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Maroc

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Maroc : drapeau et hymneMaroc : drapeau et hymne
Plan de l'article
5.10. 1

Un pouvoir personnel sans partage

En 1959, l’Istiqlal a éclaté, et son aile gauche, conduite par Mehdi Ben Barka, a fondé l’Union nationale des forces populaires (UNFP), revendiquant auprès du roi une plus grande démocratisation. Le roi Hassan II, qui a succédé à Mohammed V à la mort de ce dernier, en février 1961, signe une charte royale, instituant une monarchie constitutionnelle approuvée, en décembre 1962, par un référendum boycotté par l’UNFP. De violentes manifestations obligent le pouvoir à se séparer du gouvernement, trop conservateur. Cependant, en juin 1965, après des émeutes populaires sévèrement réprimées, le roi suspend le Parlement et assume les pleins pouvoirs, occupant également la fonction de Premier ministre. À la fin de l’année éclate l’« affaire Ben Barka », et la disparition, après son enlèvement à Paris, du dirigeant de l’UNFP, vraisemblablement assassiné, oppose durablement la gauche au souverain.

Le roi soutient la cause arabe en 1967 lors de la guerre contre Israël et s’emploie à consolider l’unité arabe, en fondant le comité Al-Quds (nom arabe de Jérusalem) en faveur du retour de la Ville sainte à l’islam, tout en nouant des relations discrètes avec les Israéliens. En 1970, un nouveau référendum constitutionnel renforce les pouvoirs de l’exécutif. En 1971, à Skirat, et en 1972, au cours d’un voyage aérien, Hassan II échappe à deux attentats, dont le dernier a été fomenté par le général Oufkir, qui est exécuté.

5.10. 2

L’union sacrée de la reconquête du Sahara-Occidental

Le souverain s’engage dans le processus de récupération du Sahara-Occidental. En 1974-1975, le Maroc exerce de fortes pressions sur l’Espagne afin qu’elle renonce à son territoire saharien. Cette cause établit autour d’Hassan II l’union sacrée en réunissant toutes les forces populaires et politiques du pays, jusqu’au Parti communiste : en novembre 1975, une « marche verte » entraîne 350 000 Marocains jusqu’au Sahara-Occidental. Les Espagnols quittent la région en 1976 et cèdent les deux tiers nord de leur colonie au Maroc et le tiers sud à la Mauritanie. Celle-ci se retire du conflit en 1979, et le Maroc occupe le territoire abandonné.

En 1988 s’amorce le rapprochement avec l’Algérie, qui représente un important marché pour les céréales marocaines et qui se concrétise l’année suivante par la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Dans ce contexte, le dossier du conflit du Sahara-Occidental, dans lequel l’Algérie est le soutien traditionnel du front Polisario, peut également progresser : le Maroc, qui a quitté l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1984 à la suite de l’admission du front Polisario, accepte en 1988 un plan de paix de l’Organisation des Nations unies (ONU) recommandant la tenue d’un référendum d’autodétermination sous contrôle international.

L’unité nationale réaffirmée lors de la marche verte de 1975 est cependant ébranlée dès 1981, lorsque l’augmentation des prix des produits de base déclenche de nouvelles émeutes à Casablanca — cette cité tentaculaire a vu sa population augmenter de près d’un million d’habitants en quatre ans, en raison de l’exode rural et de l’extension des cultures industrielles au détriment des cultures vivrières. Face au malaise social et confronté aux critiques nationales et internationales concernant les violations des droits de l’homme, Hassan II multiplie, en vain, les offres d’ouverture vers l’opposition.

5.10. 3

La montée de la contestation et la libéralisation du régime

Aux contestations républicaines s’ajoute, au cours de la même période, l’essor d’un mouvement islamiste. Commandeur des croyants, descendant du Prophète et fondateur du comité Al-Quds, Hassan II s’emploie à neutraliser les islamistes sur leur terrain en lançant la construction d’une immense mosquée à Casablanca dotée d’un minaret de 172 m (le « Phare de l’islam »), inaugurée en 1988. Après de nouvelles émeutes populaires à Fès, en 1990, Hassan II gracie, en 1991, 2 000 détenus, dont des prisonniers sahraouis, et fait libérer les 32 derniers prisonniers du bagne de Tazmamart, qui est rasé. En juillet 1994, une nouvelle grâce royale est accordée et, en juin 1995, après vingt-neuf ans d’exil, l’opposant Mohamed Basri, l’un des fondateurs de l’UNFP, est autorisé à rentrer dans son pays.

