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Plan de l'article
forêt, vaste espace couvert d’arbres. La forêt occupe une place particulière dans l’imaginaire et dans la culture occidentale. Ce fut pendant longtemps un endroit peu accessible, parfois sacré, souvent réservé aux animaux sauvages. Bien qu’elle soit toujours exploitée, la forêt est devenue en Europe occidentale un lieu de détente et de loisirs, mais elle a conservé ses aspects utilitaires dans le Grand Nord canadien et en Russie, ainsi que dans les pays tropicaux, où elle sert de réserves de bois de chauffage et d’essences rares. Les forêts sont fondamentalement constituées par des arbres, les plus grands, les plus gros et les plus vieux des êtres vivants. Ainsi, les séquoias de l’Ouest américain et les eucalyptus australiens peuvent dépasser 100 m de haut, 1 000 t de biomasse par individu et mille ans d’âge. Par comparaison, l’éléphant, le plus gros animal terrestre, mesure 4 m de haut et pèse 10 t, et le rorqual bleu, le plus gros animal marin, mesure 40 m et pèse 100 t. Les arbres tiennent une place primordiale dans l’organisation des paysages et dans le fonctionnement des écosystèmes. Pourtant, ces constituants essentiels de la biosphère, supposés étalés de façon uniforme à la surface du globe, ne représenteraient qu’une infime pellicule de quelques dizaines de centimètres d’épaisseur : la biosphère forestière est donc insignifiante face aux 61 m des glaces de la cryosphère, aux 2 700 m des eaux de l’hydrosphère, aux 57 000 m de roches de la lithosphère et aux 60 000 m de gaz de l’atmosphère. Son rôle est cependant capital car elle abrite un très grand nombre d’espèces animales et végétales. L’ensemble des arbres est puissamment enraciné dans le sol. Dans l’air, ils sont souvent structurés en strates multiples comprenant des individus de taille, de nature et d’espérance de vie fort différentes : arbustes, herbes, mousses, lichens, lianes, etc. La forêt abrite une faune riche et variée. Il est difficile de s’accorder sur une définition simple et universelle de la forêt. Le taux minimal de couverture est-il de 50 p 100, 20 p. 100, 10 p. 100 ou 5 p. 100 ? La taille minimale des arbres est-elle de 10 m, 7 m, 5 m, 2 m ? Quelle est la superficie minimale de terrain méritant le nom de forêt : 1 ha, 4 ha ou 10 ha ? C’est pourquoi les évaluations de la superficie forestière mondiale oscillent entre 2,4 milliards d’ha pour l’estimation la plus basse et 6 milliards d’ha pour la plus haute. Si l’on retient le chiffre de 4 milliards d’ha, soit 40 millions de km2, donné par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la forêt couvre plus de 25 p. 100 de la surface des continents, contre 33 p. 100 pour les différents déserts et 40 p. 100 pour les terres cultivées, les prairies, les steppes, les savanes et les toundras, le reste, une très faible proportion, étant dévolu aux activités humaines.
La forêt mondiale est un véritable empire éclaté en plusieurs vastes ensembles que les biogéographes ont qualifié, au XIXe siècle, de formations végétales et, plus récemment, de biomes. De multiples critères peuvent être retenus pour distinguer des types de forêts. Un des premiers principes simples de différenciation est d’ordre géographique. Il est possible de distinguer, à l’échelle des grandes zones astronomiques du globe, la forêt boréale, australe, tempérée, intertropicale, équatoriale, etc. En prenant en compte de manière plus fine les données de la topographie, des pentes, des altitudes, on peut différencier les forêts de plaine des forêts de montagne et, parmi celles-ci, opposer la forêt andine à l’appalachienne, à l’himalayenne, à l’ouralienne, à l’alpine, etc. Les bassins des grands fleuves peuvent aussi servir de principe de découpage : forêt amazonienne, congolaise, rhénane, danubienne. Souvent, le nom d’une localité est simplement accolé au terme de forêt : forêt de Fontainebleau, d’Orléans, de Sherwood, de Bielowieza, etc. Enfin, les clivages climatiques sont également utilisés, parfois pour départager et nommer les forêts : forêt de mousson, méditerranéenne, pluvieuse, océanique, etc. Ces différents critères géographiques ne sont pas tous d’égale valeur, ni d’égale précision. Il importe de ne pas les mélanger de façon arbitraire, ce qui fausse les comparaisons possibles. D’autres critères encore sont couramment utilisés pour nommer et distinguer les grandes forêts mondiales. Les rythmes biologiques saisonniers — chute totale du feuillage (forêt caducifoliée) ou pérennité apparente (forêt sempervirente) — constituent également un principe de différenciation essentiel pour les paysages et le fonctionnement des écosystèmes forestiers. La composition des essences majeures permet d’opposer forêts de conifères et forêts de feuillus. De façon plus précise, sur le plan floristique, de nombreuses forêts sont désignées par le nom du genre de l’arbre dominant : chênaie, hêtraie, frênaie, bétulaie, sapinière, pineraie, forêt d’araucarias, etc. Des facteurs écologiques contraignants, visibles et parfois spectaculaires, sont aussi utilisés pour caractériser un ensemble forestier : forêt sèche, marécageuse, humide, de brouillard, etc. De multiples autres traits peuvent être ajoutés ou substitués à tous ceux déjà évoqués : le critère de taille (forêt haute, basse, naine, etc.), l’appréciation du taux de couverture (forêt dense, fermée, trouée, claire, ouverte, etc.), la présence d’une stratification plus ou moins apparente (forêt monostrate ou pluristrate). Pour bien nommer une forêt, il importe de tirer parti des critères topographiques, biologiques, physionomiques et botaniques.
