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Guerre mondiale, PremièreArticle
Plan de l'article
Présentation ; Les causes de la guerre ; L’embrasement ; 1914 : la guerre de mouvement ; 1915 : l'enlisement du conflit ; 1916 : l'impasse ; 1917 : crise morale et entrée en guerre des États-Unis ; 1918 : la victoire des Alliés ; Bilans de la guerre
En réponse à ces tensions, les nations européennes adoptent, entre 1871 et 1914, des politiques intérieures et extérieures qui accentuent à leur tour le risque d’embrasement. Persuadées que leurs intérêts sont menacés, elles entretiennent en temps de paix de puissantes armées permanentes. Sur mer, la recherche de la suprématie navale suscite une concurrence acharnée. En réponse à l’expansion de la marine allemande depuis 1900, le Royaume-Uni développe sa flotte sous le commandement de l’amiral John Fisher, et construit en particulier des cuirassés. Remarquables par leur armement lourd, les Britanniques sont largement copiés. La course à l’armement, le perfectionnement des techniques et de l’organisation militaires accroissent l’influence des états-majors sur le pouvoir politique. Pour tenter d’enrayer cette course aux armements au coût exorbitant, qui place les États dans une logique de guerre dont ils perdent le contrôle, les gouvernements font une tentative de désarmement mondial ; mais les conférences de La Haye, en 1899 et 1907, échouent.
Tout comme la militarisation aggrave le risque de guerre, la diplomatie des nations européennes menace d’étendre à tout le continent le moindre conflit local. Chaque État cherche à conclure des alliances pour ne pas se retrouver isolé en cas de guerre. Les grandes puissances européennes se regroupent en deux coalitions militaires hostiles : la Triple-Alliance de 1882 (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie) contre la Triple-Entente formée en 1893 et 1907 (France, Royaume-Uni et Russie).
Malgré ces menaces, les raisons de croire à la paix ne sont pourtant pas négligeables. Des ruptures d’alliance sont toujours possibles entre les membres des différentes coalitions. Ainsi, en raison de liens dynastiques (l’empereur Guillaume II est le petit-fils de Victoria d’Angleterre), les Allemands restent persuadés, jusqu’à l’été 1914, que les Britanniques ne leur déclareront pas la guerre si un conflit éclate. Majoritairement pacifistes, les forces socialistes (partis et syndicats) militent pour une solidarité internationale des ouvriers ; elles proposent d’opposer à la guerre la grève des travailleurs. Par ailleurs, les rivalités économiques n’ont pas empêché les industriels et financiers de pays antagonistes de développer, surtout depuis 1909-1910, des opérations internationales communes. En 1913, le Français Jean Jaurès et l’Allemand R. Hasse déclarent communément : « Trois forces militent en faveur du maintien de la paix : la solidarité du prolétariat, la coopération des capitaux anglais, français et allemands, et la peur des gouvernements que, de la guerre, ne jaillisse la révolution. »
Il n’en demeure pas moins que l’Europe étant divisée en deux camps antagonistes, la moindre dégradation de la situation politique, économique ou militaire en Europe, en Afrique ou dans les autres colonies menace de provoquer un incident international. Entre 1905 et 1914, plusieurs crises et deux conflits locaux mènent l’Europe aux portes de la guerre générale. La première crise éclate à propos du Maroc, où l’Allemagne intervient en 1905-1906 aux côtés des Marocains contre l’ingérence française. La France menace de déclarer la guerre à l’Allemagne, mais la crise est finalement résolue lors de la conférence d’Algésiras (Espagne), en avril 1906, qui reconnaît à la France des droits au Maroc. Les Balkans sont le théâtre d’une autre crise, en 1908, quand l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine, mettant à profit la faiblesse de l’Empire ottoman secoué par la révolution des Jeunes-Turcs. Principal foyer du panslavisme, la Serbie, qui a des visées sur cette région, menace de déclarer la guerre à l’Autriche. Elle doit y renoncer faute du soutien (indispensable) de son allié russe. Une troisième crise, à nouveau au Maroc, éclate en 1911 lorsque les Allemands envoient le navire de guerre Panther à Agadir pour protester contre l’entrée des Français à Fès et à Meknès (voir incident d’Agadir). Le conflit est résolu lors de la conférence d’Agadir, le 4 novembre. Les Allemands laissent les mains libres aux Français au Maroc, en échange d’une partie du Congo. L’Italie profite du fait que l’attention des grandes puissances est retenue par cette crise pour déclarer la guerre à l’Empire ottoman, dans l’espoir d’annexer la région de Tripoli (Libye). L’Empire ottoman étant un allié de l’Allemagne, l’agression italienne a pour effet d’affaiblir la Triple-Alliance. Enfin, les guerres des Balkans de 1912-1913 voient le démembrement des possessions ottomanes en Europe. Au cours du premier conflit, la Russie (qui cherche à s’assurer le contrôle des détroits de la mer Noire à la Méditerranée) joue un rôle décisif ; la Serbie, quant à elle, affirme ses prétentions au détriment de la Bulgarie et des Turcs ottomans, tandis que l’Autriche-Hongrie est tenue à l’écart. Déçue par l’affaiblissement de son allié ottoman, l’Allemagne renforce son armée. La France réplique en augmentant la durée du service militaire de deux à trois ans. Suivant l’exemple de ces pays, toutes les nations européennes augmentent considérablement leurs dépenses militaires en 1913 et 1914.
Dans une Europe puissamment armée et rongée par les rivalités nationales, l’assassinat, le 28 juin 1914 à Sarajevo, de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, cristallise les tensions. Dans les deux camps, les grandes puissances sont prêtes à risquer la guerre pour tenir l’autre camp en respect, convaincues que l’équilibre diplomatique et militaire leur est favorable. Ainsi, considérant que l’attentat de Sarajevo est imputable à la Serbie, le gouvernement austro-hongrois se montre pour la première fois prêt à une opération militaire pour en finir avec le panslavisme, qui menace de plus en plus ses intérêts vitaux.
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