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La désintégration de l’empire carolingien marque la naissance du premier royaume germanique. Elle favorise la montée des particularismes et la formation de duchés émancipés de la tutelle impériale : duchés de Franconie, de Souabe, de Bavière et de Saxe. Lorsque le dernier des Carolingiens de Germanie, Louis IV l’Enfant, meurt sans héritier, les féodaux allemands élèvent l’un des leurs à la royauté. En 911, Conrad, duc de Franconie, est élu roi par les grands électeurs de Franconie et de Saxe, et reconnu comme tel par la Souabe et la Bavière. En 919, les quatre duchés choisissent pour lui succéder Henri Ier l’Oiseleur, duc de Saxe. Celui-ci obtient le rattachement de la Lorraine au royaume de Germanie et stoppe l’invasion hongroise à Merseburg en 933. Avant sa mort, Henri Ier désigne son fils Othon (ou Otton) comme son successeur. Ce choix est entériné, en 936, par l’ensemble des grands électeurs. La dynastie saxonne repose dès lors sur le double principe héréditaire et électif. Le règne d’Othon Ier le Grand (936-973) est décisif. Déterminé à restaurer un puissant empire chrétien, il se fait couronner symboliquement empereur à Aix-la-Chapelle et entreprend de rétablir l’autorité royale sur les grands féodaux. Pour affaiblir les ducs, il les dépossède d’une partie de leurs terres et crée de nouveaux duchés qu’il distribue aux membres de sa famille. Il s’appuie surtout sur l’Église, octroyant fiefs et privilèges aux évêques et aux abbés. À l’extérieur, Othon renforce sa domination sur la Lorraine (944) et accroît l’influence germanique sur la Bourgogne et sur la Provence. Mais, surtout, il oriente sa politique dans deux directions : vers l’est et les pays slaves, d’une part, vers l’Italie, siège de la papauté, d’autre part. Sous son règne débute la colonisation des régions orientales. Ayant christianisé les Slaves, couronné roi d’Italie en 951 après avoir vaincu l’usurpateur Bérenger II, Othon Ier endosse l’habit de champion de la chrétienté lorsque, en 955, il emporte une victoire définitive sur les Hongrois, près d’Augsbourg. Après la conquête des États pontificaux par Bérenger II, il se rend à Rome à l’appel du pape Jean XII. Victorieux, il est couronné empereur par le pape en 962, fondant ainsi le Saint Empire romain germanique. Les empereurs germaniques interviennent dès lors dans le choix des papes : en 963, Jean XII est déposé et Léon VIII lui succède. Il y a, dans le domaine de la vie religieuse, des arts et de l’architecture, une véritable renaissance othonienne, particulièrement brillante sous Othon II (973-983). Elle s’accompagne d’un développement des échanges commerciaux avec la France et l’Angleterre, mais aussi avec les pays slaves, Constantinople et les pays du Levant. Les successeurs d’Othon Ier poursuivent sa double politique germanique et italienne, la seconde affaiblissant souvent la première. Des marches militaires sont créées aux frontières de l’empire, à l’image de l’Ostmark, noyau de la future Autriche, qu’Othon II confie aux Babenberg. Othon II envahit le sud de la péninsule italienne, conquiert Naples, Salerne et Tarente, mais il est vaincu à Cap Colonne par les Grecs et les Sarrasins en 982. Othon III (983-1002) soutient le mouvement de la réforme bénédictine qui se développe à l’abbaye de Cluny, en Bourgogne. Il instaure sa capitale à Rome, et la noblesse germanique profite de son absence pour renforcer son pouvoir. À la mort d’Othon III, Henri II le Saint (1002-1024) est choisi par les nobles allemands pour lui succéder. Ses tentatives pour rétablir l’autorité royale échouent, l’empereur continuant à privilégier l’ambition italienne. En 1004, il envahit l’Italie et se fait couronner roi des Lombards. De 1004 à 1018, il mène une guerre épisodique contre la Pologne de Boleslas Ier. En 1014, il est couronné empereur à Rome par le pape Benoît VIII.
Henri II étant mort sans héritier, en 1024, la noblesse laïque et ecclésiastique choisit pour lui succéder un arrière-petit-fils d’Othon Ier, Conrad II (1024-1039), duc de Franconie. Premier souverain de la dynastie franconienne ou salienne, celui-ci entreprend de restaurer la puissance royale, sans pour autant renoncer au rêve d’un empire universel. Pour affaiblir les duchés, Conrad II le Salique accorde des privilèges à la petite noblesse, ce qui favorise l’émiettement féodal. Reconnu roi d’Italie en 1026, il reçoit la couronne impériale à Rome en 1027. Il agrandit son empire, en imposant, à l’est, sa suzeraineté aux Polonais, refoulés au-delà de l’Oder, ainsi qu’aux Tchèques. À l’ouest, il obtient en 1032 la Bourgogne, que lui lègue Rodolphe III. La dynastie connaît son apogée avec Henri III le Noir (1039-1056) qui impose son autorité aux princes allemands et soumet la Poméranie et la Hongrie. Toutefois, la politique impériale à l’égard de l’Église, mise sous tutelle, conduit à une crise dont les répercussions sont importantes. Les partisans de la réforme de l’Église, à Cluny, en Lorraine et en Lombardie, acceptent mal que l’empereur, fût-il très pieux, nomme les papes et dispose des évêchés et des abbayes à sa guise. Cette confusion du spirituel et du temporel relève, pour eux, de la simonie.
