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Plan de l'article
Présentation ; Naissance d’un genre, en France et ailleurs ; Des évolutions de plus en plus divergentes
opérette, pièce de théâtre musical de caractère léger, où les morceaux chantés alternent avec des scènes parlées et des danses.
L’opérette a deux fondateurs : Hervé (pseudonyme de Florimond Roger) (1825-1892) et Jacques Offenbach. Le premier a déjà écrit son Don Quichotte (1848) lorsqu’il obtient en 1853 l’autorisation d’ouvrir un théâtre, les Folies-Concertantes (puis Folies-Nouvelles). Le second inaugure de même, en 1855, ses Bouffes-Parisiens avec les Deux Aveugles. D’abord soumis à des restrictions réglementaires (un acte et trois personnages maximum) dont ils sont bientôt libérés, ils composent abondamment. D’Hervé, on peut citer le Petit Faust (1868) ; et parmi la centaine d'opérettes d’Offenbach — qui n’utilise d’ailleurs que rarement ce terme —, Orphée aux enfers (1858) ou la Périchole (1868). Leurs œuvres, qui puisent aux origines bouffes de l’opéra-comique tout en empruntant au vaudeville, sont fortement empreintes de connotations parodiques et satiriques (à visée sociopolitique), au moins jusqu’à la fin du second Empire. Après 1870 s’affirme un goût pour des comédies à la fois moins satiriques et plus sentimentales, auquel Offenbach, avec la Fille du Tambour-major (1879), et Hervé, avec Mam’zelle Nitouche (1883), s’adaptent, mais qui se reconnaît surtout dans les ouvrages de Charles Lecocq (la Fille de Madame Angot, 1872), d’Edmond Audran (1840-1901 ; la Mascotte, 1880), de Robert Planquette (1848-1903 ; les Cloches de Corneville, 1877), de Louis Varney (1844-1908 ; les Mousquetaires au couvent, 1880) et d’André Messager (Véronique, 1898). La parodie se perpétue cependant avec Claude Terrasse (1867-1923 ; les Travaux d’Hercule, 1901). Les succès d’Offenbach à Vienne contribuent largement à l’essor de l’opérette viennoise, qui trouve ses sources du côté du Singspiel et de la farce (Posse). Franz von Suppé y contribue le premier, avec des œuvres comme Die Schöne Galatée (1865) ou Boccaccio (1879). Avec la Chauve-souris (1874) de Johann Strauss fils, grand compositeur de danses, la valse devient l’élément emblématique de l'opérette viennoise, que l’on retrouve aussi bien dans la Veuve joyeuse de Franz Lehár (1905) que dans Un rêve de valse (1907) d’Oskar Straus (1870-1954). En Angleterre, où l’on garde le souvenir de Beggar's Opera, le très satirique ballad opera de John Gay (1728), les œuvres d’Offenbach et Hervé servent de modèles musicaux pour le développement du genre, d’abord illustré par les vingt-trois opérettes fort ironiques écrites sur des livrets de William Gilbert (1836-1911) par sir Arthur Sullivan (1842-1900) — surnommé « l’Offenbach britannique » — dont The Mikado (1885). Parmi les autres compositeurs, il faut aussi citer Sidney Jones (1861-1946 ; The Geisha, 1896) ou Lionel Monckton (1861-1924 ; The Quaker’s Girl, 1896). Aux États-Unis, les pionniers du genre sont Reginald De Koven (1859-1920 ; The Begum, 1887), John Philip Sousa (1854-1932 ; el Capitan, 1896), et surtout Victor Herbert (1859-1924) qui compose quarante opérettes, dont The Red Mill (1906) et Naughty Marietta (1910). En Espagne, l’opérette apparaît comme un renouveau de la zarzuela, mais sous son aspect uniquement léger. Un courant très prolifique se développe entre 1870 et 1930, avec des musiciens comme Francisco Asenjo Barbieri (1823-1894) (el Barberillo de Lavapies, 1874), Tomás Bretón y Hernández (1850-1923 ; la Verbena de la Paloma, 1894), Ruperto Chapi y Lorente (1851-1909 ; la Chavala, 1898), Jerónimo Gimenez (1854-1923 ; la Tempranica, 1900), José Simeón Serrano (1873-1941 ; la Allegria del batallón, 1909). Son style musical se distingue par ses danses (jotas, séguedilles, fandangos,…). Il existe également une opérette italienne, avec notamment Vincenzo Valente (1855-1921) (i Granatieri, 1889), à laquelle contribuent aussi des compositeurs comme Ruggero Leoncavallo, Pietro Mascagni ou Umberto Giordano.
Après la Première Guerre mondiale, l’évolution de l’opérette française, dictée par des moyens limités et un urgent besoin de franc divertissement, est illustrée par trois compositeurs, venus significativement de la chanson : Henri Christiné (1867-1941 ; Phi-Phi, créé le 12 novembre 1918 ! et, Dédé, 1921, avec Maurice Chevalier), Maurice Yvain (1891-1965 ; Ta Bouche, 1922), Raoul Moretti (1893-1954 ; Troublez-moi, 1924). En réaction, Reynaldo Hahn se présente, avec Ciboulette (1923), comme défenseur de l’opérette classique. Par la suite se développe l’opérette à grand spectacle, influencée par les revues américaines, avec Vincent Scotto (Violettes impériales, 1948) et Francis Lopez (la Belle de Cadix, 1945 ; le Chanteur de Mexico, 1951). L’opérette viennoise perpétue davantage une tradition, avec Franz Lehár (Der Tzarevitch, 1927 ; Das Land des Lächeln, 1929), Emmerich Kálmán (1882-1953), également hongrois (Gräfin Mariza, 1924), sans oublier la fameuse Auberge du Cheval blanc (Im Weissen Rössl, 1930) de Robert Stolz (1880-1975) et Ralph Benatzky (1884-1957). Beaucoup jouée à l’étranger en traduction, notamment en France, l’opérette viennoise est alors conquérante. De son côté, l’opérette américaine connaît encore les œuvres de Rudolf Friml (1879-1972 ; Rose Marie, 1924 ; Vagabond King, 1925), ou de Sigmund Rumberg (Student Prince, 1924), mais évolue résolument, après 1930, vers la comédie musicale, phénomène que l’on observe aussi en Angleterre. La disparité est énorme, entre des opérettes proches par leur caractère musical (orchestre, type de chant) de l’opéra, et celles qui penchent vers le music-hall ou le café-concert, entre l’exotisme (social ou géographique) des unes et le cadre familier des autres, entre critique sociale et conformisme. Pourtant, toutes exigent un livret efficace, drôle, rythmé (d’où l’importance capitale des librettistes), et des chanteurs-acteurs, voire danseurs. Sur le plan musical, l’indispensable compréhension du texte induit souvent une écriture dans des tessitures moyennes, et un chant syllabique. Le succès repose sur le charme mélodique des couplets ou romances et sur le caractère entraînant des rythmes, essentiellement des danses, mais repose également le plus souvent sur le talent des interprètes, d’Hortense Schneider (1833-1920) et Zulma Bouffar à Yvonne Printemps, de Maurice Chevalier à Luis Mariano.
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