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Libye

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Libye : drapeau et hymneLibye : drapeau et hymne
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5.4

Le royaume libyen

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Libye, qui contrôle l’accès vers l’Égypte et le canal de Suez, à l’est, et la route terrestre vers l’Afrique du Nord française, à l’ouest, est le théâtre de combats intensifs entre puissances de l’Axe et Alliés. En juillet 1942, le maréchal Rommel, à la tête de l’Afrikakorps, après avoir reconquis la Cyrénaïque, parvient jusqu’à El-Alamein, en territoire égyptien. La VIIIe armée de Montgomery mène la contre-offensive. Le 23 janvier 1943, Tripoli est prise par la VIIIe armée, rejointe par les troupes françaises du général Leclerc, qui ont mené la campagne du Fezzan à partir du Tchad et de l'Afrique centrale. Les troupes de l’Axe repoussées de Libye, la France et la Grande-Bretagne se partagent le contrôle du pays. Des garnisons françaises demeurent dans le Fezzan jusqu’en 1955.

Le 21 novembre 1949, l’Assemblée générale des Nations unies approuve une résolution en faveur de l’indépendance libyenne. Une assemblée nationale, composée d’un nombre égal de délégués de Cyrénaïque, de Tripolitaine et du Fezzan, se réunit à Tripoli en 1950 et désigne comme roi l’émir Muhammad Idris as-Sanusi, chef de la confrérie des senoussis. Le 7 octobre 1951 est promulguée une Constitution, instituant une fédération gouvernée selon un régime monarchique parlementaire. Le 24 décembre, le roi Idris Ier proclame l’indépendance du Royaume de Libye. Des élections parlementaires ont lieu en février 1952 et le Parlement est réuni pour la première fois en mars. La Libye rejoint la Ligue arabe en 1953 et les Nations unies en 1955. En 1963, la Constitution est amendée afin d’accorder aux femmes le droit de vote ; le système fédéral est remplacé par un système centralisé.

Le nouvel État bénéficie de l’aide économique et technique de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis en contrepartie du maintien d’une base militaire en Tripolitaine. Toutefois, la découverte des gisements pétroliers, en 1958 et 1959, va modifier la position libyenne et des négociations pour le retrait des troupes étrangères débutent en 1964. La Libye a établi des relations diplomatiques avec l’URSS en 1956, mais elle repousse les propositions d’aide économique des Soviétiques.

Les premiers dividendes pétroliers permettent au roi Idris, après la guerre des Six Jours menée, en 1967, contre Israël par les pays arabes et à laquelle la Libye n’a pas participé, d’apporter une aide financière à la Jordanie et à la République arabe unie, alliance égypto-syrienne, pour reconstruire leur économie.

5.5

La république révolutionnaire

Le 1er septembre 1969 s’ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de la Libye, lorsqu’un groupe de jeunes officiers renverse la royauté et proclame la république. Le gouvernement révolutionnaire, dirigé par le colonel Muammar al-Kadhafi, affiche d’emblée un nationalisme intransigeant, exigeant l’évacuation immédiate des bases anglo-saxonnes et expulsant, en 1970, la communauté italienne demeurée en Libye après l’indépendance. L’administration, l’éducation et le domaine culturel sont intégralement arabisés. En 1973, les sociétés pétrolières sont nationalisées.

Le nouveau dirigeant libyen affirme également sa détermination à jouer un rôle plus important dans les affaires du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Se posant en rassembleur du monde arabe et musulman, il entame des pourparlers pour une union avec l’Égypte et le Soudan. Celle-ci est conclue en 1970, mais demeure lettre morte. L’année suivante, une tentative de fédération de l’Égypte, de la Libye et de la Syrie échoue. L’union avec l’Égypte, décidée en 1972, ne se maintient que deux ans. Les alliances, nouées successivement avec la Tunisie, en 1974, puis avec le Tchad, en 1981, connaîtront le même destin éphémère.

Les interventions de la Libye au Tchad, où Kadhafi revendique la bande d’Aozou, provoquent les premiers heurts avec les pays occidentaux : en 1983, l’armée française arrête les troupes libyennes qui sont venues en renfort de l’armée de Goukouni Oueddeï et menacent Ndjamena. La Libye se maintient cependant dans le nord du territoire tchadien.

En 1977, Kadhafi proclame la Jamahyria, État des masses, sous le couvert duquel il renforce son pouvoir personnel. Le régime libyen se radicalise. La Libye, qui est, aux lendemains de la guerre du Kippour, l’un des plus farouches défenseurs de l’embargo pétrolier décrété par les pays arabes exportateurs de pétrole contre Israël et les pays occidentaux qui soutiennent l’État hébreu, prend la tête, aux côtés de la Syrie, du « Front de la fermeté » rassemblant, à partir de 1978, les États arabes hostiles à toute négociation avec Israël. En 1980, Kadhafi rompt avec l’al-Fatah, branche armée de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont il soutient, dès lors, l’aile la plus radicale. D’autres mouvements nationalistes révolutionnaires reçoivent l’aide financière et logistique du régime de Kadhafi, au nom d’un anti-impérialisme qui est dirigé en premier lieu contre les États-Unis.

