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Côte d'IvoireArticle
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Le commerce transsaharien atteint le nord de la Côte d’Ivoire dès le xe siècle et entraîne les premières migrations de populations mandingues qui s’établissent, vers le xiiie siècle, à la lisière de la forêt, dans une région productrice d’or et de noix de cola. Au fil des siècles se développent des cités marchandes, sur l’initiative des marchands dyula (caste de commerçants malinké constituée au sein de l’empire du Mali) et que dirigent des conseils présidés par les négociants spécialisés dans le commerce à longue distance. Au xviiie siècle, la cité-État de Kong, fondant sa prospérité sur les échanges entre la savane et la forêt, domine la région. Le développement du commerce transsaharien, contrôlé par les Malinké islamisés, va de pair avec la diffusion de l’islam dans la région. Celle-ci se fait d’abord plus par imprégnation que par l’utilisation de moyens coercitifs, et les populations établies de longue date, comme les Lobi et les Sénoufo, présents depuis le xie siècle, maintiennent leur identité animiste. Toutefois, au xviiie siècle, le clan musulman des Ouatara renverse le pouvoir traditionnel animiste et étend sa domination sur les régions englobant l’actuelle Bobo-Dioulasso (Burkina) : leur expansion territoriale est avant tout motivée par la volonté d’assurer la sécurité des communications et des échanges. Les explorateurs portugais sont parvenus, dès le xve siècle, jusqu’à la côte à partir de laquelle ils organisent la traite négrière et le commerce de l’ivoire. De cette période datent les différentes appellations données au pays par les Européens, lesquelles varient en fonction de l’accueil que les populations leur réservent et des produits qu’ils troquent avec celles-ci : Côte des males gens (« mauvaises gens »), Côte des graines et de la malaguette (nom donné au poivre de Guinée), Côte des dents, Côte du morphil (ivoire), Côte d’ivoire. Les peuples habitant les lagunes deviennent les auxiliaires des commerçants européens ; ils servent d’intermédiaires avec l’arrière-pays dont ils rapportent esclaves, ivoire et huile de palme. La grande migration des peuples akans, venus de l’actuel Ghana, a lieu au début du xviiie siècle. Les Baoulé, groupe proche de celui des Ashanti, s’établissent, sous la conduite de la reine Abla Pokou, dans le centre du pays. Ils sont porteurs d’une conception du pouvoir très éloignée de celle qui prévaut chez les peuples de la forêt : l’autorité y est détenue par les anciens et le pouvoir y est davantage éclaté tandis que les royaumes akan sont plus centralisés, le roi détenant une autorité sacrée, donc absolue.
Les Français s’établissent sur la côte au début du xviiie siècle. Dans la seconde partie du xixe siècle, ils se trouvent en compétition pour la domination de la région avec les Britanniques qui ont jeté leur dévolu sur la Côte-de-l’Or (actuel Ghana). Les zones d’influence respectives de ces deux puissances coloniales sont définies au congrès de Berlin, en 1885. Dans son entreprise de conquête de l’intérieur des terres, la France se heurte dans le Nord au conquérant malinké, Samory Touré, dont les forces sont armées de fusils négociés auprès des Britanniques. En 1897, Samory fait raser Kong, dont les habitants ont pactisé avec la France ; il doit toutefois se rendre et est déporté. Mais le conflit a dévasté durablement la région. La France ne peut asseoir sa domination sur l’ensemble de la Côte d’Ivoire qu’au début du siècle : en 1904, le territoire ivoirien devient colonie de l’empire colonial français. Jusqu’en 1915, les autorités coloniales répriment les révoltes des Baoulé et des Bété. La culture du café, introduite en Côte d’Ivoire par les colonisateurs dès 1882, se développe et une classe de petits planteurs apparaît. Dès 1932, l’un d’eux, Félix Houphouët-Boigny, prend la tête de la contestation contre l’accaparement des terres par les grands propriétaires coloniaux et contre la politique économique qui pénalise les petits planteurs autochtones. La Côte d’Ivoire est à l’époque sous la coupe des milieux d’affaires qui incitent le gouvernement français à intégrer à la colonie, entre 1932 et 1947, les régions très peuplées du centre et du sud de la Haute-Volta (actuel Burkina), dont