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Louis XVIArticle
Plan de l'article
Présentation ; Jeunesse et éducation ; Les premières années du règne ; Une coûteuse politique de prestige ; Le début du discrédit ; La convocation des états généraux ; Les débuts de la Révolution ; La chute de la royauté
La crise financière se double d’un profond malaise politique et social. La réaction nobiliaire, qui se traduit notamment par le règlement du 22 mai 1781, connu sous le nom d’édit de Ségur, barrant aux roturiers (dont certains ont commandé en Amérique) l’accès aux commandements dans l’armée, l’impossibilité de toute réforme fiscale, qui fait sentir à la bourgeoisie et à la paysannerie toute l’injustice de l’impôt, nourrissent une opposition croissante. Le traité Eden-Rayneval, d’inspiration libre-échangiste, conclu avec l’Angleterre en 1786, ne fait qu’aggraver les choses, puisqu’il a pour principale conséquence d’inonder le marché français de produits à bas prix. La baisse des revenus agricoles, poussant les propriétaires nobles à augmenter les droits féodaux, la crise économique faisant baisser la demande adressée à l’industrie, ajoutent encore au mécontentement. Le discrédit moral, dont témoigne l’immense succès de la pièce de Beaumarchais, le Mariage de Figaro, est plus profond encore, puisqu’il frappe la reine ; ses dépenses, sa frivolité, ses extravagances, commises en compagnie de Mme de Polignac, entretiennent une impopularité que l’affaire du Collier (1785) ne fait qu’amplifier. De son côté, le roi, assez mal entouré, d’une indécision constante, ne peut guère compter sur le soutien de ses frères, le comte de Provence dissimulant mal une fronde sourde contre tout ce qui vient de la cour, et le comte d’Artois se répandant pour sa part en dissipations frivoles, tandis que son cousin, le duc d’Orléans, anime au Palais-Royal une petite cour d’opposants gagnés aux idées libérales.
En 1786, Calonne, confronté à un déficit de 100 millions de livres, alors que les arriérés de la dette atteignent 250 millions, se résout à proposer une réforme fiscale radicale, prévoyant l’assujettissement des privilégiés. Pour contourner l’opposition probable des Parlements, il obtient la convocation d’une assemblée de notables qui, réunie à Versailles en février 1787, se refuse à prendre toute mesure. Louis XVI congédie alors Calonne en avril, et le remplace par Loménie de Brienne. Ce dernier, convaincu du caractère d’urgence de la réforme fiscale, fait précisément ce que son prédécesseur a voulu éviter, et demande aux parlements d’enregistrer les édits litigieux. Une période de blocage s’ouvre alors, les parlements refusant d’infléchir leur position. L’exil du Parlement de Paris à Troyes, ainsi que la journée des Tuiles qui enflamme Grenoble en juin 1788 illustrent la gravité de cette situation, à laquelle il faut donner une issue politique. À contre-courant de la pratique personnelle du pouvoir qui marque la monarchie française depuis Louis XIII au début du xviie siècle, le roi charge Loménie de Brienne de convoquer des états généraux, qui n’ont pas été réunis depuis 1614. Presque immédiatement après la convocation de l’assemblée, le roi se sépare de son contrôleur général pour rappeler le populaire Necker. Malgré son accord pour le doublement de la représentation du tiers aux États généraux, acquis en décembre 1788, le silence du roi sur la question du vote par ordre (préconisé par le Parlement de Paris) ou par tête, lors de la séance d’ouverture des États généraux, le 1er mai 1789 à Versailles, provoque une immense désillusion dans les rangs de la bourgeoisie. Le roi n’entend pas, en effet, ruiner par cette décision le soubassement de l’édifice social sur lequel est bâti son royaume mais, impuissant devant la contestation, il doit peu après accepter la proclamation des députés du tiers État en Assemblée nationale et, de guerre lasse, se résout à inviter la noblesse et le clergé à s’y joindre. Le 9 juillet 1789, la transformation de l’Assemblée nationale en Assemblée constituante marque l’effondrement définitif de l’absolutisme royal.
Cependant, manifestant encore une fois sa profonde versatilité, le roi congédie Necker dès le 11 juillet 1789 et le remplace par un contre-révolutionnaire notoire, le baron de Breteuil. À cette provocation, le peuple de Paris répond par la journée du 14 juillet (marquée par la prise de la Bastille), obligeant le roi à rappeler Necker le 16. Mais l’obstination qu’il met à ne pas ratifier la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et les décrets de l’Assemblée pris lors de la nuit du 4 août déclenchent une nouvelle émeute parisienne. Les 5 et 6 octobre, le peuple de Paris se rend à Versailles et contraint « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » (le roi, la reine et le dauphin) à venir résider à Paris, sous bonne garde. Négligeant la solution qui lui a secrètement été conseillée par Mirabeau – qui consiste à gagner une ville de province pour reprendre l’avantage politique –, le roi semble donner des gages de bonne volonté et, le 14 juillet 1790, prête publiquement serment de fidélité à la nation lors de la fête de la Fédération. Cependant, meurtri dans sa conscience de chrétien par la Constitution civile du clergé, le roi se décide à fuir à l’étranger, espérant trouver auprès des souverains européens des appuis qui lui permettront de revenir en vainqueur. La fuite à Varennes, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, est non seulement un échec, mais un acte qui achève de discréditer le roi aux yeux de son peuple, même si l’Assemblée, désireuse de calmer les ardeurs révolutionnaires du peuple, accrédite la thèse de l’enlèvement.
Un temps suspendu de ses fonctions, le roi est rétabli un mois plus tard, avec pour tout pouvoir le droit de veto suspensif que lui accorde la nouvelle Constitution ; il se résout alors, sous l’influence des Feuillants modérés, à militer pour la guerre, pensant que cette situation le rétablira en position d’arbitre. Cependant, les premiers revers de la France, les contacts mal dissimulés de Louis XVI avec les chancelleries étrangères, et surtout le refus du roi de cesser d’appliquer son veto, entraînent, le 20 juin 1792, l’invasion des Tuileries par les sans-culottes. Le manifeste de Brunswick, menaçant de raser Paris si la personne du roi et la famille royale ne sont pas respectées, porte à son comble l’exaspération populaire : le 10 août 1792, l’insurrection des Tuileries provoque la chute de la royauté. Le même jour, tandis que la Commune insurrectionnelle de Paris se met en place, le roi se réfugie à l’Assemblée, qui le suspend et le fait enfermer au Temple avec la famille royale, trois jours plus tard. Le 21 septembre 1792, la nouvelle Assemblée, la Convention nationale, abolit la royauté par décret et proclame la République. La victoire de Valmy, remportée la veille sur les Prussiens, prive Louis XVI de son dernier espoir de soutien étranger. En décembre 1792, après de longs débats, la Convention nationale décide de procéder elle-même au jugement du souverain en fondant l’accusation sur la découverte de documents attestant les négociations du roi avec l’Autriche. Au premier jour du procès, celui que l’on appelle désormais Louis Capet est accusé de « conspiration contre la liberté publique ». Ses trois défenseurs, Malesherbes, Tronchet et Romain de Sèze, ne parviennent pas à le sauver : sa culpabilité est reconnue à une majorité écrasante (387 voix, les régicides, contre 334) et il est condamné à mort et guillotiné le 21 janvier 1793, sur la place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) à Paris.
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