5.6

L’isolement international

L’affrontement entre la Libye et les États-Unis, dont l’ambassade à Tripoli a été saccagée en 1979, devient plus direct dans les années 1980. En 1981, deux avions de chasse libyens sont abattus par l’armée américaine alors qu’ils survolent le golfe de Syrte, que la Libye considère comme faisant partie de son territoire. L’année suivante, les États-Unis imposent un embargo sur les importations de pétrole libyen. En 1985 et 1986, une série d’actes terroristes (détournement d’un paquebot italien, attentats à Vienne, à Rome et à Paris) est perpétrée en Europe, dont la Libye est tenue pour responsable. Après qu’en mars 1986 le golfe de Syrte eut été le théâtre d’un nouvel affrontement entre armée libyenne et marine américaine, les États-Unis bombardent Tripoli et plusieurs sites militaires que le président Ronald Reagan a désignés comme des « centres terroristes ». La maison de Kadhafi est touchée et sa jeune fille est tuée. Les raids américains, qui provoquent d’importants dégâts et font de nombreuses victimes, ne suscitent que des protestations formelles de la part des pays arabes et de l’Union soviétique, démontrant ainsi l’isolement croissant du régime sur le plan international. L’humiliation, dans le pays, est accrue par l’échec au Tchad, où la Libye doit abandonner la bande d’Aozou en 1987. En 1994, la Cour internationale de justice de La Haye attribue définitivement ce territoire au Tchad.

La Libye est à nouveau accusée, par les États-Unis, par le Royaume-Uni et par la France, d’être impliquée dans deux attentats aériens contre des avions de ligne, l’un américain qui explose en vol, en 1988, au-dessus de Lockerbie, en Écosse, l’autre français qui s’écrase dans le Ténéré en 1989. Des ressortissants libyens sont mis en cause par les institutions judiciaires française et britannique sans que la Libye accepte de les extrader. En 1992, un embargo aérien et militaire est décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui élargit ainsi l’embargo décrété unilatéralement par les États-Unis en janvier 1986. La même année, les Américains accusent la Libye de construire une usine de fabrication d’armes chimiques, sous le couvert d’une usine d’engrais.

La menace extérieure, représentée par l’embargo, demeure cependant relative pour le régime de Kadhafi qui s’est rapproché de ses voisins maghrébins, rapprochement concrétisé, en 1989, par la création de l’Union du Maghreb arabe. À l’intérieur, en revanche, le colonel Kadhafi doit faire face à l’opposition des mouvements islamistes, parmi lesquels le plus ancien et le plus puissant est celui des Frères musulmans. La force de ce dernier réside, d’une part, dans ses liens avec son homologue égyptien, toujours puissant malgré la répression dont il fait l’objet et, d’autre part, dans le soutien qu’il pourrait recevoir de la confrérie Senoussiya, encore très présente. En effet, l’islam, tel que le dirigeant de la Jamahiriya l’a théorisé, prête flanc à la critique des fondamentalistes musulmans dans la mesure où il s’agit d’une interprétation qui néglige la référence aux hadiths (ensemble des dires et des gestes du Prophète), éléments constitutifs fondamentaux de la charia, la loi islamique. Pour contrecarrer la montée de l’islamisme, le régime libyen a adopté celle-ci comme fondement du droit libyen, en 1994, tout en menant une sévère répression contre les Frères musulmans.

Le colonel Kadhafi utilise par ailleurs habilement la menace islamiste pour obtenir la coopération des autorités égyptiennes et des pays arabo-musulmans, dont de nombreux ressortissants résident et travaillent en Libye et sont susceptibles d’en être expulsés, comme des dizaines de milliers d'Égyptiens et de Soudanais l’ont été en 1995, dans le contournement de l’embargo imposé à son pays.

5.7

Le retour progressif sur la scène internationale

Poursuivant la répression à l’égard des islamistes, au lendemain des émeutes survenues à Benghazi en 1995, le colonel Kadhafi qui, en 1996, lance également une campagne contre la corruption marquée par une vague d’arrestations dans les milieux d’affaires, s’efforce de rompre l’isolement de son pays. Il s’appuie sur l’hostilité de plusieurs pays européens à l’égard des décisions américaines visant à imposer un embargo contre les investissements dans le domaine pétrolier et des sanctions à l’encontre de toute compagnie investissant annuellement plus de 40 millions de dollars. Kadhafi multiplie aussi les voyages dans les pays de la zone sahélienne (Niger, Nigeria), annonce la reprise des investissements libyens au Soudan et au Mali et renoue avec le Tchad d'Idriss Déby. Surtout, il reçoit l’appui du président sud-africain, Nelson Mandela qui, en visite en Libye, en octobre 1997, critique l’embargo et réclame son arrêt. En juin 1998, l’OUA décide de lever unilatéralement l’embargo aérien imposé à la Libye.

De plus, en 1999, l'extradition vers les Pays-Bas pour jugement de deux Libyens soupçonnés d'être impliqués dans l'attentat de Lockerbie entraîne la levée des sanctions internationales contre le pays. Émaillée de difficultés, la levée des sanctions internationales est effective en septembre 2003, après que la Libye s’est engagée à indemniser les familles des victimes des attentats de 1988-1989. Le pays effectue progressivement un retour sur la scène internationale. Sa politique africaine, orientée vers la médiation dans plusieurs conflits et la diplomatie associative et humanitaire, lui vaut d’obtenir, grâce au soutien des pays africains, la présidence de la Commission des droits de l’homme de l’ONU en janvier 2003. Un nouveau pas est franchi en décembre 2003, lorsque la Libye annonce qu’elle renonce à tout programme d’armes de destruction massive.

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