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Maroc

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Maroc : drapeau et hymneMaroc : drapeau et hymne
Plan de l'article
5.5

Les dynasties chérifiennes

La progression des Européens provoque le sursaut des Beni Saad (ou Saadiens). Se réclamant de la lignée du Prophète, ces chérifs, ou chorfas (titre donné par les musulmans aux descendants de Mahomet par Ali et Fatima), sont établis au sud, dans la vallée du Sous, autour de Taroudant. Ils mènent la guerre sainte (voir Djihad) contre les Portugais, qu’ils chassent d’Agadir en 1541, puis de Safi. Ils s’attaquent ensuite aux successeurs des Mérinides, les Wattassides. En 1549, ils s’emparent de Fès. Les Wattassides demandent l’aide des Turcs présents en Algérie, mais les Saadiens se rendent maîtres du pays en 1554.

Prudents, les sultans saadiens adoptent une politique d’équilibre entre les Turcs ottomans et les Occidentaux. En 1591, les Saadiens, souhaitant obtenir les mines de sel du Sahara et l’or du Soudan, lancent une expédition à travers le désert contre l’Empire songhaï, établi dans la vallée du Niger. Le sultan Ahmad al-Mansur n’en retire pas l’argent espéré, mais, par la suite, les nationalistes marocains vont s’appuyer sur cette conquête pour revendiquer toute la région comprise entre le Maroc et les rives septentrionales du Niger (Nord-Mali) et du Sénégal (Mauritanie). Le pays bénéficie de l’immigration de près d’un million de morisques (voir Maures) et de juifs expulsés d’Espagne après 1492. Le Maroc saadien est unifié et relativement prospère ; l’architecture et les arts marocains connaissent un essor notable à cette époque.

Peu après l’arrivée des premiers Saadiens d’Arabie, des immigrants se réclamant de la descendance d’Hassan, l’un des deux fils d’Ali, se sont installés dans le Tafilalet, aux portes du désert. Utilisant le prestige que leur accorde cette ascendance alaouite, ils s’appuient sur le désir d’indépendance des habitants de la région pour se poser en prétendants au trône. En 1664, Moulay Rachid fonde la dynastie alaouite, qui règne encore de nos jours sur le Maroc.

La dynastie connaît son apogée sous Moulay Ismaïl (1672-1727), le bâtisseur de Meknès. Il s’engage dans la reconquête du pays sur les chrétiens (Espagnols et Portugais occupant des ports) et mène la lutte contre les Ottomans. Son règne est suivi d’une longue période de rivalités familiales, ponctuées de brefs interludes de paix et de prospérité relatives.

À la fin du XVIIIe siècle, seul le tiers septentrional du Maroc reste sous l’administration du sultan : c’est le Bled el-Maghzen, pays soumis à l’impôt, donc à l’autorité chérifienne, tandis que le reste du pays se trouve en situation de quasi-insoumission (Bled el-Siba, « pays de la dissidence »).

5.6

L’intrusion européenne

Les puissances européennes, qui luttent en Méditerranée contre les Ottomans et les pirates des États barbaresques, profitent de l’affaiblissement du royaume chérifien pour signer des traités commerciaux à leur avantage : la France, en 1767, et le Royaume-Uni, en 1792, obtiennent le libre passage du détroit de Gibraltar et la liberté de commerce. L’occupation française d’Alger, en 1830, provoque une réaction nationaliste au Maroc voisin. Le sultan Abd al-Rahman apporte son soutien à l’émir Abd el-Kader, qui dirige la résistance depuis l’Oranie. En tentant de reprendre Ceuta et Melilla, les Marocains déclenchent en retour une expédition espagnole qui s’empare de Tétouan, en 1860. L’affaiblissement du Maroc, contraint par ailleurs de payer d’importants dommages de guerre, attise les rivalités européennes.

