les migrations internationales des migrations intérieures, cela n’en constitue pas pour autant un critère définitif. Les mouvements frontaliers peuvent en effet être brefs et intégrés à la vie quotidienne, tandis que certaines migrations intérieures vont constituer de pénibles ruptures et s’effectuer sur de grandes distances géographiques. C’est pourquoi les géographes et les démographes s’accordent aujourd’hui à reconnaître un troisième type de déplacement, les migrations pendulaires ou alternantes ; celles-ci se manifestent par des déplacements répétitifs et cycliques, le plus souvent de faible durée, mouvements de va-et-vient et oscillations qui n’impliquent aucun déséquilibre essentiel, aucun changement d’activité et aucune rupture pour les individus.
Le choix des routes migratoires a longtemps été influencé par la tendance des migrants à rechercher un environnement semblable à celui qu’ils quittaient ; l’existence de barrières naturelles difficilement franchissables (déserts, montagnes, mers et océans) a joué un rôle important, par exemple le Sahara qui a longtemps coupé l’Afrique en deux, mais également la chaîne himalayenne isolant la Chine du sous-continent indien. D’autres régions à l’inverse ont pu constituer en raison de leur emplacement géographique ou de conditions naturelles favorables des points de passages privilégiés, comme la péninsule du Sinaï entre l’Afrique et l’Asie et la région du Bosphore entre l’Europe et l’Asie. D’une façon générale, et jusqu’à une époque récente, l’orientation d’un grand nombre de migrations était transversale (d’est en ouest), les mouvements d’une zone tropicale vers les zones tempérées ou l’inverse (mouvements sud-nord ou nord-sud) ayant été relativement rares. Il a fallu attendre la maîtrise progressive par l’homme de l’espace maritime et aérien, ainsi que l’évolution des moyens de communication, pour voir la tendance s’équilibrer puis s’inverser.
Le principe migratoire n’est pas simplement lié aux concepts de nation et de frontière, de création assez récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Les individus se sont en effet toujours déplacés hors de leurs foyers d’origine. Le premier grand mouvement migratoire remonterait selon les paléontologues à quelque dix millions d’années et résulterait de la fracture de la vallée du Rift en Afrique orientale, qui aurait contraint les primates supérieurs à partir vers l’est tandis que restaient à l’ouest les australopithèques. Par la suite, l’Homo habilis, apparu il y a deux millions d’années, puis l’Homo erectus, auraient peu à peu colonisé l’ensemble de la planète. Le bassin méditerranéen a longtemps constitué un centre vers lequel ont convergé les principaux flux migratoires : les peuples indo-européens s’installent en Grèce et dans les îles avoisinantes au IIIe millénaire avant notre ère, suivis à l’âge du bronze ancien (2 000 av. J.-C. à 1 500 av. J.-C.) par des peuples venus du Nord tels les Hellènes (Achéens, Ioniens et Éoliens), qui donnent naissance à une civilisation originale, la civilisation mycénienne. Cette dernière disparaît pourtant quatre siècles plus tard, ébranlée par les invasions doriennes. À la même époque, de l’autre côté de la Méditerranée, l’invasion du pays de Canaan par les tribus hébraïques entre le xxe et le xve siècle avant notre ère contraint, pour la première fois de l’histoire, un peuple à abandonner le polythéisme au profit du monothéisme. La colonisation entre les viie et vie siècles av. J.-C. des côtes de la mer Noire et de la partie occidentale du bassin méditerranéen constitue la dernière migration du monde hellénique. De nombreuses cités envoient alors des petits groupes d’émigrants fonder des comptoirs sur les côtes encore libres. C’est ainsi que naissent les cités de Massalia (Marseille), Agrigente ou Syracuse.
Les mouvements des peuples germaniques (Völkerwanderungen) qui, entre le iiie et le vie siècle apr. J.-C., se sont installés en Occident et en Afrique du Nord, sont quant à eux le produit du déplacement des peuples nomades d’Asie centrale, en l’occurrence les Huns, qui précipite la chute de l’Empire romain (voir Grandes Invasions). Les invasions arabes du viie et viiie siècles sont d’une autre nature, puisque leurs motivations sont liées à des préoccupations avant tout religieuses. Unies sous la bannière de l’islam, les tribus arabes se répandent de l’est de la Perse jusqu’au Turkestan chinois, et de l’ouest de l’Égypte jusqu’à l’Espagne. Au xie siècle, le flambeau de l’expansion islamique est repris par les Turcs seljoukides ; chassé d’Asie centrale par les Chinois, ce peuple nomade converti à l’islam s’installe en Asie Mineure, en Arménie et en Syrie. Enfin, au xiiie siècle, les tribus mongoles, placées sous le commandement du célèbre Gengis Khan, quittent les steppes désertiques d’Asie centrale avant d’étendre leur empire de la Chine à l’Asie Mineure, et s’emparent également de certaines parties de l’Europe orientale. Quelle que soit leur spécificité, les migrations anciennes sont avant tout le produit d’un déplacement d’un groupe ethnique important, dans le cadre de régimes autoritaires, et sont souvent le fait de populations nomades ou sédentaires repoussées par des peuples plus forts.
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