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bande dessinéeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Les précurseurs de la bande dessinée ; La bande dessinée américaine ; La bande dessinée franco-belge ; L’avenir de la bande dessinée
La bande dessinée connaît en Europe une reconnaissance officielle à partir des années 1960, avec la mise en place d’un club de bandes dessinées en France en 1962, d’un Salon de la bande dessinée en Italie en 1965, avec la création du Salon international de la bande dessinée d’Angoulême et le développement d’une activité d’étude et de recherche sur ce neuvième art. Parallèllement, la bande dessinée pour adultes se développe avec Barbarella de Jean-Claude Forest (1962) et Valentina de Guido Crepax (1965). Les années 1970 voient apparaître de nouveaux créateurs en ce domaine : Philippe Druillet, avec Lone Sloane, apparu en 1966 et publié dans Pilote à partir de 1970 ; Tardi, créateur d’Adèle Blanc-Sec et adaptateur de romans comme la série des Nestor Burma, d’après Léo Malet ; Enki Bilal (la Croisière des oubliés, 1975 ; le Vaisseau de pierre, 1976 ; la Ville qui n'existait pas, 1977 ; les Phalanges de l'ordre noir, 1979 ; la Femme piège, 1986 ; le Sarcophage, 2000), Pétillon (créateur du détective burlesque Jack Palmer) ou Gérard Lauzier (auteur des Tranches de vie). Comme aux États-Unis, la culture underground trouve en Europe, et en France en particulier, un moyen d’expression adapté, dans des magazines comme Hara-Kiri (1960), Charlie Mensuel (1969) et Charlie Hebdo (1970), qui font une large place à des créateurs anticonformistes, à la satire politique et sociale et aux nouveautés. De nombreux auteurs y ont fait leurs débuts, notamment Reiser, Wolinski, Gébé, Fred et Cabu. Au milieu des années 1970, le groupe Bazooka (Olivia Clavel, Loulou Picasso, Bernard Vidal, Moulieg, etc.), invente le concept de « dictature graphique » et permet un certain renouvellement des techniques utilisées par les auteurs de bandes dessinées (collage, « cut-up », etc.). Les publications du groupe (Bien dégagé sur les oreilles ; Activité sexuelle : normale !) déclenchent souvent des réactions virulentes, mais contribuent à la reconnaissance de l’« esthétique BD » dans d’autres domaines de la création : la publicité et le cinéma (Patrice Leconte, Marc Caro, Gérard Lauzier et Enki Bilal sont passés à la réalisation, Moebius a participé aux décors de nombreux films, notamment Tron, Alien et le Cinquième Élément), la musique pop (l’Affaire Louis Trio, Dennis Twist) mais aussi les arts plastiques, grâce à l’explosion de la figuration libre (Robert Combas, François Boisrond, les frères Di Rosa) à l’orée des années 1980.
