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AfriqueArticle
Plan de l'article
À la fin du xviiie siècle, l’intérêt scientifique et la recherche de nouveaux marchés stimulent une période d’exploration des Européens. L’explorateur britannique James Bruce atteint la source du Nil Bleu en 1770 ; son compatriote Mungo Park visite Ségou sur le Niger (1796) ; le Français René Caillié atteint Tombouctou en 1828, et l’Allemand Heinrich Barth visite la même cité quelque temps plus tard à partir de Tripoli et du lac Tchad ; le missionnaire britannique David Livingstone explore le Zambèze et, en 1855, découvre les chutes Victoria ; en 1863, les explorateurs britanniques John Hanning Speke, venant du sud, et Samuel Baker, venu du nord, résolvent en partie le mystère des sources du Nil. À la suite de ces explorateurs arrivent les missionnaires chrétiens, puis les marchands européens. Avec le développement des intérêts privés en Afrique, l’engagement européen s’intensifie. Les Français entament la conquête de l’Algérie et du Sénégal dans les années 1830. L’occupation systématique de l’Afrique tropicale commence au cours de la seconde moitié du xixe siècle, dans le sillage des explorations. Les premières missions européennes qui pénètrent à l’intérieur se heurtent aux États en voie de constitution, mais le continent a été ravagé par la traite des Noirs et l’importation de fusils. Les chefs africains ne peuvent s’opposer à la pénétration européenne, qui a abandonné l’économie de traite (échange des produits de la cueillette contre des biens manufacturés sans valeur), pour la recherche de matières premières destinées à alimenter les usines européennes. En 1876, le roi des Belges Léopold II fonde l’Association internationale africaine, une société privée chargée de l’exploration et de la colonisation au Congo à son seul profit. Son principal agent est l’explorateur et journaliste américain Henry Stanley. En 1884, la rivalité entre les puissances européennes à la recherche de nouveaux territoires aux frontières inexistantes menace les relations internationales. Voir aussi Empire colonial britannique ; Empire colonial français. À la conférence de Berlin (1884-1885), les puissances occidentales et l’Empire ottoman définissent leurs sphères d’influence respectives, laissant la délimitation des frontières encore inconnues à une date indéterminée. L’accord principal concerne surtout la liberté de navigation sur les fleuves Congo et Niger. En fait, sans le formuler explicitement, les puissances de l’époque se partagent ce que le roi Léopold II a appelé le « gâteau africain ». Au cours des quinze années suivantes, de nombreux traités sont négociés entre les nations européennes, appliquant ou modifiant les clauses de la conférence. La crise de Fachoda, en 1899, marque le renoncement de la France aux territoires faisant partie de la vallée du Nil, et le triomphe de la politique impérialiste britannique dite « du Cap au Caire ». Aucun État africain n’a été invité à la conférence de Berlin. Les décisions prises se heurtent à une résistance lors de leur application partout où la situation le permet. Les Français font face à une révolte en Algérie (1870) et mettent longtemps à contrôler le Sahara (1881-1905 ; 1920 en Mauritanie). Dans l’ouest du Soudan, Samory Touré et Ahmadou, fils et successeur d’El-Hadj Omar, tentent, en vain, de garder leur indépendance. Le Dahomey est occupé par les forces françaises en 1892, et le Ouaddaï (au Tchad) est la dernière région à tomber aux mains des Français (bataille de Kousséri contre Rabah, 1900). Les Britanniques connaissent une résistance similaire avec les Boers d’Afrique du Sud au cours des périodes 1880-1881 et 1899-1902 (voir guerre des Boers). Des émeutes se déclarent dans le pays ashanti (Côte-de-l’Or) entre 1893 et 1900, ainsi qu’en Sierra Leone (1897). La conquête des États haoussa dans le nord du Nigeria se heurte à une forte résistance (1901-1903, révolte de Sokoto en 1906). Les Allemands — qui ont colonisé, dans les années 1880, les actuels États de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda sous l’appellation d’Afrique-Orientale allemande — tentent d’exterminer les Hereros de Namibie (1904-1908) et, dans l’actuelle Tanzanie, doivent faire face à la révolte des Maji-Maji (1905-1906). Seule l’Éthiopie de l’empereur Ménélik II (qui règne de 1889 à 1909) résiste à la conquête européenne (victoire d’Adoua sur l’Italie, 1896).
