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Présentation ; Une double culture, slave et occidentale ; Poésie et dandysme ; Les exils ; Les pièges de la cour
Pouchkine, Alexandre (1799-1837), écrivain russe, le plus grand poète de la Russie impériale.
Alexandre Sergueïevitch Pouchkine naît à Moscou dans une famille de la noblesse. Sa mère, frivole et mondaine, est la petite-fille d’Abram Hannibal, le « nègre de Pierre le Grand », un Abyssin à qui le tsar avait donné titres et culture. Son père, féru des classiques français du XVIIe siècle, taquine la muse et côtoie les plus grands écrivains de l’époque, Karamzin, Joukovski. Il instruit ses enfants en leur lisant La Fontaine et Molière, et, dans la bibliothèque paternelle, le jeune Pouchkine déchiffre dans le texte les œuvres de Parny, Racine, et surtout Voltaire, dont il fait son idéal. Souvent confié à sa grand-mère, qu’il rejoint dans le domaine familial de Mikhaïlovskoïe (province de Pskov), le jeune garçon recueille sans se lasser, des lèvres de sa vieille nourrice, Arina Rodonovna, toutes sortes de contes populaires.
En 1811, il entre au lycée qu’Alexandre Ier vient d’ouvrir dans son palais de Tsarskoïe Selo, à quelques verstes de Saint-Pétersbourg, et où fleurissent, parmi les jeunes aristocrates, les vocations poétiques. À quinze ans, son élégie Souvenirs de Tsarskoïe Selo suscite l’admiration du poète Derjavine. Dès 1814, la plus célèbre des revues russes, le Messager de l’Europe, publie l’un de ses poèmes, l’épître À un ami poète. À la sortie du lycée en 1816, Pouchkine entre au ministère des Affaires étrangères et se lance, en dandy, dans la vie mondaine et littéraire de la capitale. Volontiers frondeur et affichant ses opinions libérales, il prête sa voix à de jeunes officiers qui, épris de liberté, ont participé à la « grande guerre patriotique » contre Napoléon (les futurs décembristes qui, en décembre 1825, tenteront en vain de renverser Nicolas Ier).
Pouchkine condamne le servage (la Campagne) et n’épargne pas le tsar (Ode à la liberté), lequel, irrité, exile le poète pour quatre ans (1820-1824) au Caucase et en Crimée. La révélation de l’Orient, la découverte enthousiaste de Byron inspirent à Pouchkine des récits romantiques, le Prisonnier du Caucase (1821), la Fontaine de Bakhtchisaraï (1823), les poésies le Démon, Stérile semeur de liberté (1823) et un chef-d’œuvre, les Tsiganes (1824), où se joue un sublime drame d’amour et de mort dont Mérimée s’inspirera pour Carmen. En 1823, Pouchkine se met à la rédaction d’Eugène Onéguine, roman en vers qu’il achèvera en 1830, et dont le héros « byronien », Eugène, un dandy pétersbourgeois, répond trop tard à l’amour que lui témoigne Tatiana, jeune fille toute simple : Eugène est la première incarnation de l’« homme de trop », héros central de la littérature russe de la première moitié du XIXe siècle. Les deux héros sont montrés à travers un subtil jeu de miroirs entre vie et littérature, dont Pouchkine n’exclut ni le lecteur ni lui-même. En 1824, Pouchkine, ayant exprimé son penchant pour l’athéisme, est assigné à résidence dans le domaine de Mikhaïlovskoïe : ce nouvel exil, de 1824 à 1826, est l’une des périodes les plus douloureuses de son existence, mais la plus productive de sa carrière poétique : naissent une centaine de poésies lyriques (Je me rappelle l’instant divin…) dont l’inspiration est élargie à de nombreuses sources, le Coran ou la Bible (Imitations du Coran, 1825 ; le Prophète, 1826), ainsi qu’une tragédie historique dans la tradition shakespearienne, Boris Godounov (1825). S’appuyant sur les travaux de l’historien Karamzin, Pouchkine relate, dans une série de tableaux d'une grande variété, un épisode du temps des troubles, le renversement du tsar infanticide Boris par un usurpateur, le faux Dimitri : passant du destin individuel des protagonistes à celui, puissant et énigmatique, de la Russie, le poète livre une réflexion esthétique et philosophique sur le passé national.
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