les habitants sont recrutés pour le travail dans les plantations et constituent le gros des contingents de « tirailleurs sénégalais » envoyés sur le front européen durant les deux guerres mondiales. Le recours au travail forcé, pour la construction de la voie ferrée entre Abidjan et Ouagadougou, destinée à parfaire l’intégration économique de ces territoires, renforce l’opposition anticoloniale. En 1944, Houphouët-Boigny crée un syndicat agricole africain, qui est à l’origine du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), section ivoirienne du Rassemblement démocratique africain (RDA) fondé en 1946 à Bamako (Mali). Les différentes sections du RDA créées dans les colonies de l’Afrique-Occidentale française (AOF) mènent la lutte pour l’indépendance. En 1946, député de la Côte d’Ivoire à l’Assemblée française, Houphouët-Boigny est à l’origine de la loi abolissant le travail forcé dans les territoires d’outre-mer, statut auquel accède la Côte d’Ivoire la même année. Le PDCI-RDA, alors apparenté au Parti communiste français, s’oppose violemment à l’Administration française, en 1949, soutenant les grèves suscitées par la chute des cours du cacao. En 1951, cependant, Houphouët-Boigny adopte une stratégie de coopération avec le gouvernement français, et le PDCI-RDA rallie l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), présidée par François Mitterrand, ministre de la France d’outre-mer. Ministre à deux reprises dans le gouvernement français, Houphouët-Boigny participe à l’élaboration des réformes qui vont déboucher sur la décolonisation.
Le 4 décembre 1958, la Côte d’Ivoire devient une république au sein de la Communauté française, Houphouët-Boigny assurant les fonctions de Premier ministre. Il en devient tout naturellement le président lorsque l’indépendance est proclamée le 7 août 1960. L’ancienne Afrique-Occidentale française (A-OF) voit naître un second pôle économique et politique, concurrent du Sénégal, où se trouvent les administrations coloniales. La rivalité entre Léopold Sedar Senghor, un intellectuel, et Felix Houphouët-Boigny, un syndicaliste paysan pragmatique, est ancienne. Le président ivoirien fait échouer le projet d’une grande fédération, qui doit reconstituer l’A-OF et qui a permis au Sénégal de maintenir sa prépondérance sur l’Afrique de l’Ouest francophone. La Côte d’Ivoire en est le pays le plus riche et son dirigeant a l’ambition de fonder sa puissance politique sur le développement économique national. Avec l’ouverture du canal de Vridi en 1950, Abidjan, la capitale ivoirienne, devient un port de mer puis un centre financier. La stabilité politique du pays qu’a établie Houphouët-Boigny à travers un régime de parti unique favorise la forte croissance économique des années 1960 et 1970 (le « miracle ivoirien »), grâce à la bonne tenue des cours du café et du cacao, et à la création d’une caisse de stabilisation (Caistab) assurant aux paysans des revenus réguliers. La politique paternaliste d’Houphouët-Boigny suscite cependant une opposition croissante (manifestations étudiantes, conspirations dans l’armée). À la fin des années 1980, le président entreprend des travaux grandioses, notamment à Yamoussoukro où est transférée la capitale et édifiée une cathédrale sur le modèle de Saint-Pierre de Rome. Le déploiement d’un tel faste, alors même que l’économie nationale s’effondre, alimente le mécontentement de la population. En 1990, Houphouët-Boigny accepte, sous la pression des manifestations, d’instaurer le multipartisme. Dès cette époque, le problème de sa succession se pose, mais le président ne laisse pas aux dauphins constitutionnels (les présidents successifs de l’Assemblée nationale) la possibilité de s’imposer. C’est notamment le cas de Philippe Yacé (1920-1998). Président de l’Assemblée nationale pendant de nombreuses années, et collaborateur dévoué d’Houphouët-Boigny depuis 1941, il réprime le « complot » de 1963 et est longtemps considéré comme le dauphin du chef de l’État, jusqu’à sa disgrâce en 1980. En octobre 1990, Houphouët-Boigny est réélu pour un septième mandat de cinq ans, à l’issue des premières élections pluralistes du pays. L’ouverture politique n’est cependant que formelle : en 1992, les principaux dirigeants de l’opposition, dont Laurent Gbagbo, fondateur du Front populaire ivoirien, sont emprisonnés.
