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Pascal, BlaiseArticle
Plan de l'article
Présentation ; Biographie ; Œuvre scientifique ; L'apologétique chrétienne : les Pensées ; Un moraliste ; Pascal philosophe ? ; Postérité
Formé à l'Académie de mathématiques de Mersenne, Pascal hérita très tôt de l'esprit anti-scolastique et anti-aristotélicien — initiés par Descartes — qui y régnaient alors. Dès son plus jeune âge, Pascal fut ainsi éduqué au débat scientifique, et il correspondit avec de nombreux savants, et notamment avec le mathématicien Pierre de Fermat. Du point de vue scientifique, les travaux de Pascal n'ont pas le caractère révolutionnaire de ceux de Galilée ou de Descartes au XVIIe siècle. L'apport de Pascal dans le domaine scientifique réside surtout dans le recours à l'expérience comme donnée de fait, et dans l'art de la découverte (méthode, « esprit de géométrie ») et de la présentation (« art de persuader ») de ses recherches, plus que dans leur originalité. Ses travaux ont porté sur la pesanteur, le vide et la pression, l'hydrostatique (voir Fluides, mécanique des), la géométrie, l'arithmétique, les probabilités et les mathématiques. Dès son Essay pour les coniques (1640), Pascal utilisa la méthode projective pour déduire les propriétés des coniques du théorème sur l'hexagramme. À la suite de Torricelli, disciple de Galilée, il se livra à l'étude de la question du vide : « la nature a horreur du vide » pensait-on depuis le Moyen Âge. En 1648, il se rendit avec son beau-frère Périer au puy de Dôme pour réitérer l'expérience de Torricelli sur le baromètre, et observant le niveau de mercure diminuer avec l'altitude, fit la preuve de l'existence du vide et de la « pesanteur de la masse de l'air », sans toutefois remettre en cause l'ensemble de la physique scolastique et ses corrélats philosophiques. Sa perspective était expérimentale, non métaphysique. Il est également à l'origine du « principe de Pascal » qui établit que, dans un fluide incompressible en équilibre, les pressions se transmettent intégralement. Son nom fut donné à une unité de pression. Il conçut en 1654 un triangle, appelé depuis « triangle de Pascal » utile à de nombreux calculs arithmétiques. Il travailla ensuite sur les probabilités à partir de deux problèmes de jeu et tenta de « géométriser le hasard ». Il travailla sur l'infini mathématique (voir Infinitésimal, calcul) et mit au point la méthode d'induction en mathématique. Il est également à l'origine des méthodes combinatoires. Avec les Éléments de géométrie (1657), il inaugura la géométrie non-euclidienne. En 1658, il développa les méthodes infinitésimales et soumit un problème de cycloïde à un concours international de géomètres.
C'est à partir de la représentation de mouvements de roue que Pascal, dans le dessein de « réduire en mouvement réglé toutes les opérations de l'arithmétique », inventa en 1642 la « machine d'arithmétique » (appelée aussi par un de ses correspondants la « roue pascale »), capable d'additionner et de soustraire, et conçue pour la comptabilité, les calculs d'architectes, le calcul abstrait. Il en montra un exemplaire en 1644 à Henri II de Bourbon, père du Grand Condé, la dédia en 1645 au chancelier Séguier et la fit adresser en 1659 au savant Christiaan Huygens. Afin de la faire connaître et de lutter contre les faussaires, il publia un Avis nécessaire à ceux qui auront curiosité de voir la machine d'arithmétique, et de s'en servir utilitaire et publicitaire. Le sieur Roberval, professeur ordinaire de mathématiques au Collège royal de France, fut chargé d'en faire la démonstration à qui souhaiterait la découvrir. Cinquante prototypes furent construits. Elle fut fabriquée dans de nombreux modèles, en bois, en cuivre, en ébène et en ivoire. Elle fut vendue 100 livres, prix très élevé. Construite sur six niveaux (selon les ordres d'unité), elle fonctionnait avec des roues à dix dents et faisait apparaître les résultats à travers de petites fenêtres. Quatre exemplaires sont actuellement conservés au Conservatoire national des arts et métiers à Paris. Sa machine n'était toutefois pas la première. Kepler avait en effet commandé un modèle analogue au mathématicien, astronome et linguiste allemand Wilhelm Schickard (1592-1635) en 1623, conçu pour calculer les éphémérides. Il aurait toutefois disparu dans un incendie et Pascal n'en a pas eu connaissance.
Spécialiste d'hydrostatique, Pascal collabora à l'entreprise d'assèchement des marais poitevins. Précurseur des transports en commun, il travailla également à la création d'une ligne de carrosses payants (cinq sols) circulant à travers Paris, en portant son attention sur la sécurité, la facilité d'accès (notamment aux handicapés) et de changement. Tout comme la machine d'arithmétique, ces deux entreprises montrent le souci pratique de Pascal, et mirent en œuvre son sens de la communication et de la diffusion de ses travaux.
