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Moyen ÂgeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Le haut Moyen Âge (du ve au xe siècle) ; Le Moyen Âge triomphant : développement du système féodal ; Le bas Moyen Âge
Garants de la sécurité des paysans, les châtelains développent sur leur territoire un système élaboré de contrôle policier, judiciaire et administratif. Préservant la relation féodale avec leur seigneur, ils se saisissent des droits de justice et d’imposition, instaurant une série de droits féodaux auxquels sont astreints les paysans en échange d’une protection (voir système seigneurial ; banalités). Quand les domaines sont étendus, les châtelains doivent déléguer leur autorité à des chevaliers qui, à leur tour, constituent leur domaine en seigneurie relativement autonome. Des stratégies matrimoniales et des guerres privées permettent la création de véritables principautés, comme le comté de Toulouse. Les xe et xie siècles connaissent la multiplication de ces conflits privés, tandis que l’autorité supérieure du roi n’est plus que théorique : Hugues Capet, élu en 987 par les grands du royaume (évêques et barons), fondateur de la dynastie des Capétiens, ne gouverne en fait que son propre domaine peu étendu, le domaine royal.
La situation de guerre endémique que connaît la chrétienté à cette période permet à l’Église catholique de s’affirmer comme force d’interposition. À la fin du xe siècle se multiplient les conciles de paix qui imposent aux chevaliers un certain nombre de règles — ou « paix de Dieu » — plus ou moins respectées : protection des veuves et des orphelins, respect des jours de paix et des lieux d’asile comme les églises et les monastères. L’intermédiaire de la papauté apparaît alors comme nécessaire pour toute légitimité : l’empereur germanique Othon II s’appuie ainsi sur le pape Sylvestre II pour tenter de rétablir l’Empire universel. Cette puissance se traduit par un vaste mouvement de construction d’églises : la sédentarisation des paysans s’opère bien plus dans le cadre de la paroisse ecclésiastique que dans celui de la seigneurie. Le chroniqueur Raoul Glaber note, au début du xie siècle, que la « chrétienté se couvrit d’un blanc manteau d’églises ». Vers le début du xiie siècle, dans toute l’Europe chrétienne, du Latium à la Picardie, la paroisse devient le cadre fondamental de l’existence des hommes.
Les xiie et xiiie siècles correspondent à une période de relative amélioration du sort des populations rurales, désormais protégées par les seigneurs, alors que les guerres privées sont atténuées par la paix de Dieu. Les progrès techniques s’amorcent : la charrue est substituée à l’antique araire, même si, pour des raisons techniques, celui-ci subsiste dans de nombreuses régions. La croissance démographique touche les campagnes et entraîne un mouvement de défrichements importants, orchestrés par les moines ou les princes, voire par des initiatives privées de seigneurs ou de paysans qui échangent contre des « franchises » la mise en exploitation de nouveaux terroirs. Cependant, le système d’exploitation le plus généralement répandu demeure le servage qui s’est, depuis les temps mérovingiens, substitué à l’esclavage antique. Certes, l’attachement des paysans à la seigneurie (à la « glèbe ») connaît de multiples variantes. Néanmoins, la condition servile est l’un des instruments essentiels du système féodal (voir aussi alleu ; manse). Les productions essentielles sont les céréales et, dans une moindre mesure, quelques légumes (pois, vesces, fèves) et quelques fruits. L’élevage est limité, dans la plupart des cas, à un cochon et à quelques volailles, dont le rôle d’appoint protidique dans une alimentation très fruste est absolument vital. Les surplus sont confisqués par les seigneurs et les clercs. Ces élites rurales assurent, avec les quelques laboureurs qui louent leur soc, les seuls liens entre les paroisses et le reste du monde. Malgré les nuances locales, le monde rural médiéval reste, dans l’ensemble, enclavé. Aussi les paysans n’ont-ils besoin que d’un nom d’usage. Entre les villages, la forêt omniprésente, les cours d’eau, les reliefs, les barrières de péages et les multiples octrois constituent autant de frontières difficilement franchissables. Vivre dans une cellule villageoise, castrale ou urbaine, est la formule universellement reconnue.
