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AutricheArticle
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En 1713, la promulgation de la pragmatique sanction règle les modalités de l’ordre de succession au trône. La fille de Charles VI, Marie-Thérèse, pourrait régner. Cette loi est la première loi fondamentale commune à tous les territoires des Habsbourg, et elle doit être le point de départ de leur intégration progressive. Son caractère unificateur est amoindri en Hongrie, qui ne l’accepte qu’après que Charles a confirmé la Constitution et l’autonomie du pays ce qui, en réalité, renforce le séparatisme hongrois. La plupart des monarques européens s’engagent à accepter la pragmatique sanction.
L’avènement de Marie-Thérèse, qui, en 1736, s’est mariée avec François Ier, duc de Lorraine, commence par une crise qui a failli emporter l’empire. En dépit de la pragmatique sanction, ses droits sont immédiatement contestés (voir guerre de Succession d’Autriche). La crise culmine lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763). La Prusse prend à l’Autriche la majeure partie de la Silésie, mais doit reconnaître les droits de Marie-Thérèse sur l’héritage des Habsbourg. La guerre montre l’urgence de réformes centralisatrices et unificatrices. Le fils de Marie-Thérèse, Joseph II, empereur et corégent depuis 1765, lui succède en 1780. C’est un homme acquis aux Lumières, rationaliste. En dix ans de règne, il publie 10 000 décrets et 11 000 lois nouvelles, qui doivent faire de la monarchie un État moderne et heureux. Il abolit entièrement le servage (sauf pour les Tziganes), améliore les procédures civiles et pénales, décrète la tolérance religieuse et la liberté de la presse, réforme l’Église catholique en s’accordant le droit d’intervenir dans les affaires ecclésiastiques et essaie de centraliser l’administration impériale. Mal comprises, ses réformes ne sont pas toujours bien accueillies ; à sa mort, la Hongrie et la Belgique sont en pleine révolte. Le frère et le successeur de Joseph, Léopold II, revient sur la plupart des réformes et est contraint de reconnaître la Hongrie comme une unité séparée des territoires des Habsbourg.
De 1792 à 1815, l’empire des Habsbourg est engagé dans la guerre de façon quasi permanente, d’abord du fait de la Révolution française, puis à cause des guerres napoléoniennes. La France révolutionnaire est une menace permanente pour l’Autriche. Plusieurs fois battue et envahie, l’Autriche obtient la restitution de la Lombardie, la Vénétie, l’Istrie et la Dalmatie. L’habileté diplomatique du chancelier autrichien, le prince Klemens von Metternich, au Congrès de Vienne vaut à l’empire des Habsbourg de se retrouver à la base du nouvel ordre européen. L’influence de l’Autriche, à la fois dans la Confédération germanique, qui succède au Saint Empire romain germanique, et dans la Sainte-Alliance, atteint alors son apogée.
De 1815 à 1848, l’empire d’Autriche, dirigé par Metternich, se consacre principalement au maintien du statu quo, à l’intérieur comme à l’extérieur. À long terme, cette politique va mener l’empire — construction historique habitée par des peuples divers — à sa perte. La première erreur est de ne pas s’apercevoir que le concept de nationalité a changé de contenu, glissant de la conception étatique à une conception ethnique. Le maintien dans l’empire de populations de langues et de cultures différentes oblige l’État à des contorsions curieuses : ainsi, en 1800, dans les armées autrichiennes, les ordres sont donnés en latin afin de ne pas risquer de vexer une nationalité. Une autre erreur est de ne pas voir que le ferment nationaliste et libéral lève d’autant plus vite que les cadres féodaux éclatent. En Transylvanie, les seigneurs sont magyars, les paysans roumains ; en Bucovine, les seigneurs polonais, les paysans ruthènes. Essentiellement rural et agricole, l’empire connaît dès 1820 un essor industriel significatif. Les tensions sont exacerbées par les mutations sociales et la Sainte-Alliance, transformée en « société de secours mutuel » pour permettre aux souverains européens de lutter contre toute subversion sur leur territoire, comme en Italie. C’est dans ce contexte, aggravé par une crise de subsistance, qu’éclate la crise révolutionnaire de 1848, qui est plus grave en Autriche que partout ailleurs. À Vienne, en mars 1848, un mouvement de révolte oblige Metternich à démissionner. La révolution se répand rapidement quand les Allemands, les Magyars, les Slaves et les Italiens se retournent contre le régime impérial. Ferdinand Ier abdique en décembre, et son neveu de dix-huit ans, François-Joseph Ier, monte sur le trône, qu’il occupe jusqu’en 1916. Le nouvel empereur promulgue une Constitution pour l’Autriche, qui institue un gouvernement de type parlementaire et délivre les paysans des charges féodales (de la corvée notamment) ; les Tziganes sont libérés. Bénéficiant du manque de synchronisation des différents mouvements nationaux et révolutionnaires, l’Autriche peut récupérer un certain nombre de ses possessions, au prix évidemment de concessions, mais aussi grâce à une répression féroce, comme en Hongrie, où le soulèvement populaire mené par Petofi et Kossuth de 1845 à 1849 se solde par un bain de sang.