La querelle des Investitures éclate après la mort d’Henri III. Son fils Henri IV (1050-1106) n’est encore qu’un enfant lorsqu’il monte sur le trône en 1053. En 1059, le synode de Latran déclare que l’élection du pape appartient aux cardinaux. La situation s’envenime après l’élection, en 1073, de Grégoire VII, moine clunisien, qui proclame la primauté de Rome sur l’Église, dont l’indépendance est affirmée, et met fin à l’investiture des ecclésiastiques par les laïcs. Henri IV le fait déposer par les évêques allemands réunis à Worms en 1076. Le pape excommunie immédiatement l’empereur, libérant ses sujets du serment d’allégeance envers lui. Confronté à la fronde des princes allemands, Henri IV vient implorer le pardon du pape à Canossa. L’excommunication est levée en janvier 1077. Les princes, prenant prétexte de l’humiliation impériale, manifestent leur indépendance en se donnant un nouveau roi, Rodolphe, duc de Souabe, qu’Henri IV doit chasser par les armes. Les dernières années de son règne sont marquées par une succession de crises. À nouveau excommunié en 1080, Henri IV dépose le pape Grégoire VII au profit de Clément III qui le couronne empereur en mars 1084. Malgré ses campagnes victorieuses à Rome, à Padoue et à Vérone, il est chassé d’Italie par le nouveau pape Urbain II, élu en 1088. Il se heurte ensuite, en 1104 et 1105, à la révolte de ses fils, Conrad et Henri. Henri V (1106-1125) obtient finalement la déposition de son père par la diète de Mayence, en 1105. L’Empire est alors extrêmement affaibli. Henri V perd le contrôle de la Pologne, de la Hongrie et de la Bohême, et les princes allemands le contraignent à mettre fin à la lutte entre l’Empire et la papauté. Par le concordat de Worms signé avec Calixte II en 1122, l’empereur abandonne à Rome l’investiture des évêques et des abbés, et reconnaît la légitimité des élections papales. Il conserve le droit d’investiture temporel, c’est-à-dire la concession des fiefs épiscopaux. Ce compromis aboutit à la distinction, essentielle, des pouvoirs spirituel et temporel. Conjuguée à l’émancipation de la noblesse, cette distinction marque le retour à la conception traditionnelle de la monarchie germanique, selon laquelle le roi n’est finalement que « le premier parmi ses égaux ».
Après la mort d’Henri V, les couronnes d’empereur et de roi d’Italie sont âprement disputées. La lutte se prolonge durant les xiie et xiiie siècles. Elle oppose les Hohenstaufen, appelés Waiblingen en Souabe ou gibelins en Italie, aux Welfen de Bavière et de Saxe, appelés guelfes en Italie et alliés de la papauté (voir Guelfes et gibelins). Les premiers défendent l’idée d’un empire chrétien à vocation universelle et portent leurs ambitions vers l’Italie et le sud. Pour les seconds, l’empire doit enraciner sa puissance dans le sol germanique et s’attacher à la conquête de l’est. Les conflits entre guelfes et gibelins sont temporairement résolus par l’élection, en 1152, de Frédéric de Hohenstaufen.
Se considérant comme le successeur d’Auguste, de Charlemagne et d’Othon Ier le Grand, Frédéric Ier Barberousse (1152-1190) affaiblit les grands feudataires et récupère les biens royaux usurpés. Il restitue cependant la Bavière à Henri le Lion, auquel il confie la conduite de l’expansion allemande vers l’est. S’étant ainsi assuré la bienveillance des guelfes, il peut se tourner vers l’Italie, où il effectue six expéditions pour réaffirmer l’autorité impériale sur les villes lombardes et sur Rome. Après s’être fait remettre la couronne d’Italie en 1154, il est couronné en 1155 empereur du Saint Empire par le pape Adrien IV. Ayant obtenu, en 1158, confirmation de ses droits par la diète de Roncaglia, il installe des podestats (représentants impériaux) dans les villes italiennes dont il s’attire l’hostilité. Cette politique relance le conflit avec la papauté. L’opposition du pape Alexandre III, élu en 1159, amène Frédéric Ier Barberousse à imposer un antipape, Victor IV, en 1160, ce qui crée un schisme au sein du clergé allemand et précipite la rupture avec l’autorité pontificale. Excommunié en 1165, l’empereur mène plusieurs campagnes contre les villes lombardes (Milan, Brescia, Parme, Padoue, Plaisance, Bologne, etc.) qui, à l’initiative du pape Alexandre III, se liguent en 1167 contre la domination impériale (voir Ligues Lombardes). Après sa défaite à la bataille de Legnano, en 1176, Frédéric Ier est contraint de reconnaître l’autorité du pape (paix de Venise, 1177) puis signe, en 1183, la paix de Constance, qui scelle l’autonomie des villes lombardes, celles-ci n’étant plus que nominalement soumises à l’empereur. Son seul succès, dans cette crise, est l’éviction d’Henri le Lion, auquel il reprend la Bavière, donnée aux Wittelsbach, et la Saxe. Malgré l’échec de sa politique italienne, Frédéric Ier renforce son prestige en Europe centrale. Il étend sa suzeraineté sur la Pologne, élève la Bohême au rang de royaume et érige la marche d’Autriche en duché héréditaire. En 1189, il prend la tête de la troisième croisade au cours de laquelle il trouve la mort, dans les eaux du Selef (Asie Mineure) en 1190.
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