Dès sa « conversion » au « Dieu d'Abraham » d'Isaac et de Jacob, en 1654 et, surtout, à partir d'un entretien avec son directeur spirituel M. de Sacy en 1655, Pascal entreprit de rédiger une Apologie de la religion chrétienne, dont des fragments épars nous sont connus sous le titre de Pensées. L'apologétique, genre littéraire chrétien traditionnel qui fit florès au Moyen Âge, est un discours de croyant ; elle se fonde sur la certitude de la vérité de la Révélation chrétienne — manifestée selon Pascal par les Évangiles, et confirmée, s'il en était besoin, par sa conversion et le miracle de la Sainte-Épine — et vise à convertir les « infidèles » ou les incroyants. Conformément à la tradition apologétique — représentée notamment pour le christianisme par Raymond Sebond et Raymond Lulle, pour le judaïsme par Judah Halevi (v. 1075-1141) dans son Livre du Kuzari — Pascal examine dans son Apologie les différentes religions (islam, judaïsme), l'absence de religion, et en conclut à la nécessité de la foi et de la conversion. L'apologétique de Pascal n'est pas destinée au peuple, mais aux lettrés et aux savants : Pascal y vise les « libertins », penseurs et moralistes érudits et savants sur lesquels la religion n'a plus de prise. Pour les persuader, Pascal s'adapte à leur esprit par l'élégance, la vigueur et la subtilité de son argumentation. Examinant leur vie, il tente de montrer qu'elle n'est que fuite de Dieu, « divertissement » et que pour ne pas être condamné éternellement (voir Enfer ; Eschatologie), l'Homme doit se recentrer sur Dieu : « Si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu » (pensée n° 158 de l'édition Lafuma). C'est le sens de l'argument du pari (n° 418) qui mêle rhétorique apologétique, logique et probabilités, étudiées par Pascal notamment dans le jeu de la roulette, et oppose le caractère fini des plaisirs de la vie humaine à l'infinité de l'amour de Dieu : « Il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards de perte et ce que vous jouez est fini. Il n'y a point à balancer, il faut tout donner » et, plus loin, « Quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti ? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, ami sincère, véritable, etc. À la vérité vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices, mais n'en aurez-vous point d'autres ? ». Examinant leur pensée, il combat également le scepticisme des libertins en critiquant l'orgueil de la Raison et en établissant que l'Homme ne peut se fier à son propre jugement, même sceptique. L'Homme est grand (parce qu'il est créé par Dieu) mais il est misérable (parce qu'il est pécheur) : il doit donc se tourner vers Dieu seul et lui « soumettre » sa raison. Cette pensée s'intègre dans le courant de ce que le philosophe et historien de la philosophie français Henri Gouhier (1898-1994) a appelé la pensée « anti-humaniste » du XVIIe siècle, réaction chrétienne contre la valorisation de l'Homme chère à la Renaissance et l'anthropocentrisme qui en découle : l'Homme n'est rien en face de l'immensité de Dieu. Le Dieu de Pascal est un Dieu caché (Deus absconditus), un Dieu de jugement plus que d'amour, qui s'est manifesté en Jésus-Christ. La nature et les preuves logiques et métaphysiques de l'existence de Dieu (l'argument ontologique de saint Anselme de Canterbury et de Descartes, notamment) ne sont pas réellement probantes car seule l'est la Révélation faite par les Écritures : « la foi est différente de la preuve. L'une est humaine et l'autre est un don de Dieu ». Pascal se livre donc à une exégèse biblique qui lit l'annonce de la venue de Jésus-Christ jusque dans l'Ancien Testament (voir Bible). Mais la pensée théologique de Pascal se développe également dans les Écrits sur la grâce et dans les Provinciales : contre les jésuites, il affirme que l'Homme ne peut être sauvé que par la grâce accordée par Dieu, et que ses bonnes œuvres et sa volonté bonne ne concourent en rien au salut, gratuit et « arbitraire ». Pascal se situe ainsi, sur la question de la prédestination, entre le calvinisme (voir Calvin, Jean) et le pélagianisme (voir Pélagianisme), dans la tradition de saint Augustin d'Hippone. En un sens, l'Apologie et les Provinciales sont les deux versants d'un même projet qui prend, d'un côté, une forme positive et théologico-philosophique, de l'autre, une forme littéraire polémique et brillante.
Pour séduire les libertins et les amener à la foi chrétienne, Pascal, marqué également par eux avant sa conversion, se fait moraliste et scrute dans le détail les passions de l'Homme, qui « nous poussent au-dehors ». C'est un moraliste chrétien, héritier du « Vanité, tout est vanité » de l'Ecclésiaste : relativité des lois, hasard à l'origine des grands événements, vanité de la gloire, tout concourt à produire un abaissement de l'Homme. Pascal critique le « divertissement » à l'œuvre dans la chasse, le jeu, la danse et les plaisirs : « Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser ». Moraliste chrétien, Pascal l'est aussi lorsqu'il distingue (pensée n° 308), à la suite de l'Évangile selon saint Jean, de saint Augustin et de Jansénius, les trois concupiscences (la « chair », le savoir et l'orgueil) et en fait trois ordres : l'ordre « charnel » du pouvoir et de la possession (personnifié par Alexandre le Grand), l'ordre « de l'esprit », du savoir et de la connaissance (personnifié par Archimède), l'ordre « spirituel » du « cœur » et de la charité (amour chrétien), incarné par Jésus-Christ dans son « sacrifice ». La morale devient spirituelle, voire métaphysique. Mais c'est aussi un moraliste sceptique qui rappelle parfois le calcul des plaisirs cher aux moralistes antiques, et notamment au stoïcien Épictète. Là où Montaigne cherchait une voie médiane entre les contradictions de l'Homme, Pascal maintient l'opposition et la dépasse en recourant à un principe supérieur : l'âme, Jésus-Christ, Dieu. Mais Pascal moraliste est aussi un polémiste qui dénonce dans les Provinciales les abus de la casuistique morale des jésuites, qui font varier la valeur d'un acte selon l'intention et la situation, allant jusqu'à permettre le meurtre et le vol.
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