Hésitant entre une monarchie fédérative ou centralisatrice, François-Joseph, devant l’opposition des Allemands centralistes et des Hongrois autonomistes, proclame une Constitution centralisatrice, la patenta du 26 février 1861. Après la bataille de Sadowa (1866), l’empereur se résigne à transiger. En 1867, François-Joseph divise l’empire en deux États, la Cisleithanie et la Transleithanie (Hongrie), égaux en droits et soumis au même souverain. Ce compromis donne à la Hongrie sa propre Constitution et une quasi-indépendance. L’Empire austro-hongrois est né. Cette monarchie duale, en consacrant les prétentions des Magyars et des Allemands à l’hégémonie sur les autres peuples de l’empire, ne peut que mécontenter ceux-ci. Les Tchèques, un groupe ethnique de cinq à six millions de personnes, ne peuvent faire reconnaître leurs droits, bloqués par l’opposition des Allemands et des Hongrois. À la veille de la Première Guerre mondiale, trois périls menacent toujours l’empire : le séparatisme hongrois, le pangermanisme et le panslavisme. Le premier est contrebalancé par la crainte de l’expansionnisme russe, qui rend nécessaire malgré tout l’union avec l’Autriche ; le pangermanisme est le fait d’une minorité bruyante, réclamant une unité de plus en plus étroite de l’Autriche avec l’Allemagne et qui trouve un écho favorable au sein de l’empire allemand, établi en 1871. Le panslavisme constitue un danger beaucoup plus redoutable en raison de l’attitude de la Russie, qui s’est autoproclamée protectrice des Slaves du Sud. C’est dans les Balkans que se joue le sort de la monarchie. Les Habsbourg modifient leur politique vis-à-vis de l’Allemagne et des Balkans. Le ministre des Affaires étrangères, le comte Gyula Andrássy, Hongrois d’origine, promet que l’Autriche-Hongrie restera en dehors des affaires internes de l’Allemagne ; en échange, l’Allemagne soutiendra l’Autriche-Hongrie dans ses tentatives de limiter l’influence russe dans les Balkans. Quand la Russie vainc les Turcs en 1878, l’Autriche-Hongrie, soutenue par l’Allemagne et la Grande-Bretagne, intervient afin d’empêcher les Russes de s’emparer de toute la Turquie européenne. Le congrès de Berlin (1878) limite les acquisitions russes ; il permet également à l’Autriche-Hongrie d’occuper la Bosnie-Herzégovine puis de l’annexer (1908). En 1879, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie signent une alliance officielle que rejoint l’Italie en 1882 (voir Triple-Alliance). Toutes ces conquêtes accroissent le nombre des Slaves, qui sont 21 millions en 1913 sur un total de 51 millions d’habitants, alors que, depuis 1908, les visées autrichiennes se concentrent sur le petit État créé en Serbie en 1878. Quand la Serbie sort vainqueur de la guerre des Balkans et territorialement agrandie, les dirigeants austro-hongrois voient qu’une grande Serbie est en voie de formation ; celle-ci ne fait pas mystère d’aider les Slaves soumis à la domination austro-hongroise. De cette hostilité réciproque découle le tragique incident qui déclenche le premier conflit mondial.
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