Entre 1900 et 1903, la France occupe les confins marocains. En 1904, la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne concluent des accords qui préparent un partage du Maroc. L’Espagne étend son influence sur le Rif, dans l’arrière-pays de Ceuta et de Melilla ; l’Angleterre renonce à ses visées sur le reste du pays au bénéfice de la France, en contrepartie de l’abandon de celles de la France sur l’Égypte. Mais l’Allemagne, se sentant lésée dans ce partage colonial, décide d’intervenir. Le 31 mars 1905, le kaiser Guillaume II rend visite au sultan à Tanger, lui affirmant sa volonté de soutenir l’indépendance marocaine. La tension entre la France et l’Allemagne est portée à son comble. L’année suivante, la conférence d’Algésiras place le pays sous contrôle international, et en 1909, Français et Allemands s’entendent pour signer une convention de partage économique du Maroc. Pourtant, en 1911, éclate une nouvelle crise, l’incident d’Agadir. Le sultan Moulay Hafiz, assiégé dans Fès par des tribus berbères révoltées, a fait appel à la France. L’Allemagne, opposée à une intervention française, dépêche immédiatement une canonnière dans le port d’Agadir. La crise trouve rapidement une solution politique : en échange d’une partie du territoire du Congo français frontalière du Cameroun, alors possession allemande, l’Allemagne abandonne ses prétentions au Maroc, laissant désormais le champ libre à la France.

5.7

Le protectorat français

Le 30 mars 1912, le sultan reconnaît le protectorat français. L’Espagne obtient pour sa part le contrôle de la région du Rif et de l’enclave d’Ifni. Contre ce nouvel état de fait, des émeutes éclatent en différents points du pays. Moulay Hafiz abdique en faveur de son frère Moulay Youssef, et la pacification du pays débute sous la conduite du général Lyautey. Marrakech est occupée en septembre 1912, et Agadir l’année suivante. Jusqu’en 1925, Lyautey, nommé résident général, s’efforce de mener une politique respectueuse envers les habitants du Maroc, pays qu’il s’attache à valoriser en développant ses infrastructures (routes, voies ferrées, ports).

Mais le Rif est ébranlé, de 1921 à 1926, par la révolte d’Abd el-Krim. La longue guerre du Rif ne peut être matée que par une alliance militaire franco-espagnole dirigée par le maréchal Pétain, à la tête d’une force de près de 100 000 hommes ; le Haut-Atlas n’est soumis officiellement qu’en 1934. La vallée du Draa et les oasis du sud restent encore longtemps en état de dissidence larvée : on estime qu’entre 1921 et 1934 la conquête du Maroc coûte la vie de 27 000 hommes à la France (métropolitains et troupes africaines).

En 1930, la France, qui souhaite mettre en place une administration plus directe, à l’image de celle qui existe en Algérie, tente de désarmer les Berbères en publiant le « dahir berbère », manifeste qui reconnaît leur spécificité (langue, lois coutumières) par rapport à l’administration arabe. Ce texte entraîne la première réaction nationaliste des milieux arabisés, qui accusent la France de vouloir diviser le pays pour mieux asseoir son autorité. C’est d’ailleurs à la même époque que se constitue le Comité d’action marocaine, le premier parti politique réclamant la fin de l’administration directe.

5.8

La lutte pour l'indépendance

La défaite française de 1940 renforce les espoirs des nationalistes. La figure principale du nationalisme marocain, Allal al-Fasi, va donner ses fondements idéologiques au parti de l’Indépendance, l’Istiqlal, branche dissidente du Comité d’action marocaine, fondé en 1943 avec Ahmed Balafrej.

Un an auparavant, en novembre 1942, les troupes américaines ont débarqué au Maroc ; le pays devient alors une base stratégique pour les Alliés jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et les troupes marocaines, intégrées à l’armée française, participent aux opérations de la fin du conflit (campagnes d’Italie, de France, d’Allemagne).

