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Louis XIV le Grand

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Louis XIVLouis XIV
Plan de l'article
4.1

Les objectifs de la politique extérieure

Dès le début de son règne, Louis XIV a arrêté, suivant les conseils de Mazarin, les grandes lignes de ce que doit être la politique extérieure du deuxième pays le plus peuplé d’Europe (après la Moscovie). À l’opposé d’une stratégie agressive, dominée par une soif de conquêtes, cette politique doit viser au renforcement des défenses aux frontières septentrionales et orientales, selon la stratégie du pré carré, théorisée par Vauban quelques années plus tard. En vue de limiter tout nouvel essor de la puissance des Habsbourg, qui menacent la France sur deux fronts en dominant l’Espagne et le Saint Empire romain germanique, elle doit permettre de s’assurer de la neutralité des princes de Suède et de Savoie, tout en concluant des alliances de revers (avec la Pologne, la Hongrie, voire avec l’Empire ottoman).

4.2

La modernisation de l’armée

La satisfaction de ces objectifs doit nécessairement s’appuyer sur une réorganisation de l’armée, confiée à Michel Le Tellier, plus tard assisté et remplacé par son fils Louvois. Tentant de réformer les pratiques de recrutement forcé, qui donne de mauvais soldats, prompts au pillage et à la désertion, et de réfréner les trafics d’hommes entre officiers, propriétaires de leurs régiments, ils affirment le pouvoir du secrétariat à la Guerre sur les commandants en chefs des armées, unifient les soldes et réorganisent les approvisionnements pour éviter les opérations douteuses.

La création de l’hôtel des Invalides pour les soldats infirmes, l’institution d’un tableau d’avancement pour les officiers (1675) achèvent cette entreprise de rationalisation, qui fait de l’armée française, forte de 72 000 hommes en temps de paix, susceptible d’en mobiliser 300 000 en temps de guerre, l’une des plus nombreuses et des mieux organisées d’Europe.

Les efforts se concentrent également sur l’artillerie, dont l’équipement est considérablement renforcé, et sur les fortifications, notamment sous l’impulsion de Vauban, qui ceinture littéralement le pays de places défensives. Enfin, sous la direction de Colbert, puis de son fils, Seignelay, la France est dotée d’une véritable marine de guerre ; des arsenaux sont créés, pour accélérer la construction des navires, le système de l’inscription maritime est institué pour l’enrôlement des marins, les compagnies de gardes maritimes préfigurent l’école navale, de sorte que, bientôt, les vaisseaux français peuvent tenir une place comparable à ceux de la Marine anglaise sur toutes les mers du monde.

4.3

Les premiers succès

En 1667, revendiquant le droit d’héritage de son épouse Marie-Thérèse, Louis XIV envahit les Pays-Bas espagnols, déclenchant ainsi la guerre de Dévolution. Les rapides victoires françaises, notamment la prise de Lille (août 1667), déterminent la formation, entre l’Angleterre, la Hollande et la Suède, de la Triple-Alliance, destinée à contrer la France. Mais prenant de vitesse une éventuelle reprise des hostilités, Louis XIV conquiert la Franche-Comté, dont il se sert adroitement, lors de la conclusion du traité d’Aix-la-Chapelle (1668), pour se faire reconnaître la possession de Lille, de la Flandre française et d’un certain nombre de forteresses qui marquent le début de la réalisation de la stratégie du pré carré.

4.4

La guerre de Hollande

Ayant isolé les Hollandais en négociant la neutralité de l’Angleterre et de la Suède, Louis XIV lance en 1672 ses armées contre les Provinces-Unies calvinistes, dont les positions commerciales, appuyées par une réelle puissance maritime, menacent directement la France. Cependant, après de brillants débuts, la France se retrouve dans une position délicate. Confrontée à une résistance acharnée des Hollandais, à la révolution orangiste, et bientôt au ralliement du Saint Empire, de l’Espagne et de l’Angleterre à la coalition hostile à la France, l’armée de Louis XIV ne doit sa victoire qu’à une suite presque ininterrompue de succès, sur terre, grâce à Condé et à Turenne, mais aussi sur mer, où Vivonne et Abraham Duquesne s’illustrent contre les Espagnols et les Hollandais commandés par Ruyter. La guerre de Hollande se solde par les traités de Nimègue (1678-1679), qui entérinent le gain de la Franche-Comté, permettent de combler les dernières brèches sur la frontière septentrionale et maintiennent le statu quo sur la Lorraine, désormais occupée.

Cette victoire de Louis XIV marque sans doute l’apogée de son règne, tant sa puissance paraît reconnue non seulement en Europe, mais aussi en Asie (d’où le roi de Siam lui envoie des ambassadeurs), en Amérique (où Cavelier de La Salle baptise la Louisiane en l’honneur du roi), au Sénégal (où les comptoirs français sont progressivement organisés par le biais des grandes compagnies), aux Antilles (où l’on commence à créer de grandes plantations sucrières).

4.5

Les affaires religieuses

Les questions religieuses tiennent une place importante durant le règne de Louis XIV et constituent sans doute l’aspect le plus négatif de sa politique ; en effet, le combat mené par le roi Très-Chrétien contre le jansénisme et le protestantisme, au nom de l’unité de la foi, est sans doute un facteur d’affaiblissement de la cohésion nationale.

Entamée dès 1661, la lutte contre le jansénisme connaît une intensification en 1679, avec l’expulsion des pensionnaires et des novices de l’abbaye de Port-Royal, dont les religieuses sont chassées en 1709, peu avant la destruction totale des bâtiments.

Pour sa part, la lutte contre les protestants commence en 1685, avec la révocation de l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau. Soucieux de ne pas voir ses sujets protestants s’allier aux Provinces-Unies ou à l’Angleterre, poussé par l’Église de France, assuré de renforcer l’unité nationale, le roi annule la charte de leurs libertés, en se fondant sur des rapports inexacts qui lui assurent que la « religion prétendue réformée » est devenue une pratique marginale sous l’effet de conversions massives. La révocation de l’édit de Nantes pousse vers l’exil au moins 300 000 personnes, appartenant en majorité à l’élite économique et intellectuelle du pays, qui s’installent en Allemagne, en Suisse ou dans les Provinces-Unies — lesquelles bénéficient de leur dynamisme et de leur esprit d’entreprise. Cette mesure, que Louis XIV semble avoir regrettée par la suite, rejette les protestants dans la clandestinité. Son application est le prétexte de nombreuses exactions (les dragonnades) et la cause directe d’une longue guérilla dans les Cévennes, où s’enlisent les troupes royales, après la révolte des Camisards (1702-1709).

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