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Blake, William

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Blake (William), le TigreBlake (William), le Tigre
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1

Présentation

Blake, William (1757-1827), peintre, graveur et poète visionnaire anglais, auteur des Chants d’innocence (1789, 1794) et des Chants d’expérience (1794). Ses recueils de poèmes illustrés, d’un genre unique dans la littérature occidentale, préfigurent le romantisme.

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Un autodidacte

Fils d’un bonnetier, William Blake naît à Londres, où il vivra la plus grande partie de sa vie. Il fréquente très peu l’école mais lit énormément, comme le prouve sa poésie qui laisse transparaître l’influence de la pensée de Jakob Böhme et du swedenborgisme (voir Swedenborg). Les visions mystiques qu’il a dès son enfance auront une grande influence sur la tonalité de son œuvre poétique.

Enfant, il veut devenir peintre et entre dans une école d’art, avant d’être placé à 14 ans en apprentissage chez le graveur James Basire. Il étudie ensuite à la Royal Academy of Arts, non sans se rebeller contre les doctrines esthétiques néoclassiques de son président, Joshua Reynolds. Il s’y lie d’amitié avec John Flaxman et Johann Heinrich Füssli, dont les recherches influencent profondément son travail esthétique. En 1784, Blake ouvre son propre atelier de gravure. Trois ans plus tard, la mort de son jeune frère Robert, qu’il a pris en apprentissage, l’affecte terriblement, et accentue sa propension au mysticisme. Après quelques années, il doit fermer son atelier, pour insuffisance de rentabilité. Il n’abandonne cependant ni l’illustration ni la gravure et, aidé de son épouse, Catherine Boucher, à qui il s’est uni en 1782 et qui l’aidera fidèlement toute sa vie, il imprime ses propres livres de poésie selon le procédé de la gravure enluminée (textes et décors sont gravés à l’acide, avant l’ajout à la main des couleurs).

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Premiers poèmes : Chants d’innocence et d’expérience

Blake écrit ses premiers poèmes à l’âge de 12 ans et publie en 1783 un recueil intitulé Esquisses poétiques (Poetical Sketches) : ces vers de jeunesse, bien que précurseurs du style et des thèmes novateurs qu’il développera par la suite, ne trouvent guère de lecteurs. Plus populaire, le recueil Chants d’innocence (Songs of Innocence, 1789-1794) contient des poèmes simples, lyriques et débordants de fraîcheur. Dans Chants d’expérience (Songs of Experience, 1794), Blake exprime avec passion ses doutes sur la perfection humaine et sur la société. Une unité de style et un sujet identique relient les deux recueils : « Innocence » et « Expérience » sont « ces deux états contraires de l’âme humaine » que Blake dépeint dans deux poèmes indissociables, « l’Agneau » (The Lamb) et « le Tigre » (The Tyger), symbolisant respectivement l’enfance innocente et le monde adulte, corrompu et répressif. Blake s’attache par la suite à développer l’idée selon laquelle, sans expérience, il n’est pas d’innocence véritable, l’expérience étant elle-même transformée par la force créatrice de l’imagination.

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L’art graphique au service de la poésie

Avec les deux recueils de Chants, Blake commence à utiliser son célèbre procédé de gravure enluminée, d’une complexité telle que ses secrets de fabrication n’ont pas encore été tous élucidés. L’artiste portait sans doute le texte et les illustrations de chaque poème sur une plaque de cuivre à l’aide d’un produit inattaquable par les acides, qui permettait aux lettres et aux illustrations d’apparaître en relief après trempage. Il appliquait alors de l’encre ou de la peinture à l’eau sur la plaque, tirait des épreuves et les terminait à l’aquarelle. Ces contraintes techniques expliquent que ces chefs-d’œuvre n’aient pu être diffusés qu’à peu d’exemplaires, ce qui a contribué à la méconnaissance de l’art de Blake de son vivant.

L’art graphique de Blake est, comme sa poésie, un défi aux conventions du xviiie siècle. En effet, revendiquant la supériorité de l’intuition mystique sur la raison, Blake estime que les formes parfaites ne peuvent être reproduites que d’après les visions intérieures et non pas d’après l’observation de la nature. Son style linéaire et rythmique constitue lui-même un pied de nez au style académique alors en vigueur, qui prône les aplats de couleur. Blake privilégie les contours nettement dessinés, sans pour autant négliger la fraîcheur des couleurs, et donne une extraordinaire expressivité à ses nus. Il s’inspire des sculptures qui ornent les pierres tombales médiévales — qu’il a recopiées lorsqu’il était apprenti — et du maniérisme. Il est également influencé par Michel-Ange, comme le prouvent les illustrations communément appelées The Ancient of Days, qui forment le frontispice de son poème Europe, une prophétie (Europe, a Prophecy, 1794).

Blake peint essentiellement des sujets religieux, comme en témoignent ses illustrations des ouvrages de John Milton ou celles de John Bunyan comme le Voyage du pèlerin ou bien encore vingt et une illustrations du Livre de Job pour la Bible. Il compose également des illustrations profanes pour une édition des poèmes de Thomas Gray et des aquarelles pour les Nuits d’Edward Young.

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