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Verlaine, PaulArticle
Plan de l'article
Présentation ; Une enfance sans nuages ; Les débuts poétiques ; De ses fiançailles à la rencontre de Rimbaud ; La conversion et le déclin ; Les manières de Verlaine
Privé de sa liberté, soumis à des travaux répétitifs, Verlaine découvre pourtant dans cet enfermement une sorte de sécurité. Il a échoué dans sa recherche d’un bonheur bourgeois, dans celle d’une passion sulfureuse ; il se convertit et tourne vers la Vierge sa quête d’un Autre sur qui se reposer. Le recueil Sagesse (1880) témoigne de cette ferveur nouvelle, dans une forme tantôt classique tantôt encore très musicale. Devenu un catholique aux penchants royalistes, Verlaine tente de mener une vie simple, sans Mathilde, qui a obtenu la séparation par jugement. Il est d’abord professeur dans plusieurs institutions, en Angleterre et en France. Il se lie avec un de ses élèves, Lucien Létinois. Ses tentatives de vivre du travail de la terre se soldent par un échec, et sa vie est assombrie par la mort précoce de Lucien, ce « fils » qu’il pleure dans le recueil Amour (1888). Bonheur (1891) est conçu comme une suite de Sagesse et Amour. Verlaine semble peiner à y dessiner des émotions, masquées par le dogme et la célébration de la liturgie. Désormais, malade, démuni, il mène à Paris une vie pénible, marquée par la déchéance, même s’il continue de publier et de fréquenter les artistes de son temps. Ses textes sont de plus en plus alimentaires, même si dans le même temps sa renommée croît et lui vaut en 1893 d’être sacré « prince des poètes ». Chansons pour elle (1891) ou les Biblio-sonnets (1895) ne sont sans doute pas à la hauteur de cette réputation.
Son œuvre est alternativement peuplée de bonnes résolutions, parfois synonymes de mauvais vers, et d’élans moqueurs et bons vivants qui la marquent depuis le commencement ; de musique et de rhétorique ; d’expression personnelle et de formalisme parnassien. Jadis et Naguère (1884), où il rassemble des pièces très diverses, contient son « Art poétique » où il expose et met en pratique les principes d’où sont issues ses plus belles créations. Musique, vers courts et impairs, refus des lourdeurs de la rime… Sans renoncer totalement à cette rime qu’il critique tant, Verlaine a trouvé une expression musicale à laquelle concourent les assonances, les enjambements, les vers de cinq ou sept pieds qui parfois dialoguent avec des rythmes plus traditionnels. Même lorsqu’il utilise l’alexandrin, il refuse souvent la toute classique césure à l’hémistiche et crée de nouveaux balancements. Pourtant, tout Verlaine ne se trouve pas résumé là : il publie cet art poétique alors qu’il pratique de moins en moins ces audaces qui ont été jusqu’aux étranges vers de onze syllabes à l’air inachevé. L’œuvre en argot, les pastiches, les tentations académiques ou l’inspiration sensuelle (Parallèlement, 1889) n’y trouvent pas place. Verlaine le mélancolique a placé sa destinée et sa poésie sous le signe de Saturne, mais sans négliger ni le rire ni la dérision (il a été jusqu’à se pasticher lui-même). La postérité a retenu la musique de ses vers, que Chabrier et Fauré dans leurs mélodies, ou Ferré dans ses chansons, ont accordées à la leur.
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