Après la disparition du président ivoirien, en 1993, le président de l’Assemblée nationale Henri Konan Bédié (« HKB ») termine le mandat en cours, conformément à la Constitution. Mais ne tenant pas son pouvoir d’une élection, sa position s’en trouve considérablement affaiblie. À la faveur d’un climat politique et social tendu, les oppositions entre communautés et régions se manifestent. Le scrutin présidentiel d’octobre 1995 est ainsi marqué par des violences intercommunautaires touchant les immigrés. Ces dissensions opposent, notamment dans l’ouest du pays, les Bété aux Baoulé, dont fait partie le nouveau président Henri Konan Bédié, tandis que les musulmans du Nord et les Burkinabés immigrés de longue date et se considérant souvent comme Ivoiriens (l’ancienne Haute-Volta a été intégrée à la Côte d’Ivoire pendant l’époque coloniale) restent marqués par la marginalisation dans laquelle les institutions tentent de maintenir Alassane Ouattara, ancien Premier ministre, en raison de ses origines burkinabés. En 1998, le président Bédié fait adopter une révision constitutionnelle instituant le septennat renouvelable jusqu’à l’âge de soixante-quinze ans. La possibilité pour le chef de l’État de reporter l’élection présidentielle prévue pour l’an 2000 soulève les protestations d’une opposition divisée. À cette forte tension politique et communautaire liée à la future élection présidentielle s’ajoutent les problèmes nés d’une économie en chute libre. Celle-ci, dont le taux de croissance est passé de 1,8 p. 100 en 1994 à 6,8 p. 100 en 1996, avait été stimulée par la dévaluation du franc CFA jusqu’en 1998. En 1999, la libéralisation de la filière cacao, la déréglementation, la suppression de la Caistab en pleine chute des cours du cacao, la suspension des versements du Fonds monétaire international (FMI) pour « mauvaise gouvernance », de même que l’arrêt des crédits européens pour cause de corruption, ont plongé le pays dans le marasme économique.
Le 26 décembre 1999, intervenant pour faire cesser les manifestations de soldats mal payés, le chef de l’armée ivoirienne, le général Robert Gueï, destitue le président Bédié qui se réfugie au Togo, puis en France. Bénéficiant de l’accord des partis de l’opposition, dont celui de Ouattara, puis rapidement du PDCI du président déchu, Gueï met en place un Comité national de salut public (CNSP) qui s’engage à organiser des élections. En janvier 2000, la formation d’un gouvernement de transition réunissant le Front populaire ivoirien (FPI) de Gbabo et le Rassemblement des républicains (RDR) de Ouattara tourne rapidement à la compétition entre ces deux candidats à la présidentielle, faisant ressurgir le problème de l’« ivoirité » qui avait été la cause politique de la crise précédente. En mai, l’annonce d’un référendum constitutionnel prévu pour le 23 juillet et stipulant qu’« un candidat à la présidentielle ne doit pas s’être prévalu d’une autre nationalité » est suivie de la formation d’un nouveau gouvernement de transition qui fait la part belle aux militaires et réduit la représentation du RDR.
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