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matérialisme, en philosophie, doctrine selon laquelle toute existence peut être ramenée à la matière, à un attribut ou un effet de celle-ci.
Selon la doctrine du matérialisme, la matière est la réalité ultime, et le phénomène de la conscience s’explique uniquement par les changements physico-chimiques et biologiques au sein du système nerveux. Le matérialisme est donc l’opposé de l’idéalisme, qui pose la primauté et la suprématie de l’esprit sur la matière, et qui conçoit la matière comme un aspect de l’esprit ou une objectivation de celui-ci hors de lui-même. Le matérialisme s’oppose également au spiritualisme, qui affirme que tout est esprit et que la matière n’est qu’un aspect dégradé de l’esprit, une forme spirituelle de moindre perfection, ou encore un esprit « dilué ». Le matérialisme absolu ou extrême est, comme le spiritualisme, appelé « monisme » : les tenants du monisme matérialiste ou spiritualiste affirment l’unicité de la chose première, soit la matière, soit l’esprit. La consubstantialité de l’esprit et de la matière constitue la base de la doctrine théologique du panthéisme, qui ne peut être considérée au sens strict ni comme idéaliste, ni comme matérialiste : le panthéisme affirme que tout ce qui existe est divin et que Dieu ne peut exister en dehors des existants.
Les premiers philosophes de l’Antiquité grecque, tel Héraclite, qui admettent l’existence de Dieu, posent la primauté de la physis (« nature »), c’est-à-dire de la matière, sur toute chose existante. Démocrite et Épicure, tout en considérant que les dieux ne s’occupent pas de l’homme, affirment la matérialité de tout ce qui existe ; ils soutiennent que les hommes doivent donc se défaire de la crainte des dieux, afin de pouvoir envisager le savoir, la « science », comme la base d’un matérialisme pratique. Le matérialisme se double chez ces philosophes d’une théorie atomiste en vertu de laquelle les mouvements du corps et de l’âme résultent des mouvements des particules matérielles élémentaires, les atomes. Plus tard, les stoïciens adhèrent à une variante du matérialisme, l’hylozoïsme, selon laquelle chaque existant a une part de vie et qu’à des degrés divers toute la matière est vivante. Apparentée à l’hylozoïsme, la doctrine de l’hylothéisme considère la matière comme divine et affirme que Dieu n’existe pas en dehors de la matière.
Le terme « matérialisme » est introduit par Gottfried Wilhelm Leibniz, qui l’emploie pour la première fois en 1687, mais ne le définit pas comme une doctrine récusant l’existence de Dieu. Dans le même esprit, Christian von Wolff, l’un des fondateurs de la psychologie au sens moderne, écrit dans Psychologia rationalis (1734) : « On appelle matérialistes les philosophes qui affirment qu’il n’existe que des êtres matériels ou corps. » Au xviiie siècle, le matérialisme athée, dont Denis Diderot, le baron d’Holbach et Julien Offroy de La Mettrie sont les principaux représentants, manifeste plus ou moins ouvertement une hostilité profonde à l’égard des religions institutionnelles, en particulier le christianisme et le judaïsme, qui ont condamné le panthéisme de Baruch Spinoza. D’Holbach offre la définition la plus complète du matérialisme et de sa dimension épistémologique : « L’univers, ce vaste assemblage de tout ce qui existe, ne nous offre partout que de la matière et du mouvement ; son ensemble ne nous montre qu’une chaîne immense et non interrompue de causes et d’effets » (Système de la nature, 1770).
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