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Plan de l'article
Présentation ; Origine et extension ; Ronsard et Du Bellay : des adaptateurs du modèle italien ; À travers les siècles ; Une structure expressive ; Une formidable « machine à penser » (Aragon)
sonnet, forme poétique d’origine italienne qui se répand dès le XVIe siècle dans une grande partie de l’Europe. Un sonnet se compose de quatorze vers de même mètre, organisés en deux quatrains à rimes identiques embrassées (abba-abba) suivis de deux tercets ou d’un sizain.
Le sonnet (de l’italien, sonneto, « chansonnette ») trouve peut-être son origine dans la Sicile du XIIIe siècle (par le poète Giacomo da Lentini) et se développe en Toscane au siècle suivant (Dante et Cavalcanti). C’est cependant le Canzoniere de Pétrarque qui lui assure son rayonnement : une partie de son recueil se compose de sonnets à la gloire de la femme aimée, Laure. Le recueil est imprimé en 1470 et le sonnet se diffuse dans de nombreux pays aux XVIe et XVIIe siècles : Portugal (Camoens), France, Espagne (Góngora), Angleterre (Wyatt, Shakespeare). Il est introduit en France dans la poésie de cour sous François Ier et Henri II, c’est-à-dire dans les années 1530-1540, avec des poètes comme Marot, Louise Labé ou Mellin de Saint-Gelais. En 1548, Vasquin Philieul traduit en français le Canzoniere et, en 1549-1550, Du Bellay livre le premier recueil de sonnets français, l’Olive.
Dans les années 1550, avec les poètes de la Pléiade, la forme se détache de la thématique amoureuse héritée de Pétrarque. En passant des « Amours de Cassandre » aux « Amours de Marie » (ces derniers correspondent aux recueils la Continuation des amours, 1555, et la Nouvelle Continuation des amours, 1556), Ronsard abandonne le décasyllabe au profit de l'alexandrin et la rigueur de la construction au profit d'un ton et d'un rythme plus libres (les Amours). Dans les Regrets (1558), Du Bellay donne aux sonnets en alexandrins une grande variété de tonalités, qui va de la plainte mélancolique à la satire. La mise en musique des sonnets participe à l’élaboration de la forme et l’alternance des rimes masculines et féminines s’impose (abba = FMMF ou MFFM). Ronsard est amené à fournir à chacun de ses quatre musiciens quatre séries de sonnets construits sur le même type et pouvant être chantés sur le même air.
Au XVIIe siècle, le sonnet se fait souvent jeu de salon, donne lieu à des querelles littéraires (autour d’Uranie, puis de la Belle Matineuse de Voiture) ou sert d’arme à la polémique (« querelles des sonnets », concurrence entre les tragédies Phèdre de Racine et Phèdre et Hippolyte de Jacques Pradon). En 1674, dans l’Art Poétique Boileau en fixe les règles (« […] qu’en deux quatrains de mesure pareille / La rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille ; / Et qu’ensuite six vers artistement rangés / Fussent en deux tercets par le sens partagés. ») Après une éclipse au XVIIIe siècle, le sonnet renaît à l’époque romantique (Keats, Wordsworth, Nerval, Musset, Sainte-Beuve). Sa rigueur formelle séduit les parnassiens et sa structure est redéfinie ou subvertie par Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé. Il constitue la forme exclusive pour Heredia et s’impose comme la forme préférée du grand poète anglais Hopkins. Au XXe siècle, il continue à séduire bien des poètes. Rilke publie ses Sonnets à Orphée (1923), García Lorca, son recueil des Sonnets de l’amour obscur. Queneau et Roubaud y trouvent matière à leur jeu combinatoire. C’est alors la « beauté pythagorique » du sonnet, selon l’expression de Baudelaire, qui fascine. En France, Valéry, Aragon, Desnos, Cassou s’affrontent à leur tour au sonnet, et à l’étranger Brecht et Neruda sont également séduits par cette forme poétique.
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