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Pays-BasArticle
Plan de l'article
Le soulèvement contre l’Espagne éclate en 1566. Il marque le début d’une guerre qui va ébranler le pays jusqu’en 1648, date de la signature du traité de Westphalie. Ce conflit trouve ses origines dans la question religieuse : les calvinistes des régions méridionales (la Belgique actuelle), se soulèvent en masse et la répression féroce menée par le duc d’Albe empêche toute conciliation. Le mécontentement général s’étend et les villes du Nord constituent, en 1572 à Dordrecht, un gouvernement sous la direction de Guillaume Ier d’Orange-Nassau, dit le Taciturne. Le duc d’Albe parvient à reconquérir un certain nombre de villes du Nord, au prix d’innombrables massacres, mais les insurgés se maintiennent sur leurs positions. Don Juan d’Autriche et Alexandre Farnèse, duc de Parme, réussissent à maintenir l’Espagne dans ses droits, tout en intégrant l’idée que la cassure est irrémédiable. En 1579, l’Union d’Arras réunit les régions francophones et catholiques, tandis que les calvinistes s’unissent par l’Union d’Utrecht, qui proclame son indépendance deux ans plus tard. L’Union d’Utrecht connaît des débuts difficiles : une série de défaites contre l’Espagne tout d’abord, l’assassinat de Guillaume d’Orange par un fanatique catholique en 1584, puis la reconquête, en 1585, de la quasi-totalité des territoires du sud par les Espagnols, y compris le port d’Anvers. Le salut vient d’Angleterre : Élisabeth Ire soutient les insurgés à la recherche désespérée d’un souverain. Ainsi, en 1588, les Anglais détruisent l’Invincible Armada, et cette victoire navale imparable oblige l’Espagne à trouver un compromis. À cette date est constituée la république des Provinces-Unies dirigées par le « pensionnaire » Oldenbarnevelt et par le stathouder Maurice de Nassau. La trêve conclue entre Espagnols et Néerlandais dure de 1609 à 1621, puis la guerre reprend ponctuellement jusqu’à la reconnaissance par l’Espagne, en 1648, de la souveraineté des Provinces-Unies par le traité de Münster.
Au xviie siècle, les Provinces-Unies connaissent une période de prospérité sans égale tandis que leurs voisins européens subissent une stagnation économique. République commerçante, les Provinces bénéficient du déclin d’Anvers, et Amsterdam devient une gigantesque plaque tournante. La Compagnie des Indes orientales (1602) s’arroge le monopole du commerce avec l’Extrême-Orient ; la Compagnie des Indes occidentales (1621) pratique le commerce des esclaves entre la Côte-de-l’Or (Ghana), l’Amérique et l’Europe, et la Compagnie du Nord se livre, quant à elle, à la pêche à la baleine. Un quasi-monopole du commerce avec la Baltique, une flotte commerciale supérieure à celle de l’Angleterre, une industrie lainière et linière performante (Leyde et Haarlem), une agriculture quasi industrielle font des Provinces-Unies le centre commercial, industriel et financier de l’Europe du Nord-Ouest. Cette prospérité est présente à tous les niveaux : artistique, scientifique et culturel. Au siècle précédent, Didier Érasme a exercé une profonde influence sur la vie intellectuelle. Il en est de même pour le juriste Hugo Grotius, les scientifiques Christiaan Huygens et Antonie Van Leeuwenhoek, les cartographes Willem Janszoon Blaeu et Jodocus Hondius, les écrivains Pieter Corneliszoon Hooft et Joost Van den Vondel, et Abel Janszoon Tasman qui découvre, en 1642, la terre de Van Diemen (aujourd’hui la Tasmanie). Les Pays-Bas accueillent également les libres-penseurs ; le philosophe Baruch Spinoza, le philosophe et mathématicien René Descartes, John Locke y trouvent refuge. La peinture néerlandaise connaît un essor remarquable avec les grands artistes néerlandais du xviie siècle, Rembrandt, Jan Vermeer, Frans Hals ou Jan Steen.
