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Afrique

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5.3.2. 2
L’empire du Mali et l’Empire songhaï

L’empire du Mali est fondé vers 1235 par Soundiata Keita, un prince semi-légendaire malien. Il se développe dans le cours supérieur du Sénégal et du Niger à partir d’un ensemble de peuples de langue mandé. L’empire connaît son apogée sous le règne du mansa (roi) Kankan Moussa, qui introduit l’islam dans son royaume. Il devient célèbre à la suite d’un fastueux pèlerinage à La Mecque (1324-1325) au cours duquel il aurait distribué des pièces d’or en telle quantité que le cours du métal se serait effondré sur les marchés du Caire. Il établit des relations diplomatiques avec la Tunisie et l’Égypte, et fait venir des enseignants et des artisans ; à cette époque, le Mali est connu en Occident comme le montre l’atlas catalan dit de Charles V.

L’empire du Mali décline à partir du xve siècle, avec la montée en puissance de son voisin le royaume de Gao qui devient, sous le règne de Sonni Ali Ber (1464-1493), l’Empire songhaï. Sous son successeur Askia Mohammed, l’Empire songhaï s’étend de l’Atlantique au lac Tchad sur 2 500 km, et donne ses heures de gloire à Tombouctou, alors terminus caravanier de la route transsaharienne. En 1591 cependant, la ville est détruite par une expédition marocaine équipée d’armes à feu (les premières à être utilisées au sud du Sahara), envoyée par le sultan Ahmad al-Mansur qui cherche à mettre la main sur le commerce de l’or.

Par la suite, des petits royaumes (Macina, Gonja, Ségou, Kaarta) tentent de dominer l’Ouest africain. Ils ne parviennent cependant pas à ranimer le commerce transsaharien, en déclin depuis l’ouverture des comptoirs commerciaux européens sur la côte de la Guinée au xvie siècle.

5.3.2. 3
Les cités-États haoussa et l’empire de Kanem-Bornou

À l’est de l’Empire songhaï, entre le fleuve Niger et le lac Tchad, se développent les cités-États des Haoussa et l’empire de Kanem-Bornou. Les États haoussa (Biram, Daoura, Gobir, Kano, Katsina, Rano et Zaria) se forment vers le xe siècle et tirent profit de la chute de l’Empire songhaï. Le commerce transsaharien se déplace vers l’est et passe sous le contrôle de Katsina et de Kano, qui deviennent les centres d’un commerce et d’une vie urbaine florissants. L’islam est introduit au xie siècle dans les cités-États haoussa depuis le Kanem-Bornou.

Le Kanem est fondé au ixe siècle au nord et à l’est du lac Tchad, et forme un État doté d’une structure assez souple. Ses dirigeants se convertissent rapidement à l’islam. À la fin du xive siècle, poussés par les Boulalas nomades qui ont envahi leur région, les sultans du Kanem investissent la région du Bornou. Le plus célèbre des souverains bornouans est maï Idris III Alaoma (v. 1571-1603), qui introduit les armes à feu achetées aux Turcs ottomans d’Afrique du Nord. À son apogée, l’empire du Kanem-Bornou contrôle les routes du Sahara oriental, mettant l’Afrique centrale en liaison avec l’Égypte et la Libye ; il amorce un long déclin à partir du xviie siècle.

5.3.2. 4
L’expansion de l’islam

À l’époque des grands empires sahéliens (xe-xvie siècles), la vie des agriculteurs et des pêcheurs s’améliore dans la mesure où l’islam, associé aux nouveaux centres urbains, a favorisé l’expansion économique et l’émergence d’une classe dirigeante et d’une bourgeoisie vivant du commerce de moyenne et longue distances. La conversion à l’islam est l’aboutissement de cette évolution sociale et économique. Les populations rurales, quant à elles, restent pour la plupart attachées à la religion traditionnelle, ou continuent à en perpétuer certaines pratiques.

C’est à travers les Kountas, des nomades arabo-berbères, que les confréries musulmanes commencent à s’implanter en Afrique occidentale. Ainsi, la spiritualité prêchée à partir du milieu du xvie siècle par la Qadiriyya (la plus ancienne des confréries musulmanes) trouve un terrain favorable chez les populations de la boucle du Niger. À cette période, la pratique religieuse décline au sein de la classe dirigeante et l’islam devient une religion individuelle, plutôt qu’une religion d’État.

Au début du xixe siècle, emmenés par El-Hadj Omar qui crée la confrérie Tidjaniyya, les Toucouleur relancent le mouvement d’islamisation à partir du Fouta-Toro, dans la haute vallée du Sénégal. D’autres mouvements réformateurs, agissant souvent en réaction à la poussée européenne, voient le jour chez les Peul et les Mandingues. Les anciens pouvoirs sont renversés et remplacés par des États théocratiques. Entre 1804 et 1812, le musulman Ousman dan Fodio soulève les Peul de la région pour lutter contre le retour de l’animisme chez les Haoussa du Gobir. Il renverse les dirigeants haoussa, et fonde l’empire de Sokoto (1809), dans le nord du Nigeria. Sa tentative d’investir le Bornou se heurte à la résistance des chefs religieux locaux. À sa mort en 1817, son empire est repris en main par son fils, Mohammed Bello.

