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Plan de l'article
Présentation ; Éclectisme et avant-garde ; Provocation et musique ; Les années folles ; Plénitude ; Temps de guerre ; Cinéma ; Consécration
Cocteau, Jean (1889-1963), écrivain, dessinateur et cinéaste français.
Né à Maisons-Laffitte, Jean Cocteau est issu d’une famille de bourgeois fortunés, cultivés et musiciens. Son père vit de ses rentes, aime dessiner et peindre, mais en 1898, s’imaginant ruiné, il se suicide. L’enfant s’en trouve profondément affecté. Il fait des études médiocres, échoue au baccalauréat, mais se sent très tôt attiré par la littérature. Sa famille l’encourage dans ce sens. C’est en 1909, âgé de vingt ans, qu’il publie son premier recueil de poèmes, la Lampe d’Aladin, suivi en 1910 du Prince frivole, tous deux désavoués plus tard. En cette même année 1910, il découvre les Ballets russes, se lie à Diaghilev (qui lui « déniaisa l’esprit ») et donne son premier essai au théâtre, Portrait surnaturel de Dorian Gray. Puis il écrit le livret d’un ballet (la Patience de Pénélope), des poésies (la Danse de Sophocle, 1911), dessine les affiches pour les Ballets russes et donne un argument chorégraphique, le Dieu bleu (1912), dansé par Nijinski. Ébloui par le Sacre du printemps (1913) d’Igor Stravinski, il décide de se ranger du côté des modernes. Au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale, il donne des textes et des dessins patriotiques dans le Mot, et, en 1915, le pilote Roland Garros l’initie à l’acrobatie aérienne, expérience qui inspirera son poème le Cap de Bonne-Espérance (1919). Mais auparavant, en 1916, il devient convoyeur de la Croix-Rouge et intègre clandestinement un bataillon de fusiliers marins. De retour du front, où son imposture est découverte, il rencontre Picasso, se lie avec le musicien Erik Satie, fréquente Apollinaire, Reverdy, Cendrars et Jacob. C’est alors qu’il écrit l’Ode à Picasso (1916), dans un style d’avant-garde.
1917 est l’année de création de Parade, dont il a écrit l’argument, sur une musique de Satie. La première du ballet déclenche un scandale considérable, et Cocteau est momentanément assimilé au mouvement Dada. Passionné par les nouveaux courants musicaux français, il écrit un essai sur la musique, le Coq et l’Arlequin (1918), forme et préside le groupe des Six. Noctambule effréné, Cocteau est un peu, à cette époque, l’« enfant chéri » de l’avant-garde intellectuelle et artistique. En 1919 toutefois, sa rencontre avec Raymond Radiguet — qui le pousse à faire l’expérience de la forme romanesque — l’éloigne de cette avant-garde. Le Potomak, recueil de textes et de dessins (1919, édition définitive en 1924) certes provocateur mais de facture plus classique, en est le premier signe. Il écrit, par ailleurs, une farce musicale avec Darius Milhaud (le Bœuf sur le toit, créé en 1920), publie un nouveau recueil de poésies (Escales, 1920), donne une pantomime avec les musiciens du groupe des Six (les Mariés de la tour Eiffel, 1921) et achève une pièce de théâtre en collaboration avec Raymond Radiguet et Francis Poulenc, le Gendarme incompris (1921).
Touche-à-tout plein d’énergie, Cocteau travaille dans toutes les disciplines et fait alterner les poésies de création avec des textes d’analyse et de réflexion (le Secret professionnel, 1922 ; le Rappel à l’ordre, 1926 ; le Mystère laïc, 1928). Il édite confidentiellement et sans nom d’auteur le Livre blanc (1928), ouvrage sur sa bisexualité, et analyse dans Opium (1930) son expérience de la drogue, vers laquelle il s’est tourné après la mort de Radiguet (« La Chine fume pour se rapprocher de ses morts. »). Au cours de ces mêmes années, il donne une série de romans de facture assez classique : Thomas l’imposteur, le Grand Écart (1923) et les Enfants terribles (1929), dans lesquels il traduit, en un style économe et musical, l’esprit et le mal de vivre d’une époque. La musique reste un de ses centres d’intérêt. Il écrit, entre autres, une opérette avec Darius Milhaud (le Train bleu, 1924), des ballets (les Biches, les Fâcheux, 1924), un opéra-oratorio pour Stravinski (Œdipus Rex, 1927). Pour le théâtre, il interroge principalement la mythologie et la tragédie grecques, qui lui permettent de développer des thèmes récurrents de son œuvre (l’amour impossible, la mort, etc.), dans des versions d’Antigone (1922), mise en musique par Arthur Honegger, d’Orphée (1927) et d’Œdipe Roi (1928). Il publie toujours des poèmes à la facture originale et fascinante : Vocabulaire (1922), la Rose de François et Plain-Chant (1923), l’Ange Heurtebise, Cri écrit, Pierre mutilée (1925), Opéra (1927). Son rapprochement avec le groupe surréaliste est vite interrompu par une brouille avec André Breton, qui le qualifie d’« imposteur de la poésie ». Tourmenté par son athéisme, il écrit aussi la Lettre à Jacques Maritain (1926) et laisse libre cours à ses pulsions homosexuelles dans 25 dessins d’un dormeur (1929).
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