À Guillaume d’Orange succèdent Maurice de Nassau, puis son demi-frère Frédéric-Henri, qui poursuivent une politique dynastique et prennent le titre et la fonction de stathouder. Ils gouvernent avec les États généraux, l’Assemblée constituée par les représentants des 7 provinces et dominée par la Hollande, la plus grande et la plus prospère d’entre elles. Le fils de Frédéric-Henri, Guillaume II d’Orange, entre violemment en conflit avec la province de Hollande, à un point tel qu’après sa mort (en 1650), aucun stathouder n’est nommé en Hollande et dans 4 autres provinces pendant plus de vingt ans, une période qui est appelée « Véritable Liberté ». Le pouvoir est alors détenu par l’oligarchie et le grand pensionnaire Jan De Witt dirige les Provinces de 1653 à 1672. Il affronte l’Angleterre de 1652 à 1654 et de 1655 à 1667. En outre, les Provinces-Unies s’engagent dans la guerre de Dévolution (1667-1668) opposant la France de Louis XIV à l’Espagne. En s’alliant à l’Angleterre et à la Suède, les Provinces constituent avec ces deux pays la Triple-Alliance. Le traité d’Aix-la-Chapelle met fin au conflit le 2 mai 1668. Guillaume III d’Orange, roi d’Angleterre en 1689, est stathouder de 1672 à 1702. Il doit faire face à un nouveau conflit qui ravage l’Europe, la guerre de Hollande (1672-1679) opposant la France et la Hollande. En effet, les Néerlandais contestent la volonté d’expansion de Louis XIV et la politique commerciale de Colbert, jugée protectionniste. Les traités de paix sont signés à Nimègue entre 1678 et 1679 et la France doit restituer plusieurs places fortes aux Provinces-Unies. Progressivement, elles se rapprochent de l’Angleterre et adhèrent à la ligue d’Augsbourg. Lorsque Guillaume III meurt sans héritier, un lointain parent, Jean-Guillaume Friso, revendique avec succès le titre d’héritier de la maison d’Orange. Le pouvoir économique et politique des Pays-Bas commence à faiblir à l’issue de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), où les Néerlandais se sont alliés au gouvernement du Royaume-Uni, nouvellement créé, contre les Français. À la suite de ce choix, la République néerlandaise est éclipsée par la politique expansionniste du Royaume-Uni sur la mer et de la France sur la terre. En 1747, le fils de Jean-Guillaume Friso obtient, sous le nom de Guillaume IV, le poste de stathouder dans l’ensemble des 7 provinces. C’est à cette date que la fonction devient héréditaire.
À la fin du xviiie siècle, les Pays-Bas subissent le contrecoup de la Révolution française. En 1795, avec l’appui des troupes françaises, un mouvement de patriotes fonde une République batave, calquée sur le modèle de la République française. Le stathouder Guillaume V s’enfuit en Angleterre. La République batave devient, en 1806, le royaume de Hollande, que Napoléon Ier offre à son frère Louis, pour le lui retirer, en 1810, et l’intégrer à l’Empire français. À la chute de Napoléon, en 1815, l’indépendance des Pays-Bas est rétablie par le congrès de Vienne, et une partie de la Belgique est ajoutée au royaume, placée sous l’autorité du roi Guillaume Ier, fils de Guillaume V. Une première Constitution est établie en 1814 et, en 1815, une nouvelle Constitution instaure deux Chambres. Mais l’union ne dure pas : en 1830, les Belges se révoltent et proclament leur indépendance. Après un conflit armé en 1831, suivi de huit ans d’escarmouches, les royaumes de Hollande et de Belgique ratifient leur séparation, en 1839, à Londres.
Sous l’influence des révolutions de 1848, le roi Guillaume II promulgue une Constitution libérale qui ne laisse plus de place au règne personnel et arbitraire. Les membres de la Première Chambre du Parlement, autrefois nommés par le roi, sont désormais élus par les États provinciaux. Les membres des États et de la Seconde Chambre du Parlement sont, quant à eux, élus au suffrage censitaire. Les provinces catholiques du Limbourg et du Brabant Septentrional obtiennent un statut égal à celui des autres provinces. Dans cet esprit, la Constitution de 1848 garantit la pleine et entière liberté de culte et un Parti catholique se constitue, en lutte contre les libéraux et les nouveaux partis conservateurs protestants. À la fin du xixe siècle, le suffrage censitaire est progressivement élargi et les mouvements en faveur de réformes sociales prennent naturellement de l’ampleur. La naissance d’un Parti du travail, puissant, et l’organisation des travailleurs au sein de syndicats entraînent de nouvelles réformes sociales. L’administration des colonies ne reste pas en marge de ce vent de réformes : en Indonésie, par exemple, les impôts écrasants sont peu à peu supprimés.
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