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Turquie

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Turquie : drapeau et hymneTurquie : drapeau et hymne
Plan de l'article
5.6.3. 2
Les droits de l’homme

La vie politique turque est marquée par la lenteur de son processus de démocratisation. Les victimes de la violence politique se comptent par milliers, et les gouvernements occidentaux dénoncent les atteintes aux droits de l’homme : disparitions et meurtres de Kurdes, harcèlement, intimidation et emprisonnement — voire torture — des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des avocats et des universitaires.

5.7

Les négociations avec l’Union européenne

En raison du différend qui oppose la Turquie et la Grèce au sujet de Chypre et d’îlots en mer Égée, dont les deux pays revendiquent la souveraineté, le gouvernement turc ne réussit pas à plaider avec succès son dossier auprès de l’Union européenne (UE), avec qui elle signe cependant un accord d’union douanière entré en vigueur en 1996. Non retenue en mars 1998 (première liste), la Turquie obtient le statut de pays candidat à l’intégration au cours du sommet d’Helsinki en décembre 1999. L’UE pose toutefois des conditions préalables : abolition de la peine de mort ; attribution de droits culturels aux Kurdes ; règlement du problème de Chypre et diminution du pouvoir du Conseil national de sécurité.

En février 2001, la crise politique qui oppose le président Necdet Ahmet Sezer et le Premier ministre Bülent Ecevit au sujet de la lutte contre la corruption — le premier reprochant au second son manque de combativité sur ce chapitre — entraîne une crise financière. Le gouvernement doit se résoudre à laisser flotter la livre turque ce qui laisse craindre une dévaluation et une hausse du taux d’inflation. Le cours de la monnaie turque était fixé depuis décembre 1999 par rapport au dollar et à l’euro dans le cadre d’un accord avec le FMI destiné à réduire l’inflation. La crise financière a pour conséquence une grave crise économique qui provoque la mise au chômage de plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques semaines. De violentes manifestations ont lieu à Ankara, Izmir et Konya. De février jusqu’en avril, la livre turque chute de moitié. Kemal Dervis, l’ancien vice-président de la Banque mondiale, est appelé à la tête du ministère de l’Économie au mois de mars. Il se prononce pour une restructuration complète de l’économie. Parallèlement, un conflit aux conséquences dramatiques commence en novembre 2000 lorsque le gouvernement lance une réforme des prisons. Alors que les prisonniers politiques sont regroupés dans des dortoirs d’une centaine de personnes, la réforme vise à les transférer dans des cellules isolées ou de deux ou trois personnes. Les prisonniers s’opposent à ce transfert, car ils se disent victimes de mauvais traitements lorsqu’ils sont isolés et se lancent dans un vaste mouvement de grève de la faim. Il réunit plus de 400 personnes, essentiellement des prisonniers d’extrême gauche mais aussi parfois des membres de leur famille. Les forces de l’ordre donnent l’assaut à 20 établissements au mois de décembre 2000, faisant 32 morts parmi les détenus tandis qu’en février 2002, le bilan des grévistes de la faim s’élève à 50 morts.

Au cours de l’année 2002, de nombreuses réformes sont votées par le Parlement afin de mettre la législation turque plus en conformité avec les attentes européennes. Un nouveau code civil est ainsi voté, qui reconnaît aux femmes l’égalité dans le mariage, l’enseignement du kurde est autorisé et la peine de mort est abolie.

5.8

Le triomphe électoral de l’AKP

Dans le même temps, le gouvernement turc connaît de grandes difficultés sur fond de crise économique persistante. Le Premier ministre, Bülent Ecevit, malade, doit faire face à de nombreuses démissions, dont celles du ministre des Affaires étrangères et de l’Économie, et se trouve contraint de convoquer des élections législatives anticipées pour le 3 novembre 2002. Ce scrutin très attendu se traduit par un raz-de-marée du Parti de la justice et du développement (AKP), parti fondé en 2001 et issu de la mouvance islamiste. Fort de 34,3 p. 100 des voix, il obtient 363 sièges sur 550 à la Grande Assemblée nationale. Outre 9 députés indépendants, seul le Parti républicain du peuple (CHP) obtient des représentants (19,4 p. 100 des voix et 178 sièges). Le Parti démocratique de gauche (DSP), du Premier ministre sortant, ne recueille que 1,2 p. 100 des voix, ce qui engage ce dernier à parler de « suicide politique ». Au final, du fait de la loi électorale qui ne permet qu’aux partis ayant recueilli plus de 10 p. 100 des voix d’obtenir des députés, plus de 40 p. 100 de l’électorat n’est pas représenté au Parlement.

