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Van der Weyden, Rogier

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Van der Weyden, Déposition de croixVan der Weyden, Déposition de croix
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Présentation

Van der Weyden, Rogier (v. 1399/1400-1464), peintre flamand.

Primitif flamand et figure emblématique de la renaissance artistique de Europe du Nord, Rogier Van der Weyden — dit aussi Rogier de la Pasture — est tenu pour l’un des fondateurs de la peinture flamande du xve siècle, aux côtés de Robert Campin et de Jan Van Eyck.

2

Carrière du primitif flamand

Né à Tournai, dans les Flandres (aujourd’hui en Belgique), d’un père coutelier, Rogier Van der Weyden épouse vers 1426 Élisabeth Goffart (ou Ysabel Goffaerts) dont il a plusieurs enfants. L’année suivante probablement, il entre dans l’atelier du peintre Robert Campin, à Tournai, et obtient sa maîtrise en 1432. Avant octobre 1435, il est nommé peintre officiel de la ville de Bruxelles, où il s’installe et crée son propre atelier. À cette époque, le peintre change son nom français (de la Pasture) pour l’équivalent flamand (Van der Weyden). Il devient rapidement un membre influent de la communauté bruxelloise — ainsi que le suggère son adhésion à la confrérie de la Sainte-Croix en 1462. Rogier Van der Weyden meurt le 18 juin 1464. Il est inhumé dans la chapelle Sainte-Catherine de la collégiale Sainte-Gudule de Bruxelles.

L’artiste le plus admiré dans toute l’Europe du Nord laisse derrière lui un florissant atelier — atelier bruxellois dont la réputation a traversé les frontières jusqu’à la cour des Sforza de Milan — que reprend probablement l’un de ses fils également peintre, Pierre Van der Weyden (1437-1514).

Les nombreuses peintures de Rogier Van der Weyden (constituées pour l’essentiel de retables et de portraits) n’étant pour la plupart ni datées ni signées, c’est une analyse stylistique combinée à un travail sur les archives qui a permis d’établir une chronologie de son œuvre. De surcroît, le déchiffrage récent d’une signature jusqu’alors énigmatique — enlacement en forme de cordon des lettres R et V — sur le triptyque décorant l’autel de la Chiesa Madre de Polizzi Generosa (près de Palerme, en Sicile) a permis d’attribuer cette œuvre à l’artiste.

3

Une œuvre teintée de mysticisme

3.1

Intensité dramatique des scènes religieuses

Les premiers travaux de Rogier Van der Weyden s’inspirent des compositions des deux grands artistes flamands déjà reconnus, son maître Robert Campin et Jan Van Eyck. Ainsi l'Annonciation (v. 1431, musée du Louvre, Paris) et la Visitation (v. 1431, Galleria Sabauda, Turin), deux panneaux d’un triptyque démembré, rappellent la composition d’une œuvre de Robert Campin, même si les peintures de l’élève dégagent une intensité émotionnelle et dramatique bien plus prégnante. Dans le Saint Luc dessinant la Vierge (v. 1435-1440, The Museum of Fine Arts, Boston), l’artiste subit cette fois l’influence de Jan Van Eyck comme en témoigne la composition de l’œuvre, littéralement empruntée à la Vierge au chancelier Rolin, peinte vers 1430-1435. Enfin, comme nombre de ses contemporains flamands, Rogier Van der Weyden affirme dans sa facture une grande minutie du détail et des contours, même s’il privilégie souvent, par des jeux d’ombre et de lumière, le personnage central au détriment des éléments secondaires.

À la suite de ces premiers panneaux illustrant des épisodes de la vie de la Vierge, l’artiste exprime un intérêt croissant pour le thème de la Passion du Christ. L’emploi de couleurs froides, la dynamique de lignes allongées — particulièrement manifeste dans les drapés — caractérisent ses tableaux, dont la ferveur religieuse atteint bientôt des sommets de tragédie : Déposition de croix (v. 1435, musée du Prado, Madrid) et Triptyque de la Crucifixion (v. 1440, Kunsthistorisches Museum, Vienne). Vers 1445-1450, Rogier Van der Weyden reçoit une commande du chancelier Rolin pour l’hospice de Beaune, le Polyptyque du Jugement dernier (v. 1445-1450, Hôtel-Dieu, Beaune).

À partir de 1450, après un voyage en Italie où l’artiste se frotte à l’art de la Renaissance, les peintures de Rogier Van der Weyden acquièrent plus de douceur et gagnent en réalisme ce qu’elles perdent en profondeur mystique, comme en témoigne le Retable de Sainte-Colombe (v. 1460, Alte Pinakothek, Munich). La composition est parfois même très « italianisante », notamment dans la Mise au tombeau (v. 1460, galerie des Offices, Florence), inspirée d’une œuvre de Fra Angelico, et dans la Vierge avec quatre saints, dite Vierge Médicis (v. 1460, Städelsches Kunstinstitut, Francfort), que l’artiste aurait réalisé à la demande de Cosme de Médicis et qui correspond parfaitement au modèle d’une Sainte Conversation italienne.

3.2

De la sensibilité des visages à l’art du portrait

Rapidement, Rogier Van der Weyden applique à ses œuvres mystiques une dimension temporelle. Ainsi, il est fréquent de reconnaître des visages de contemporains intégrés à des scènes religieuses, comme dans le Retable des Sept Sacrements (v. 1445-1450, musée royal des Beaux-Arts, Anvers). Dans cette œuvre sont célébrés, de part et d’autre du sacrement essentiel (l’eucharistie sur le panneau central), le baptême, la confirmation et la pénitence (sur le volet gauche), et l’ordination, le mariage et l’extrême-onction (sur le volet droit). Chacune des scènes foisonne de personnages dont certains ont pu être identifiés, notamment les commanditaires du retable (des clercs de la ville de Tournai). Une étude approfondie de l’œuvre a permis de déceler la technique employée par l’artiste. En effet, plusieurs visages n’ont pas été peints directement sur le panneau mais sur un autre support, plus souple, avant d’être appliqués sur le bois (comme avec un calque) ; le recours à cette lourde technique laisse supposer que Rogier Van der Weyden a croqué les commanditaires lors d’un séjour à Tournai avant de réaliser leur portrait dans son atelier bruxellois.

Au-delà des scènes religieuses strictes, le maître applique également une nouvelle formule à l’art du portrait en associant, dans un diptyque, une Vierge à l’Enfant à la figuration en buste du donateur. Aujourd’hui souvent démembrés, ces portraits proposent une vision dramatique du visage d’un contemporain, notable dans le cas du Portrait de Philippe de Croÿ (v. 1460, musée royal des Beaux-Arts, Anvers). Au total, des témoignages restants de son œuvre de portraitiste, il nous est parvenu une quinzaine de panneaux tel le célèbre Portrait d’une dame, peut-être celui de son épouse (v. 1435, Gemäldegalerie, Staatliche Museen, Berlin). D’autres ne nous sont connus que par des copies postérieures, comme les portraits de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire.

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