Une fois les territoires pacifiés, les Européens construisent des routes et des chemins de fer afin de faciliter l’acheminement des matières premières vers les ports. Ils font entrer les populations dans leur système économique, en instaurant un système d’impôts payables en numéraire grâce à l’introduction de cultures industrielles, dites de « rente » (arachide, coton, huile de palme, sisal), ou sous la forme de travail non rémunéré (le « travail forcé ») pour la construction des infrastructures (routes, barrages). Au cours de la Première Guerre mondiale, les territoires africains allemands sont conquis, et la Société des Nations (SDN) en fait des territoires sous mandat des puissances alliées. Des dizaines de milliers d’Africains sont réquisitionnés pour combattre dans les armées alliées sur les champs de bataille européens. La résistance à la guerre se limite à la courte rébellion de 1915 au Nyasaland (Malawi) conduite par John Chilembwe, homme d’église africain. Après la Première Guerre mondiale, les colonisateurs accordent une plus grande attention à l’enseignement, aux services médicaux et à l’aide au développement, ainsi qu’à la sauvegarde des droits fonciers des Africains dont on voulait faire de futurs consommateurs. Néanmoins, les colonies blanches, comme l’Algérie, la Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe) et le Kenya, obtiennent une certaine autonomie interne. Entre les deux guerres, différentes formes de mouvements nationaux et de protestations africains émergent. Mais leurs activités se limitent aux Africains d’éducation occidentale. Des partis de masse se forment uniquement en Égypte et en Algérie. L’Éthiopie est envahie par les Italiens en 1936 et ne regagne son indépendance qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce conflit, les Africains sont encore plus nombreux à servir dans les armées alliées, et constituent même la majeure partie des troupes qui remportent les premières victoires de la France libre (prise de Koufra, sous les ordres du général Leclerc, en 1941).
Après la Seconde Guerre mondiale, les puissances coloniales européennes sont physiquement et psychologiquement affaiblies, et la balance penche vers les États-Unis et l’URSS, deux nations dépourvues de colonies africaines. En Afrique du Nord, la France se heurte dès 1947 à des revendications nationalistes violentes, auxquelles répond son refus de voir appliquer des réformes en faveur des populations locales. La guerre d’Algérie, conduite par des dirigeants comme Ferhat Abbas et Ahmed Ben Bella, commence en 1954 et se poursuit jusqu’à l’indépendance du pays en 1962, six ans après l’indépendance du Maroc et de la Tunisie. En Afrique noire, après avoir mis en place l’Union française, la France prépare ses colonies à l’autonomie par le vote de la loi-cadre Defferre (1956), puis instaure la Communauté française (1958). Dans les années 1960, la décolonisation devient effective avec l’arrivée au pouvoir d’anciens représentants africains à l’Assemblée nationale (Léopold Sédar Senghor au Sénégal, Modibo Keita au Mali, Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire, Sékou Touré en Guinée). Dans les territoires britanniques, le changement s’accélère également. Les partis nationalistes, qui recrutent dans des groupes sociaux, ethniques et économiques aussi larges que possible, commencent à se former. Le Soudan accède à l’indépendance en 1956. Pendant les années 1950, les activités du mouvement terroriste Mau-Mau au Kenya et le charisme de dirigeants populaires, comme Kwame Nkrumah (au Ghana) ou Julius Nyerere (en Tanzanie), accélèrent le processus. L’indépendance du Ghana, en 1957, déclenche une réaction en chaîne de revendications nationalistes. À la fin des années 1970, pratiquement toute l’Afrique est indépendante, sauf les possessions portugaises d’Angola, du Cap-Vert, de Guinée-Bissau, de São Tomé et du Mozambique, qui, après des années de luttes violentes, accèdent finalement à l’indépendance en 1974-1975, à la faveur de la révolution portugaise. La France donne l’indépendance aux Comores en 1975 (exception faite de l’île de Mayotte, qui a voté contre), Djibouti l’obtient en 1977. Le Zimbabwe accède légalement à sa seconde indépendance en 1980, après des années de lutte.
