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Gobelins, manufacture nationale des

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Louis XIV visitant la manufacture royale des Gobelins : œuvre à la loupeLouis XIV visitant la manufacture royale des Gobelins : œuvre à la loupe

Gobelins, manufacture nationale des, manufacture de tapisseries parisienne.

Au milieu du XVe siècle, Jean et Philibert Gobelin installent une usine de teinture aux alentours de Paris. Entreprise familiale rapidement florissante, l’usine est transformée en fabrique de tapisseries par le roi Henri IV au début du XVIIe siècle. Dirigée par les tisserands flamands François de La Planche et Marc de Comans, l’établissement fusionne en 1662 avec l’atelier du Louvre, celui du faubourg Saint-Germain et l’atelier de Maincy, près de Vaux. Le ministre des Finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, en fait la Manufacture royale des meubles, et place à sa tête Charles Le Brun. Plus de deux cent cinquante artisans y travaillent, répartis en trois ateliers de haute lice et un atelier de basse lice. Dès 1664, Le Brun crée des cartons spécialement pour des tapisseries, que des peintres doivent passer à l’huile avant de les confier aux maîtres liciers. Ces peintres sont spécialisés, qui dans les paysages, qui dans les végétaux, qui encore dans la figure humaine. En 1685, Louvois impulse une nouvelle politique qui dénature la spécificité créatrice de la manufacture. On produit alors des copies de célèbres tentures flamandes, comme les Histoires de Scipion, d’après Jules Romain ou les Mois, de Lucas de Leyde.

En raison des difficultés financières du royaume, épuisé par les guerres, la manufacture des Gobelins ferme entre 1694 et 1699. Après sa réouverture, l’architecte Jules Hardouin-Mansart est nommé à la place du premier peintre du roi ; il passe commande à Claude III Audran pour les Portières des dieux (1699), puis les Mois grotesques (1699). L’administration tente de toucher un public plus large, en produisant notamment les tentures dites « à alentours » qui représentent de fausses peintures dans un faux cadre constitué lui-même de motifs tels que rinceaux, entrelacs ou arabesques. L’Histoire de Don Quichotte (1714) de Charles Antoine Coypel en représente un exemple fameux. Pourtant, dès la première moitié du XVIIIe siècle, l’art de la tapisserie renonce progressivement à son autonomie et à sa spécificité (comme en témoigne, par exemple, la réduction des formats) pour s’assujettir aux critères de la peinture. Même si un peintre délicat comme Boucher (nommé en 1755) donne avec ses scènes galantes une contribution considérable à l’art des tentures à alentours (les Amours des dieux, 1758).

Jusqu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, cette tendance à l’imitation des effets de la peinture à l’huile culmine, aidée par les progrès chimiques de la teinture. Confinant parfois au pastiche, cette veine ne laisse guère de place à la créativité. Mais afin d’enrayer cette tendance, les administrateurs passent commande de modèles originaux à des peintres reconnus comme Jules Chéret, Willette, Raffaëlli ou encore Monet. Une étape décisive dans cette autonomisation de l’art de la tapisserie est franchie au milieu des années trente, quand l’administrateur Guillaume Janneau collabore avec Pierre Dubreuil, Marcel Gromaire et Jean Lurçat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les ateliers de la Manufacture prennent leurs quartiers à Aubusson. En 1963, André Malraux constitue une commission d’achat de cartons destinée à mettre en phase la Manufacture avec les différents courants picturaux contemporains : on procède alors, tardivement il est vrai, à des tissages d’œuvres de Picasso, de Chagall ou de Sonia Delaunay.

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