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la poussée nationaliste se fait plus pressante. Le sultan Mohammed Ben Youssef profite de la célébration du vingt-cinquième anniversaire de son accession au trône pour revendiquer l’indépendance du Maroc. Il manifeste sa volonté de résistance en refusant de signer un certain nombre de dahirs (textes de loi) alors que le poids de l’administration, placée sous l’autorité du général Juin, se fait de plus en plus sentir. Les autorités françaises, en accord avec Hadj Thami el Glaoui, beau-frère du sultan et pacha de Marrakech, considéré comme l’un des plus puissants « féodaux » de l’époque, organisent, à l’issue d’un complot fomenté à Marrakech, un semblant de rébellion qui conduit à la destitution du sultan en août 1953. Celui-ci, exilé, est remplacé à ce poste par une personnalité sans relief et âgée, Ibn Arafa. L’activisme nationaliste des « autorités » en place se double alors de celui de nouvelles formations, au premier rang desquelles l’Istiqlal. Cependant, la France, qui est engagée dans la guerre d’Algérie, doit également faire face à la révolte nationaliste en Tunisie et sort à peine de la guerre en Indochine. Elle décide alors de s’orienter vers une solution politique : le sultan, dont l’exil n’a fait que conforter la légitimité et grandir le prestige international, est rappelé au Maroc. Revenu dans son pays, il est reçu et acclamé par une foule de plus d’un million et demi de personnes. Le gouvernement d’Edgar Faure négocie les modalités de la déclaration de La-Celle-Saint-Cloud (novembre 1955), qui débouche sur l’indépendance du pays le 3 mars 1956 ; Madrid reconnaît celle du Maroc espagnol le 7 avril ; Ceuta, Melilla et Ifni demeurent cependant des enclaves espagnoles. Le statut international de Tanger, institué en 1923, est aboli le 21 octobre. En août 1957, le sultan, jouissant d’une immense popularité, est proclamé roi du Maroc, sous le nom de Mohammed V.

5.9

L’unification et les débuts du conflit au Sahara-Occidental

Malgré la pression des nationalistes, Mohammed V accepte l’indépendance d’un pays amputé des enclaves espagnoles et ne comprenant pas les territoires que les nationalistes, au nom de l’histoire, estiment marocains : tout le Sahara jusqu’au Niger et au Sénégal, autrement dit, la région de Tindouf, qui fait partie de l’Algérie française, le nord de l’actuel Mali jusqu’à Tombouctou, la Mauritanie et le Sahara espagnol. Le roi n’y renonce pas définitivement mais considère que l’indépendance immédiate est préférable.

L’Istiqlal crée, dans le Sud, une armée de libération marocaine comprenant des Mauritaniens et des Sahraouis, membres de tribus nomadisant à travers ces territoires et partisans d’un « Grand Maroc ». Cette armée irrégulière envahit le nord de la Mauritanie en 1960, au moment de son indépendance, puis, en janvier 1969, contraint les Espagnols à évacuer l’enclave d’Ifni. Mais cette armée est devenue incontrôlable et est dissoute par le roi, ce qui suscite un vif mécontentement parmi ses membres sahraouis, dont le territoire est toujours occupé par l’Espagne : ils deviennent les premiers cadres du Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (front Polisario), qui mène la lutte pour l’indépendance du Sahara espagnol, mais hors de l’État marocain.

Le contentieux sur la frontière entre l’Algérie et le Maroc, à partir de 100 km au sud d’Oujda, a été mis en sommeil, d’un commun accord entre les deux parties jusqu’à l’indépendance algérienne. En 1962, dès que celle-ci est acquise, les relations s’enveniment entre les voisins maghrébins. La « guerre des sables », en 1963 et 1964, oppose en fait deux régimes, l’un monarchique et intégré au camp occidental, l’autre révolutionnaire et non-aligné. L’Algérie appuie les revendications sahraouies pour s’aménager une éventuelle fenêtre sur l’Atlantique et empêcher la constitution d’un grand ensemble territorial concurrent en Afrique du Nord.

5.10

Le règne d’Hassan II (1961-1999)

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