Depuis les Grandes Invasions, les villes sont systématiquement entourées de remparts entretenus, élevés et, pour les villes les plus importantes comme Londres ou Paris, élargis à plusieurs reprises, en fonction de la croissance urbaine. Celle-ci, lente, concerne surtout les capitales qui attirent artisans et domestiques liés aux cours princières. La ville est elle-même divisée en quartiers qui peuvent être fermés, la nuit, par des chaînes. Ils correspondent à des métiers dont la toponymie des rues a gardé la trace (rue de la Petite-Boucherie, par exemple). Les quartiers et les métiers sont les deux principales communautés dans lesquelles tout individu est inscrit, souvent corollairement (voir corporations) ; à partir du xiiie siècle, les communautés monacales complètent ce maillage communautaire. Comme à la campagne, la vie ne peut s’envisager que dans le cadre d’une communauté. Beaucoup de villes, à partir du xiie siècle, cessent de dépendre d’un seigneur et obtiennent des « chartes de commune » ou de « franchise », des « libertés » souvent durement acquises. Des assemblées municipales représentent alors les institutions des villes et ceux qui y siègent (capitouls, échevins, consuls, jurats, etc.) constituent l’élite, souvent roturière, du monde urbain (voir aussi bourgeoisie). Hormis quelques vestiges de l’Antiquité (arènes de Nîmes transformées en châteaux aristocratiques), et les bâtiments religieux et les palais des notables aristocrates, les constructions sont en bois. Le tissu est d’une extrême densité (voir urbanisme). Certaines villes ont conservé le plan hippodamique instauré par les Romains ; d’autres se développent en cercles concentriques autour du cœur de la ville, le plus souvent la cathédrale ou un bâtiment religieux important. Reims s’étend ainsi à partir des deux noyaux de la basilique de Saint-Remi et de la cathédrale Notre-Dame. Mais, quelle que soit la structure urbaine, toutes ces villes sont régulièrement la proie des flammes. De plus, les ruelles étroites et l’absence de systèmes d’égouts rendent les villes insalubres. Pourtant, à partir du xie siècle, le rôle politique et économique des villes s’accroît dans toute l’Europe chrétienne. En Italie, elles sont au cœur d’États puissants comme Venise ou Florence ; en Espagne, qu’elles soient encore sous domination musulmane ou revenues à la chrétienté, elles connaissent également une grande prospérité ; les ports du nord de l’Europe développent, par la Baltique et la mer du Nord, des réseaux commerciaux que la Hanse va structurer. Cette prospérité a comme corollaire l’installation dans les villes des symboles du pouvoir, en particulier des centres des administrations territoriales (voir aussi foire ; marchands).
Mais plus que le système urbain, c’est la terre, à la base de la seigneurie, qui structure les royaumes. Les châtellenies, indépendantes, sont progressivement soumises à l’autorité des princes. Ces seigneurs ont su constituer les fiefs les plus importants, du roi de France au duc de Bretagne, en passant par le roi d’Angleterre après l’avènement de Guillaume le Conquérant. Entre les serfs, les seigneurs, les rois ou les empereurs, une hiérarchie théorique vient légitimer les rapports de force effectifs. Au sommet se trouvent les suzerains, qui tiennent leur pouvoir de Dieu, comme le révèle la cérémonie du sacre. Les suzerains s’érigent ainsi en concurrents du pape, ouvrant un conflit séculaire : Henri IV, l’empereur germanique, se déplace certes à Canossa pour y faire amende honorable, mais Philippe IV le Bel fait proprement enlever le pape à Anagni. De cette conception politique, une lutte ouverte entre partisans et adversaires du pouvoir pontifical apparaît et déchire l’Italie jusqu’au xvie siècle (voir guelfes et gibelins). Au-dessous des prestigieux suzerains, souverains sacrés, se trouvent les grands vassaux, dont souvent la souveraineté n’a rien à envier à celle de leur suzerain : simplement, ils doivent, par le rituel régulièrement répété de l’hommage, confirmer leur fidélité au roi en échange du fief qu’il leur concède. Cela étant, ces grands vassaux disposent du pouvoir légitime de s’entourer à leur tour de vassaux, en distribuant des fiefs taillés dans leur domaine : une pyramide de vassaux, d’arrière-vassaux et de « vavasseurs » se répartit l’administration de l’ensemble des terres, à l’exception des « alleux », terres libres de toute seigneurie (voir féodalité). Les nobles, définis par la possession d’un fief et par leur activité guerrière, entretiennent par ailleurs une cour dans laquelle les chevaliers, dotés ou non d’un fief, jouent le rôle d’une armée privée. Cet ost doit être mis à la disposition du suzerain lorsque ce dernier part au combat. Les châteaux forts servent ainsi de casernement aux chevaliers qui maintiennent l’autorité seigneuriale sur les sujets, ces derniers, serfs ou libres, constituant la lie de la société (voir système seigneurial). Les seigneurs sont souvent poussés par leurs ambitions à prêter plusieurs serments d’hommage, et les grands vassaux à augmenter le nombre de leurs hommes. Malgré des institutions (comme la ligesse) qui établissent une hiérarchie toute théorique entre les différents hommages, dès le xiie siècle, le pouvoir des grands princes se trouve multiplié au détriment de petits seigneurs, incapables de préserver seuls leur pouvoir local. Ainsi, les châtellenies indépendantes cèdent peu à peu la place à de plus vastes principautés, qui se dotent d’administrations étoffées et d’un cérémonial magnifiant leur puissance.
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