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Franco, Francisco

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Franco : repères chronologiquesFranco : repères chronologiques
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L’affirmation du régime dictatorial

Franco nourrit des rêves de grandeur pour l’Espagne. Dans l’urgence, il lance la reconstruction du pays dévasté. Il encourage la modernisation industrielle d’une économie archaïque, surtout agricole, tout en mettant fin aux expériences de collectivisation entamées sous le Front populaire. De façon plus générique, il veut instaurer une économie autarcique, héritage de la tradition protectionniste espagnole qui a plongé le pays dans une situation de pénurie.

Mais l’assise de son pouvoir dépend aussi étroitement de sa capacité à museler l’opposition. Il recourt aux armes des régimes autoritaires. Emprisonnements, justice expéditive, tortures, assassinats, exécutions touchent les républicains de gauche et le Parti communiste espagnol (Partido comunista de España, PCE). Ceux qui sont supposés, selon la rumeur ou réellement, avoir parti lié avec la subversion marxiste sont impitoyablement punis. Au régime de la terreur militaire s’ajoute celui de la terreur politique, arc-bouté sur le parti unique et l’Église, sur l’armée et les oligarchies financières, foncières.

Devant le peu de réaction internationale, Franco a le loisir de gérer son pouvoir en fédérant dans son giron les mouvements politiques conservateurs, puis en relançant une politique de prestige renouant avec le passé colonial du pays (occupation de Tanger en juin 1940 et revendication de la souveraineté sur Gibraltar). Mais, tout fasciste qu’il soit, Franco ne veut pas mettre en jeu son pouvoir en s’associant aux forces de l’Axe en guerre contre la France et l’Angleterre. Le 23 octobre 1940 (rencontre d’Hendaye), il dit sa sympathie à Hitler, mais refuse de s’associer à l’effort de guerre, proclamant la neutralité de l’Espagne, puis sa non belligérance. Il préserve cependant le IIIe Reich en adhérant au pacte antikomintern et en envoyant la division Azùl (formée de volontaires) sur le front russe. Fin tacticien, il ne cesse par ailleurs d’entretenir le dialogue avec les alliés, avant de rétablir définitivement la neutralité (octobre 1943). Surtout, il prête un attention pointilleuse à ses propres frontières. En effet, les exilés n’abandonnent pas l’espoir de le renverser. Ils ont reconstitué des réseaux en France, au Mexique. Ainsi, en octobre 1944, le général Lopez Tovar dirige 4 000 hommes vers le val d’Aran. Mais les guérilleros communistes sont vaincus.

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Une difficile position d’autarcie

Pour Franco, le danger est plus extérieur qu’intérieur — même s’il est gêné par la versatilité du soutien de l’opinion catholique et monarchiste.

Obligé d’évacuer Tanger en 1945, tenu à l’écart de la formation de l’Organisation des Nations unies (ONU), menacé par l’action de la diaspora républicaine d’Europe et d’Amérique (lesquels tentent d’obtenir des alliés une condamnation du régime et créent un gouvernement républicain en exil en 1945, au Mexique, autour de Diego Martinez Barrio), il met en place des réformes qui doivent lui apporter la stabilité et le soutien de l’opinion publique nationale et internationale.

Sur le plan intérieur, il permet la promulgation de la Charte des Espagnols (mars 1945). Elle entérine de manière formelle la reconnaissance d’un certain nombre de libertés fondamentales. Dans la même optique, il joue avec l’image légitimante de la monarchie. La loi de succession de juillet 1947 affirme le caractère monarchique de l’État espagnol. Franco, détenteur de la magistrature suprême, a donc le libre choix de son successeur parmi les membres de la famille royale. Dans la même optique, il s’applique a reconquérir l’appui de l’Église. Il éloigne les anciens phalangistes du gouvernement pour les remplacer par des membres de l’Action catholique, tel Artajo, au poste stratégique des affaires étrangères. Cette tactique de conciliation est couronnée avec succès par la signature d’un concordat avec le Vatican (1953).

Sur le plan extérieur, Franco cherche à rétablir la position internationale du pays (alors au ban des nations) en soi et pour obtenir des soutiens financiers. Mais il se trouve dans une position très délicate. En 1945, l’Europe découvre les horreurs de la solution finale. Cette macabre leçon de l’Histoire ne peut jouer qu’en défaveur de l’ancien allié d’Hitler. Néanmoins, le caudillo sait donner des gages, en particulier en livrant Pierre Laval à la France, en juillet 1945. Il profite en outre de la naissance de la guerre froide et de la vague anticommuniste dans les nations de l’Ouest : sa position géostratégique, dans l’orbite des États-Unis — qui finissent par le soutenir sur le plan financier en 1949 — fait oublier le soutien apporté à l’Allemagne et à l’Italie. Au rythme des crises Est-Ouest, Franco renforce ses positions, ce que symbolise, outre le retour progressif des ambassadeurs à Madrid, la signature du traité bilatéral avec les États-Unis (1953), signe du rapprochement avec le camp occidental. En 1955 l’Espagne entre à l’ONU, quatre ans avant l’entrevue Eisenhower-Franco à Madrid.