Cette libéralisation, jugée encore insuffisante par l’opposition, s’accompagne de négociations avec l’Union européenne (UE). Rejetant le raidissement dictatorial qui marque l’Algérie et l’immobilisme politique de la Tunisie et de la Libye, le royaume chérifien signe en novembre 1995 avec l’Union européenne un important accord de libre-échange qui concrétise le souhait du Maroc de jouer le rôle d’un pont entre l’Europe et l’Afrique. L’autre volet de cette politique est la volonté désormais affirmée du roi Hassan II de régler sa succession. En 1996, le roi désigne son fils aîné, le prince héritier Sidi Mohammed, comme son successeur au trône. Parallèlement, il s’attache à consolider la démocratisation du régime dans le cadre de la monarchie en élaborant une charte constitutionnelle (février 1997) entérinée par l’opposition unie dans le Bloc démocratique. Les élections législatives de novembre 1997, entièrement issues du suffrage universel donnent la victoire à l’USFP, et son leader Abderrahmane Youssoufi est nommé Premier ministre (mars 1998) pour engager l'« alternance ». Miné par la maladie, le souverain s’attache à régler la question des « disparus », qui jette une ombre sur son règne.

En dépit d’un accord conclu en septembre 1996 entre le Maroc et le front Polisario prévoyant un échange de prisonniers et la libération de détenus politiques et réaffirmant la tenue d’un référendum d’autodétermination, la situation au Sahara-Occidental demeure bloquée : le référendum ne cesse d’être différé, les parties ne s’entendant pas sur l’identification des votants.

5.11

Le règne de Mohammed VI (1999- )

5.11. 1

Les premiers pas du nouveau monarque

Le décès d'Hassan II, le 23 juillet 1999, survient alors qu'une rencontre est annoncée entre le souverain chérifien et le nouveau président algérien Abdelaziz Bouteflika, destinée à aborder les questions en suspens entre les deux pays, en particulier celle du Sahara-Occidental. Son fils aîné Sidi Mohammed, âgé de 36 ans, monte sur le trône sous le nom de Mohammed VI. Les chantiers auxquels le nouveau souverain doit faire face portent surtout sur la lutte contre la pauvreté, la santé, l'alphabétisation (le taux d’analphabétisme dépasse les 50 p. 100), la réforme de l'administration et de la justice, qui reste liée au problème de la corruption, la montée de l'islamisme, dont le leader, Cheik Yassine défie le pouvoir, et la question épineuse du Sahara-Occidental.

L'acte le plus significatif de la politique d'ouverture menée par Mohammed VI est le limogeage, en novembre 1999 de Driss Basri, ministre de l'Intérieur d'Hassan II, et symbole de l’autoritarisme de l’ancien pouvoir. Voulant effacer les pages les plus sombres du règne précédent, Mohammed VI met également en place une commission chargée d'indemniser les victimes de la répression, tandis que de nombreux opposants rentrent au Maroc (Abraham Serfaty, la famille de Mehdi Ben Barka). Conservant le Premier ministre socialiste Abderrahmane Youssoufi, le souverain garde la haute main sur la direction de l'armée.

Surnommé « le roi des pauvres » dès les tout débuts de son règne, en raison de ses nombreux gestes de charité à l’égard des plus défavorisés, Mohammed VI est salué, à l’intérieur comme à l’extérieur, comme un « roi moderne ». Cette image de modernité est confortée en mars 2002 par l’annonce de son futur mariage avec une « fille du peuple », Salma Bennani. L’annonce publique du mariage royal constitue une véritable révolution en soi.

Quelques jours avant la célébration de ce mariage, en juillet 2002, le Maroc provoque une grave crise diplomatique avec l’Espagne en envoyant des militaires sur l’îlot Leila (ou Persil pour les Espagnols), rocher inhabité de quelque 13 hectares, situé à proximité de l’enclave espagnole de Ceuta. L’Espagne réplique par l’envoi de soldats, ce qui équivaut à une « déclaration de guerre » aux yeux de Rabat. Ce grave incident s’inscrit dans une longue série de discordes entre les deux pays, opposés sur de nombreuses questions : le sort du Sahara-Occidental, le Maroc accusant l'Espagne de favoriser les thèses du front Polisario, les questions de la pêche et de l’immigration clandestine, le dossier de la prospection pétrolière — les relations entre le Maroc et l’Espagne se sont en effet détériorées dès l’automne 2001, avec le rappel de l’ambassadeur du Maroc à Madrid à la suite de l’autorisation par le gouvernement espagnol de travaux de prospection pétrolière au large des îles Canaries, archipel espagnol situé au large des côtes marocaines. Sous l’égide des États-Unis, les deux pays parviennent à un accord sur l’îlot Persil, puis renouent leurs relations diplomatiques en février 2003.