La forêt boréale, ou taïga, est la plus vaste forêt du monde. Elle représente le tiers des superficies forestières mondiales. Elle apparaît dans l’hémisphère Nord comme un vaste anneau circumpolaire, presque continu sur 10 000 km (6 000 km en Eurasie, 3 500 km en Amérique du Nord), simplement interrompu par le détroit de Béring et par l’océan Atlantique. Première forêt mondiale pour la production du bois, elle est particulièrement dense sur ses marges méridionales. Monotone en raison de sa spécificité et de sa monostratification, elle est dominée par les conifères ; épicéas, sapins, pins et mélèzes en sont les constituants essentiels. Des animaux recherchés pour leur fourrure (vison, martre, renard argenté) y voisinent avec les troupeaux de rennes. En été, les insectes pullulent dans les milieux humides. La neige y joue un rôle écologique majeur en hiver tout comme, en été, de gigantesques incendies, qui s’y propagent sur d’immenses surfaces. Sols gelés, podzols et sols engorgés par l’eau forment l’essentiel des couvertures pédologiques. Lorsque la température moyenne annuelle descend en dessous de - 5 °C, la taïga est remplacée au nord par la toundra.
La deuxième grande forêt mondiale est la forêt dense, appelée aussi équatoriale, car son centre de gravité se trouve à proximité de l’équateur. À la différence de la forêt boréale, qui forme un ensemble continu, cette forêt est fragmentée en trois grands sous-ensembles : deux d’entre eux correspondent aux immenses bassins fluviaux des deux premiers fleuves mondiaux pour les débits, l’Amazone et le Congo ; le troisième fragment est morcelé en une infinité de lieux sur plusieurs continents : les îles et les presqu’îles de l’océan Indien et de l’océan Pacifique (Inde, Madagascar, Indonésie, Australie, Nouvelle-Guinée, etc.). Comme la forêt boréale, cette forêt est toujours verte, car tous les arbres ne perdent pas leurs feuilles en même temps. Elle est d’une extraordinaire richesse, avec plus de 50 000 espèces d’arbres identifiées. Son architecture est impressionnante par sa taille et la superposition de strates multiples constituées d’arbres de différentes tailles — jusqu’à 50 m de haut — de buissons, d’herbes et de champignons. Parmi ses traits physionomiques majeurs, les plus caractéristiques sont l’absence de lumière, la profusion des lianes et des épiphytes, l’aspect particulier de la base de nombreux troncs, souvent lisses, mais surtout renforcés par de formidables contreforts, la présence de feuilles terminées en pointe (acuminées) et les floraisons extraordinaires à même les troncs (la cauliflorie) ou sur les cimes, seulement visibles depuis des observatoires élevés. C’est une forêt relativement mal connue. Les forêts galeries, le long des fleuves, tels les Varzeas de l’Amazone ou les marécages — gri-gri de Guyane, poto-poto de Côte d’Ivoire ou swamp forest du Nigeria — en constituent les faciès floristiques et fauniques les plus riches. Cette forêt dense, appelée aussi forêt pluvieuse, est entourée de forêts dites sèches ou de mousson là où les pluies sont moins abondantes et où apparaît une saison sèche plus ou moins longue. Alors le caractère sempervirent s’atténue, la taille des arbres diminue, le couvert s’ouvre et le passage vers des forêts de plus en plus claires ou des savanes boisées se fait tantôt progressivement, comme en Afrique occidentale, tantôt plus brutalement, comme à Madagascar ou en Inde. La caatinga brésilienne, les forêts à baobabs dites soudaniennes, en Afrique, et les forêts de mousson à teck et à sal, en Inde, qui abritent cerf sambar, ours lippu, chien sauvage et écureuil géant, sont les mieux connues de ces forêts mixtes et claires mais aussi les plus menacées par les incendies, les pâturages et le défrichement.
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