Dans les années 1970, quatre revues importantes font leur apparition en France. L’Écho des Savanes voit le jour en 1972, à l’initiative de Claire Bretécher (les Frustrés), de Marcel Gotlib (Rubrique-à-Brac, Gai-Luron, les Dingodossiers avec Goscinny) et de Nikita Mandryka (le Concombre masqué), et affiche dès ses premiers numéros un humour volontairement provocateur. Dix ans plus tard, Liberatore (Ranxerox), Milo Manara (le Déclic), Martin Veyron (Bernard Lermite) ou Philippe Vuillemin (les Sales Blagues) contribuent au succès du journal, qui se partage désormais entre sujets de société et érotisme souvent racoleur. En 1974, Marcel Gotlib fonde la revue Fluide Glacial, où paraissent des séries à succès comme les Bidochon et Kador (Christian Binet), Carmen Cru (Jean-Marc Lelong) ou Superdupont (Lob et Gotlib) ; l’humour « glacé et sophistiqué » d’Edika (l’Affaire Clarky), celui de Tronchet (Raymond Calbuth) et de Goossens (Le romantisme est absolu) peuvent s’y exprimer en toute liberté. Métal hurlant est lancé en 1975 par un quatuor composé de Jean Giraud, de Philippe Druillet, de Jean-Pierre Dionnet et de Bernard Farkas. Le journal se spécialise dès ses débuts dans le registre de la science-fiction. Tardi, Pétillon, Moebius (les Aventures de John Difool, avec Jodorowsky), F’Murr (le Génie des alpages), Bilal et d’autres créateurs de renom y collaborent, mais le journal ouvre également ses pages à de jeunes créateurs, comme Jacques de Loustal (la Note bleue, les Frères Adamov) ou Frank Margerin (Radio Lucien). Enfin, le journal (À suivre) est créé en 1978 par les Éditions Casterman qui veulent se doter d’un secteur pour adultes. À son sommaire figurent des auteurs déjà consacrés comme Hugo Pratt (Corto Maltese), Jean-Claude Forest (le Roman de Renart) ou Jacques Tardi, ainsi que d’autres alors moins connus : François Schuiten (la série des Cités obscures et la Fièvre d’Urbicande, avec Benoît Peeters), Boucq (la Pédagogie du trottoir, Point de fuite pour les braves), François Bourgeon (les Passagers du vent, les Compagnons du crépuscule), Didier Comès (Silence), etc. Cependant, ces périodiques, ainsi que leurs prédécesseurs, subissent une désaffection au cours des années 1980, et la plupart d’entre eux (à l’exception notable de Fluide Glacial) disparaissent entre 1988 et 1997. Certaines maisons d’édition (Futuropolis notamment, créée en 1974 par le graphiste Étienne Robial) cessent leurs activités, alors que des structures plus petites, comme L’Association, permettent à de nouveaux artistes (Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, Killofer) de s’adresser à un public choisi et exigeant. Au milieu des années 1980, les mangas venus du Japon font leur apparition et se développent rapidement grâce à la prolifération de dessins animés nippons sur les chaînes de télévision. Aujourd’hui, en France tout du moins, la bande dessinée est surtout un phénomène d’édition.
Véritable phénomène de société, la bande dessinée s’est aujourd’hui totalement institutionnalisée. Désormais enseignée à l’université, elle fait l’objet de salons, de festivals — notamment le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême — et de rencontres internationales multiples. Sur le modèle de l’OuLiPo, un Ouvroir de Bande dessinée Potentielle (OuBaPo) a vu le jour, à l’initiative de certains membres de l’Association. Marché économique considérable, à cheval sur les secteurs de la presse et de l’édition, la bande dessinée s’est forgé, au cours du xxe siècle, une histoire, une légitimité et une vitalité qui lui assurent un avenir prometteur. En 2004, la production de bandes dessinées a augmenté pour la neuvième année consécutive, atteignant le chiffre record de 3 070 titres (dans l’espace francophone). Cette vitalité est également visible au niveau des tirages de certains titres : environ 2 millions d’exemplaires pour le onzième tome de la série Titeuf (Nadia se marie), 650 000 exemplaires de Lucky Luke (la Belle Province), 530 000 exemplaires de Largo Winch (le Prix de l’argent), 450 000 exemplaires de XIII (Opération Montécristo), 280 000 exemplaires de Thorgal (Kriss de Valnor), etc. Par ailleurs, alors que les super-héros américains (Superman, Batman, Spider-Man, etc.) et les héros franco-belges (Astérix, Blueberry, Michel Vaillant, etc.) de bande dessinée sont adaptés au cinéma les uns après les autres, certains cinéastes s’essaient au 9e art (pour le scénario), comme Robert Guédiguian (À l’attaque !, un Conte de l’estaque, 2004), Georges Lautner (Baraka, 2004), Claude Lelouch (Toute une vie, 2004) ou Jean-Jacques Beinex (l’Affaire du siècle, 2004).
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