5.11. 2

La transition démocratique

Tandis que le gouvernement d’alternance d’Abderrahmane Youssoufi a permis le passage sans heurt du règne d’Hassan II à celui de Mohammed VI, la transition démocratique aboutit en septembre 2002 à la tenue d’élections législatives, les premières élections totalement transparentes depuis l’indépendance du pays en 1956. Quatorze millions de Marocains sont appelés à pourvoir les 325 sièges de la Chambre basse du Parlement pour un mandat de cinq ans — dont 30 sièges réservés aux femmes. À l’issue du scrutin qui se déroule le 27 septembre 2002, la principale formation du gouvernement sortant, l’Union socialiste des forces populaires (USFP), arrive en tête avec 50 sièges, suivie de l’Istiqlal, qui remporte 48 sièges. L’autre parti de la coalition gouvernementale au pouvoir, le Rassemblement national des indépendants (RNI), de centre droit, n’arrive, avec 41 sièges, qu’en 4e position, derrière le Parti de la justice et du développement (PJD), islamiste, qui recueille 42 sièges. Caractérisé par l’accentuation du morcellement du champ politique — liée à l’adoption d’un scrutin de liste à la proportionnelle —, ce scrutin est marqué par la percée du vote islamiste, sanctionnant les formations politiques traditionnelles dans un contexte socio-économique extrêmement difficile.

Le 9 octobre, le roi Mohammed VI nomme Driss Jettou Premier ministre ; ancien ministre du Commerce et des Finances, sans étiquette politique, Driss Jettou se prévaut d’une longue expérience de gestionnaire. Au mois de novembre, celui-ci présente la composition du nouveau gouvernement, qui s’inscrit dans la continuité du gouvernement d’alternance, avec l’USFP et l’Istiqlal dominant une large coalition gouvernementale, dont sont exclus les islamistes du PJD.

Au printemps 2003, le Maroc prend position contre l’intervention américano-britannique en Irak. Le 16 mai 2003, alors que les Marocains fêtent la naissance, le 8 mai, du prince héritier Moulay Hassan, le Maroc est frappé de plein fouet par une série d’explosions terroristes à Casablanca. Visant des cibles juives et des lieux habituellement fréquentés par des étrangers, ces attentats-suicides tuent 45 personnes, dont 12 kamikazes, et font une centaine de blessés. Ils succèdent à une série d’attentats meurtriers perpétrés à Riyad (Arabie saoudite) quelques jours auparavant. Pour les autorités marocaines, ces attentats portent la marque du terrorisme international — à l’instar de l’Arabie saoudite, le Maroc figure sur la liste établie par le réseau terroriste Al Qaida d’Oussama Ben Laden des pays infidèles et soumis aux États-Unis. Toutefois, dans la mesure où les kamikazes sont tous des Marocains, ces attentats révèlent aussi l’existence au Maroc d’un islamisme radical se nourrissant de la pauvreté qui touche notamment une grande partie de la jeunesse — plus de quatre millions de personnes vivent dans des bidonvilles à la périphérie des grandes villes. Si les attentats du 16 mai donnent d’abord lieu à un durcissement de la politique sécuritaire du régime, le pouvoir marocain s’efforce aussi d’intégrer davantage les islamistes modérés.

Dans ce contexte, Mohamed VI réaffirme sa volonté de modernisation de la société marocaine en annonçant, au mois d’octobre 2003, l’adoption d’un nouveau Code de la famille, qui instaure l’égalité de l’homme et de la femme dans le mariage. Soucieux de concilier la modernité et la religion, le roi du Maroc, qui est le « commandeur des croyants », prend soin de légitimer cette réforme du statut de la femme, d’une portée révolutionnaire, en l’enracinant dans la loi islamique. Parmi les mesures les plus importantes de cette réforme figurent la suppression de la tutelle matrimoniale obligeant les femmes à obtenir l’autorisation d’un tuteur mâle pour se marier et l’instauration de droits et d’obligations réciproques pour l’époux et l’épouse, qui succède au principe d’obéissance de la femme à son mari. Si elles sont maintenues, la polygamie et la répudiation sont soumis à un encadrement judiciaire très strict.

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