Les nouveaux États africains sont confrontés au problème de l’État-nation. Les membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) établissent le principe de l’intangibilité des frontières, pour éviter les conflits territoriaux nés du découpage arbitraire des pays à la conférence de Berlin (1884-1885). À l’indépendance, les mouvements nationalistes dominants s’installent de manière permanente au pouvoir. Les jeunes pays africains sont confrontés à la manifestation de divisions ethniques, dont la guerre du Biafra, opposant à la fin des années 1960 le Nigeria au peuple des Ibo (avec pour enjeu la richesse pétrolière de la région), est l’un des exemples les plus sanglants. Au nom de l’unité nationale et de la lutte contre le tribalisme et le vote ethnique, le multipartisme est souvent remplacé par des régimes de parti unique. Lorsque les gouvernements issus de l’indépendance se révèlent incapables de répondre aux attentes des peuples, l’armée occupe le devant de la scène, promettant de « remettre le pouvoir aux civils » dans un délai déterminé. Ces militaires, souvent issus des classes populaires et parfois aidés par les Occidentaux (que ce soit par des armées régulières ou par des mercenaires), se posent en gardiens efficaces et sincères des intérêts du peuple. Le goût du pouvoir fait son œuvre, et les régimes militaires se révèlent aussi corrompus que leurs prédécesseurs, voire sanguinaires (comme en Ouganda, sous Idi Amin Dada, ou en République centrafricaine, avec Jean-Bedel Bokassa). Jusqu’à la fin des années 1980, de nombreux dictateurs africains autoritaires et corrompus conservent ainsi le pouvoir en bénéficiant du soutien des grandes puissances pour des raisons stratégiques liées à la guerre froide. Au tournant des années 1980-1990, la chute du communisme induit un mouvement de démocratisation en Afrique, avec l’établissement de systèmes multipartites dans plusieurs pays (Niger, Mali, Malawi, Zambie par exemple), et un début de règlement des grands conflits qui ensanglantent le continent, en particulier en Érythrée (qui accède à l’indépendance en 1993) et en Angola (la Namibie voisine s’étant libérée de l’emprise sud-africaine en 1990). Le démantèlement pacifique de l’apartheid en Afrique du Sud, avec la tenue d’élections multiraciales en 1994 et l’élection de Nelson Mandela à la présidence de la République, résonne comme la renaissance démocratique de l’Afrique. Ce processus tend à provoquer la résurgence des questions régionalistes (comme au Sénégal, avec la crise casamançaise) et l’éclosion d’affrontements internes dégénérant en guerres civiles sanglantes : la région des Grands Lacs est ainsi le théâtre, en avril 1994, du génocide perpétré au Rwanda contre les Tutsi et les Hutu modérés, puis de la guerre civile en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) après le renversement du régime du maréchal Mobutu en 1997, avec une régionalisation du conflit sur fond de lutte pour l’appropriation des ressources minières ; de même, en Afrique de l’Ouest, la guerre civile au Liberia se propage au Sierra Leone voisin. Modèle de stabilité sous le régime autoritaire de Félix Houphouët-Boigny, la Côte d’Ivoire, en 2002, plonge aussi dans une guerre civile née de divisions ethniques et religieuses, exaspérées par les pressions démographiques et les difficultés économiques et sociales. Au milieu des années 2000, plusieurs conflits perdurent, en particulier en Somalie et au Soudan, déchiré par les guerres civiles depuis son indépendance en 1956 et jusqu’à nos jours, avec l’explosion en 2003 d’une guerre civile au Darfour. Ces conflits s’inscrivent dans le nouveau contexte international issu des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis et de la guerre contre le terrorisme islamiste. Si, de manière générale, les principes démocratiques se diffusent, l’Afrique ne connaît pas de réel développement économique et peine à briser le cercle vicieux qu’alimentent l’instabilité politique, la corruption, la pauvreté et l’endettement. À ces fléaux est en outre venue s’ajouter, à partir des années 1990, la pandémie de sida. Dans le cadre de la mondialisation, les raisons pour lesquelles le continent africain peine à se moderniser (contrairement à l’Asie) s’expliquent en partie par sa place, extrêmement faible, dans les échanges internationaux : une position héritée de son passé colonial, puis du système mis en place par les puissances industrielles occidentales, qui ont « spécialisé » l’Afrique dans l’exportation de matières premières (avec des revenus soumis aux fluctuations des cours mondiaux) et l’importation de produits manufacturés. Les solutions proposées par les institutions financières internationales (Fonds monétaire international et Banque mondiale), sans prendre en compte les besoins spécifiques des pays en développement, ont contribué à alourdir le service de la dette publique et entravé l’amélioration des conditions de vie des populations, en matière de santé et d’éducation notamment. Au tournant des années 2000, cependant, plusieurs chefs d’État africains prennent conscience de la nécessité de développer le commerce régional afin de renforcer la place de l’Afrique dans l’économie mondialisée. La transformation de l’OUA en Union africaine (UA), en 2002, témoigne de cette dynamique. De même, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), adopté en 2001, est conçu comme un « contrat » avec les pays développés, proposant d’échanger bonne gouvernance et libéralisme contre investissements massifs et aide au développement. Ces initiatives sont aussi le signe de l’émergence d’une responsabilité collective à dimension régionale susceptible de s’interposer en cas de conflit.
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