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VoltaireArticle
Plan de l'article
Présentation ; Voltaire, dramaturge mondain ; Le séjour en Angleterre : les Lettres philosophiques ; La retraite à Cirey : les essais philosophiques ; Le retour à Versailles, les contes philosophiques ; Les séjours en Prusse et en Suisse : engagement et polémique
L’année suivante, Voltaire est élu à l’Académie française. Il mène dès lors une carrière de courtisan, avec ses erreurs, ses échecs et ses déceptions : son insolence lui vaut d’être disgracié et de devoir se cacher pendant deux mois chez la duchesse du Maine, à Sceaux. C’est à cette époque qu’il écrit la tragédie Sémiramis (1748). Mais, philosophe soucieux avant tout d’être entendu par un large public, il se met à explorer la forme narrative du conte pour illustrer ses idées. Zadig ou la Destinée (1748), qui pose le problème du bonheur et du destin, puis Micromégas (1752), qui traite de la relativité des connaissances, sont deux de ses contes philosophiques. C’est par ces récits merveilleux que le public du XXe siècle connaît et admire Voltaire ; lui-même pourtant ne les considérait que comme une partie mineure de son œuvre. En 1749, le philosophe subit une épreuve douloureuse : Mme du Châtelet, qui entretenait une liaison avec le jeune poète Saint-Lambert, meurt en couches. Voltaire décide alors de répondre à l’invitation de Frédéric II, et part pour la Prusse.
Voltaire demeure cinq ans au château de Sans-Souci. Idyllique de prime abord, cette coopération quelque peu inopinée entre un homme de pouvoir et un homme de lettres, qui laissait présager de grandes réalisations, tourne court rapidement. Finalement les deux hommes se brouillent, et Voltaire doit quitter l’Allemagne ; la France lui refusant l’asile, il s’installe à Ferney, près de Genève. Là encore, Voltaire ne peut jouir longtemps de son séjour en paix : en effet, les autorités genevoises n’apprécient pas l’article « Genève » de l’Encyclopédie, qu’il est censé avoir inspiré et qui contient des critiques sévères contre la République et la religion calviniste. À ce propos, puis au sujet de la Providence, Voltaire est pris à parti par un autre philosophe, Jean-Jacques Rousseau, avec lequel il entretient une correspondance assez virulente (dont les Confessions de Rousseau rendent compte de la manière la plus partisane). Ainsi, les années 1750 sont pour Voltaire des années de combat, de polémique, de questionnement et d’engagement. Il décide de traiter de la question de l’optimisme après avoir lu les thèses des Essais de théodicée du philosophe allemand Leibniz : selon ce dernier, le postulat de la perfection divine implique nécessairement que tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Or, la tragique nouvelle d’un tremblement de terre à Lisbonne (1755), qui a fait vingt-cinq mille morts, émeut profondément Voltaire ; elle le pousse à attaquer les tenants de l’optimisme dans son Poème sur le désastre de Lisbonne (1756). Dans la même lignée, l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations (1756) puis, dans un registre narratif, Candide ou l'Optimisme (1759) sont portés par son indignation devant l’intolérance, les crimes, les guerres et l’oppression qui accablent l’humanité. Retiré sur sa terre de Ferney, Voltaire y poursuit son œuvre de réflexion avec le Dictionnaire philosophique portatif (1764). Le choix de la forme du dictionnaire illustre bien l’ambition des Lumières d’embrasser la totalité des connaissances humaines. Le projet rationaliste de réfuter la « fable » de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui est à l’origine de celui du Dictionnaire philosophique, s’enrichit rapidement d’articles défendant les idées de progrès, de justice et de tolérance. Défenseur de la justice dans ses textes, Voltaire l’est aussi dans ses actes, puisqu’il intervient publiquement dans toutes les affaires où sévissent la force de l’injustice et la violence des préjugés. En 1756, il prend fait et cause pour l’amiral anglais Byng, exécuté pour avoir perdu une bataille. De 1762 à 1764, il défend Calas, un huguenot condamné sans preuves pour avoir tué son fils. Le Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763) est une protestation contre l’injustice faite à l’accusé et contre le fanatisme d’une accusation née de la rumeur et de la haine. Ce texte de Voltaire a eu d’ailleurs une influence décisive sur la révision du procès et sur la réhabilitation de Calas (voir affaire Calas). La réputation du philosophe est alors immense et internationale. Des écrivains, des philosophes, des savants viennent lui rendre visite à Ferney, ou entretiennent une importante correspondance avec lui. Pourtant, son retour à Paris en 1778, l’année de sa mort, ne lui permet pas d’être reçu à Versailles. Il est enterré presque clandestinement, l’Église lui ayant refusé des obsèques. Treize ans plus tard, sa dépouille est transférée au Panthéon. La diversité de son œuvre — théâtre, poésie, conte, ouvrages philosophiques — et son étendue dans le temps — plus de cinquante ans — font de lui le symbole même de son siècle. De la variété des sujets et des genres qu’il a abordés se dégage pourtant une solide unité ; l’œuvre de Voltaire est tout entière la manifestation d’une pensée de philosophe, celle d’un homme qui s’interroge sur la destinée et sur la société, et d’un homme qui se bat pour ses idées. Car, pour Voltaire, il ne doit pas y avoir de différence fondamentale entre la pensée et l’action : l’écriture est en effet une arme mise au service des causes qu’il défend et, chez lui, le plaisir du conteur est toujours subordonné au désir de diffuser ses idées et de convaincre.
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