Un autre État théocratique est créé dans le Macina par Cheikhou Ahmadou, un marabout peul qui lance une guerre sainte contre les Bambara animistes et se taille un royaume dans le Macina (la plaine inondable entre Tombouctou et Djenné). Il instaure une théocratie fondée sur un islam rigoriste, qui lui survit de peu, emporté en 1862 lorsqu’El-Hadj Omar s’empare de la région. Ce dernier ne profite toutefois guère de sa victoire car les populations se soulèvent, et El-Hadj Omar meurt en 1864.

5.3. 3

Afrique orientale

Texte grec anonyme, le Périple de la mer Érythrée (ier ou iiie siècle apr. J.-C.) évoque les échanges commerciaux à travers l’océan Indien entre le continent africain, la péninsule Arabique et le sous-continent indien. Il fait également pour la première fois état de l’existence des vents de mousson, qui permettent l’essor du commerce maritime dans la région. Ainsi, les historiens avancent l’idée qu’Africains et Indonésiens ont atteint Madagascar concomitamment, au cours du Ier millénaire apr. J.-C., apportant avec eux de nouvelles denrées alimentaires (notamment la banane) et de nouvelles méthodes de cultures (comme l’irrigation).

Les Arabes ont établi des comptoirs sur la côte dès le viiie siècle (Sofala au Mozambique), probablement à l’emplacement de comptoirs plus anciens, mis en place par les premiers navigateurs indiens. L’ivoire, l’or, le minerai de fer et les esclaves constituent les principales exportations. Vers le xiiie siècle, il existe plusieurs cités-États le long de la côte est-africaine — qui est connue comme le pays des Zenj —, telles que Mogadicio, Malindi, Lamu, Mombasa, Zanzibar, Kilwa, Pate et Sofala. Une civilisation urbaine apparaît. Elle s’appuie sur le swahili, une langue à structure bantoue dont le vocabulaire fait appel à des langues parlées par les commerçants (arabe, persan, gujarati, bantou, puis portugais, anglais et français). Les classes dirigeantes sont des métis arabo-indo-africains ; les populations sont bantoues. Les esclaves, porteurs des marchandises et vendus à l’arrivée avec leur charge, sont nombreux. Ces cités-États vouées au commerce maritime n’établissent des relations suivies avec la région des Grands Lacs, au centre de l’Afrique, qu’à partir du milieu du xixe siècle (comptoirs de Tabora et d’Oujiji sur le lac Tanganyika).

La région des Grands Lacs pratique déjà la métallurgie du fer à la veille de notre ère, comme le montrent les découvertes faites au Rwanda et au Burundi. Les États de la région émergent vers le xive siècle, et prennent la forme d’une monarchie sacrée dont le symbole politique est le tambour, transmetteur des ordres royaux. On sait peu de choses sur cette première période historique, sinon que les traditions orales évoquent l’existence d’un grand empire, dit de Kitara ou de Chwezi, qui se serait développé sur le Rwanda et le sud de l’Ouganda actuels. D’autres royaumes sont supplantés par les Luos, venus du Soudan, lesquels poursuivent leur migration vers le sud. Parmi ces États des Grands Lacs, le Bunyoro est le plus puissant jusqu’à la seconde moitié du xviiie siècle. Puis le Buganda, à l’est du lac Victoria, commence son expansion. Une administration centralisée se développe, dont les chefs et sous-chefs de districts sont nommés par le kabaka (le roi).

Au sud, au Rwanda puis au Burundi, une aristocratie pastorale, établie sur l’élevage des bovins et fondée par les Himas ou Tutsi, contrôle les peuples bantous défricheurs de clairières installés de longue date dans la région, et s’oppose fermement à l’action des négriers arabes. De tous les États d’Afrique, le Rwanda est celui dont la formation est la plus ancienne.

5.3. 4

Afrique centrale : royaume du Kongo, Empires luba et lunda

Les États d’Afrique centrale sont encore moins bien connus. Dans les savanes de l’actuelle République démocratique du Congo, au sud des forêts pluviales, les peuples de langue bantoue fondent des communautés agricoles dès le Ier millénaire. Dans la région des savanes centrales correspondant approximativement au Katanga actuel se développe un commerce entre l’Atlantique et l’océan Indien, fondé sur l’exportation du cuivre fondu en croisettes de différentes dimensions utilisées comme monnaie. Le royaume de Kongo, fondé vers le xive siècle, contrôle le nord de l’Angola actuel, jusqu’à l’embouchure du fleuve Congo. Il tient sa richesse de sa connaissance de la métallurgie du fer et des échanges qu’il pratique avec les populations de la forêt. Son fondateur est vénéré comme un roi-forgeron qui a apporté la civilisation (les outils de fer pour défricher la terre, les lances pour la défendre). En 1482, les Portugais entrent en contact avec les Kongo, et entretiennent avec eux des relations commerciales relativement égalitaires jusqu’à ce qu’ils mettent en place une politique de stricte domination au xvie siècle.

Dans la région située entre la rivière Kasaï et le lac Tanganyika, de nombreux petits royaumes s’organisent au xvie siècle pour former l’Empire luba sous l’autorité de Kongolo, son fondateur mythique. Au siècle suivant, Mwata Yamvo (1660-1675) — un descendant cadet de la famille régnante — fonde à l’est des territoires luba un nouvel empire, l’Empire lunda. Par la suite, Mwata Yamvo devient le titre porté par tous les souverains lunda. Comme tous les royaumes de la forêt soumis à la croissance démographique, l’Empire lunda se disloque, et les héritiers fondent de nouveaux royaumes comme le Bemba, le Kasanje et le Kazembe. Entre 1750 et 1850, ce dernier domine le sud du Katanga et les régions méridionales.

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