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Pascal, Blaise

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Blaise PascalBlaise Pascal
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6

Pascal philosophe ?

L'une des épithètes que nous donnions à Pascal en tête de cet article, toutefois, est incertaine, celle de philosophe : si Pascal discute Descartes, c'est en scientifique et en apologiste de la foi chrétienne, s'il lit Épictète et Montaigne, c'est à la lumière d'un entretien avec son directeur spirituel, M. de Saci. Descartes, et avec lui, le travail philosophique, est « inutile et incertain », et « toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine ».

Cette critique de la philosophie, fondée sur la vérité de la religion chrétienne (la vérité a été donnée aux hommes : elle s'appelle Jésus-Christ) questionne toutefois la philosophie, qui n'a cessé de lire Pascal, tout en le tenant à part. En effet, Pascal ne se situe pas d'emblée dans la tradition philosophique. Son objectif est avant tout théologique et apologétique, et la philosophie lui paraît bien plutôt l'arme de ses adversaires, « les libertins ». Le Dieu de Pascal n'est pas « le Dieu des philosophes et des savants », mais « le Dieu d'Abraham d'Isaac et de Jacob » (Mémorial). Il refuse également la prétention de Descartes ou de Pic de la Mirandole à la totalisation du savoir : le savoir est l'œuvre de la science, qui progresse dans l'histoire, la certitude de l'ordre de la foi. Il pose ainsi une différence de statut du passé entre la science et la religion et se prononce pour l'innovation en science et pour la tradition en théologie. S'il forme implicitement, dans la Préface sur le traité du vide, le projet d'une science universelle, elle doit être l'effet conjugué du savoir des Anciens et des Modernes (« un nain sur les épaules d'un géant ») et du progrès de la science, et non pas d'une synthèse philosophique. Il élabore donc en science la méthode expérimentale chère au philosophe de la Renaissance Francis Bacon, et récuse les prétentions métaphysiques de la philosophie, au nom de la religion chrétienne. La philosophie est source d'erreur si elle est plus qu'une méthode.

Ainsi, comme chez Descartes, il y a chez Pascal la recherche d'un critère pour distinguer le vrai du faux, travail philosophique s'il en est, depuis Platon : « L'Homme est donc si heureusement fabriqué qu'il n'a aucun principe juste du vrai, et plusieurs excellents du faux. Voyons maintenant combien. » (n° 44). Il distingue également les modes de l'esprit : esprit de finesse (intuitif), esprit de géométrie (rigoureux) et appelle à l'intelligence du « cœur », et non seulement de l'esprit, ce qui est une nouveauté en philosophie.

Ignorant Platon et Aristote, passant par-dessus la tradition scolastique médiévale, Pascal pose en philosophie, dans l'Entretien avec Monsieur de Saci sur Épictète et Montaigne (1655) et dans les Pensées, l'alternative stoïcisme (Épictète) ou scepticisme (Montaigne), qu'il identifie respectivement à l'orgueil et à la paresse de l'esprit humain. Il met en doute la capacité de l'Homme à combler ses désirs et critique les capacités de la raison. Comme Nietzsche plus tard, il adopte une attitude critique à l'égard de la philosophie, qui, en un sens, est elle-même philosophique : « Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher ».

7

Postérité

7.1

Éditions des Pensées

Le premier problème laissé par Pascal à la postérité a été celui du classement des fragments de son Apologie de la religion chrétienne. Désireux de faire paraître une Apologie construite avec méthode, Pascal laissa une œuvre de fragments, constituée d'un ensemble désordonné de longs papiers découpés destinés à un classement final qui nous reste inconnu : si les Pensées ont été publiées pour la première fois en 1670 dans une version censurée, des éditions modernes, à partir de la découverte des manuscrits de Pascal par le philosophe Victor Cousin, ont été établies par Louis Lafuma, Léon Brunschvicg, Jean Mesnard et Philippe Sellier. Chacune adopte son propre système de classification, en établissant des tables de correspondance avec celle des autres éditions.

7.2

Jugements sur Pascal

La postérité de Pascal est immense et contradictoire : Leibniz commenta ses œuvres scientifiques, Nietzsche vit en lui un homme qui a accompli un « lent suicide de la raison » par la foi, l'existentialisme chrétien a vu en lui un précurseur, tandis que divers courants philosophiques d'inspiration chrétienne prendront appui sur lui pour critiquer le rationalisme. On a dit également de Pascal qu'il était le « dernier Père de l'Église » : c'est effectivement le situer dans le cadre de la tradition dont il s'est nourri et reconnaître son projet religieux tel qu'il l'a conçu : une défense de la foi chrétienne.

Rejeté par les philosophes, qu'il a lui-même rejetés, relégué dans l'« histoire » des sciences, Pascal est également oublié de l'histoire chrétienne : trop proche du jansénisme pour y avoir survécu, on ne lit plus aujourd'hui Pascal comme auteur spirituel, et son « apologétique » n'est plus actuelle. Pascal resterait une figure des lettres françaises ... Comme si cette passion à prouver et à convaincre avait réduit l'œuvre de Pascal à n'être qu'un simple discours ...

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