Dans un premier temps, c’est le numéro deux de l’AKP, Abdullah Gül, qui est nommé au poste de Premier ministre. En effet, la loi électorale turque exige que le Premier ministre soit également député. Or, Recep Tayyip Erdogan, le leader de l’AKP, a été déclaré inéligible en raison d’une condamnation pour propagande islamiste. À la suite du vote d’amendements constitutionnels par l’Assemblée, où son parti dispose de la majorité absolue, Recep Tayyip Erdogan peut se présenter lors d’une élection partielle et est élu député à Siirt le 9 mars 2003. Cela rend donc possible sa nomination par le président Ahmet Necdet Sezer au poste de Premier ministre, effective dès le 14 mars. Abdullah Gül devient ministre des Affaires étrangères.

Âgé de 49 ans, ancien maire d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan arrive au pouvoir dans un contexte international tendu. Si la Turquie a enregistré un succès diplomatique en prenant le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (ISAF) de juin 2002 jusqu’en février 2003, elle a aussi subi plusieurs revers. Au niveau européen, l’adhésion de la Turquie continue en effet d’être l’objet de débats. Lors du Conseil européen de Copenhague en décembre 2002, la Turquie a la déception de ne pas obtenir de date d’ouverture pour des négociations d’adhésion mais seulement un rendez-vous fixé en décembre 2004 afin d’évaluer l’avancée de ses réformes politiques et économiques. En outre, au mois de mars 2003, les négociations sur le plan de réunification de Chypre, proposé par le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, échouent à la suite de l’opposition formulée par Rauf Denktash, le dirigeant de la partie turque de l’île. Enfin, la situation internationale est marquée par le déclenchement de la guerre contre l’Irak en mars 2003 sur l’initiative des États-Unis. La Turquie dispose d’une frontière commune avec ce pays et se montre particulièrement attentive à tout ce qui concerne les Kurdes d’Irak. Le Parlement turc vote en faveur du déploiement de soldats turcs en Irak au mois d’octobre 2003 mais le gouvernement y renonce un mois plus tard avec la volonté de ne pas aggraver l’instabilité irakienne. Au mois de novembre 2003, Istanbul est frappé en une semaine par des attentats qui visent deux synagogues puis le consulat général de Grande-Bretagne et une banque britannique. Ils font plus de 50 morts et plusieurs centaines de blessés. Revendiqués par l’organisation terroriste Al Qaida, ces attentats sont interprétés comme des attaques portées contre l’islam modéré turc. Conformément à ce qui avait été décidé en décembre 2004, l’Union européenne ouvre en octobre 2005 les négociations d’adhésion avec la Turquie, en les soumettant à un strict respect des droits de l’homme.

Le pays connaît une importante crise politique au printemps 2007, provoquée par la candidature du leader de l’AKP Abdullah Gül à la succession d’Ahmed Necdet Sezer à la présidence de la République. Après des mois de confrontations avec les défenseurs de la laïcité (en premier lieu l’armée), avec force manifestations populaires, le Premier ministre Erdogan sort de l’impasse en convoquant des élections législatives anticipées au mois de juillet. La large victoire de l’AKP, qui remporte 341 sièges sur 550 — contre 112 sièges au principal parti d’opposition, le Parti populaire républicain (CHP) et 71 sièges au Parti d’action nationaliste (MHP) — permet à Abdullah Gül de se représenter devant le Parlement et d’être élu à la présidence de la République le 28 août 2007 avec 339 voix. Face aux attaques des milieux laïques, qui soupçonnent l’AKP de préparer secrètement un programme d’islamisation de la société, il oppose sa volonté d’incarner un islam politique modéré, fondé sur la promotion démocratique des valeurs musulmanes et le strict respect des principes de laïcité kémalistes.

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