La tolérance vis-à-vis de Franco, puis l’absorption de l’Espagne dans le camp occidental dépend donc étroitement du contexte international et des perspectives géostratégiques qui commandent à l’OTAN, courtisée par le dictateur, de ménager son pays. Conscient de cet avantage, le caudillo se permet d’entretenir ouvertement de bonnes relations avec le dictateur portugais Salazar, ainsi qu’avec les régimes les plus réactionnaires d’Amérique latine. Cela n’empêche pas l’Espagne de recevoir 500 millions de dollars des États-Unis entre 1949 et 1957, dot qui permet de relancer la production industrielle ibérique et, bon an mal an, grâce à la permanence de la répression politique (notamment lors des grandes manifestations de 1955-1956), de contenir la tension sociale générée par une inflation galopante et un niveau de vie désastreux.

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Tourisme au pays de Franco

L’autarcie voulue par Franco pour préserver son autorité ne peut cependant se suffire de ces aides extérieures. À partir des années cinquante, le véritable ballon d’oxygène qui favorise la stabilité de son pouvoir vient probablement du tourisme. L’habitude nouvelle des vacances à bon marché et du soleil amène des centaines de milliers de touristes européens sur les côtes espagnoles (3 millions en 1958), venus, en une étrange quiétude, donner leur obole au franquisme — comme si ce dernier faisait désormais partie intégrante et intégrée du paysage politique européen. Par ce biais et ceux précités, Franco réussit à rompre définitivement son isolement international et trouve une importante source de revenus. Il sait néanmoins que son crédit et la stabilité de son pouvoir dépendent d’une ouverture institutionnelle et économique plus grande. Encore une fois il manie les symboles. La loi du 26 juillet 1957 distingue les fonctions de chef de l’État et de chef de gouvernement. Le caudillo confie la gestion des affaires publiques à son homme de confiance, l’amiral Luis Carrero Blanco. Dans le même temps, il fait tourner le personnel politique : les hommes issu de la guerre civile et de la Phalange sont peu à peu remplacés par des technocrates affiliés à l’Opus Dei. Les résultats sont à la hauteur de l’ambition : intégration de l’Espagne dans le Fond monétaire international (FMI) et dans l’Organisation économique de coopération européenne (OECE) en 1958-1959.

Les années 1950-1960 sont donc celles de l’ouverture économique du pays. Elle permet à l’Espagne de sortir en partie de ses archaïsmes. De 1962 jusqu’en 1975, on assiste à un essor industriel très prononcé, au recul de moitié de la population agricole et une urbanisation croissante, conditions nécessaires au redressement du pays. L’Espagne recolle au peloton de l’Europe occidentale, alors stimulée par la pleine croissance des Trente Glorieuses.

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La crise du régime et la mort de Franco

Désormais assuré de la pérennité du régime, au point d’introduire en 1967 une dose de suffrage universel pour l’élection des députés aux Cortes, Franco désigne, le 21 juillet 1969, le prince Juan Carlos de Bourbon pour lui succéder à sa mort. Bien qu’atteint de la maladie de Parkinson, il continue de gouverner dans un climat marqué par les actions terroristes de différents groupes autonomistes basques. L’assassinat de Carrero Blanco (20 décembre 1973) provoque une vive agitation politique. En outre, le régime pâtit d’une réforme voulue par Franco et qui rompt avec plus de trente ans d’habitude : les hommes de l’Opus Dei sont écartés du gouvernement en 1973. Certains historiens ont vu là le signe d’une préparation de l’après-Franco par le caudillo lui-même. Affaibli par la maladie, il doit en effet se démettre provisoirement de ses fonctions durant l’été 1974. Revenu aux affaires en septembre, il meurt d’une grippe le 20 novembre 1975, au terme d’une agonie de cinq semaines.

Franco est inhumé dans la Vallée de los Caidos, aux côtés de José Antonio Primo de Rivera et des combattants nationalistes de la guerre civile. Le 22 novembre enfin, Juan Carlos Ier prête serment devant les Cortes : c’est l’ouverture de l’ère de la transition vers la démocratie.

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Quelle dictature ?

Dictateur au sens le plus classique du terme, Franco a donc instauré un régime autoritaire radicalement différent — par l’absence d’une base doctrinale — des régimes totalitaires des années trente. Placé à la tête d’un pays sans véritable tradition démocratique et où la force des hiérarchies des pouvoirs traditionnels (Église, armée, oligarchies foncières) rendait d’autant plus extrémistes les revendications de justice sociale, il a su gouverner de manière assez froide, pragmatique. S’appuyant sur les groupes de pression et les instrumentalisant, il a pu diriger le pays ; mais à une condition sine qua non : la paralysie du débat démocratique pendant 36 années. De Franco demeure donc une image ambivalente. Il y a d’abord celle du fin tacticien sur le plan international, qui réussit, tout en maintenant un pouvoir autoritaire et au mépris des règles élémentaires de la démocratie, à réintégrer le concert des nations. Il y a d’autre part l’image d’un homme sans état d’âme, fondant son pouvoir sur la répression politique et le musellement de toute forme de liberté d’expression ; ce qui permet, en dernier lieu, de porter peu de crédit à ceux qui jugent que le Franco des dernières années souhaitait — même s’il l’a sans doute prévue — une transition vers la démocratie après sa mort.

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