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Moyen ÂgeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Le haut Moyen Âge (du ve au xe siècle) ; Le Moyen Âge triomphant : développement du système féodal ; Le bas Moyen Âge
De la Catalogne à l’Allemagne, l’édification des cathédrales traduit la prospérité des xiiie et xive siècles. Elle mobilise, sur des durées souvent pluriséculaires, des dizaines de milliers d’ouvriers dont le travail est parfois représenté au hasard des frises, des frontons et des corbeaux. Non seulement les cathédrales, mais aussi les monastères, les églises, les basiliques sont réédifiées et remplacées par des constructions de pierre : calcaires blancs en Île-de-France, brique à Albi ou granits et laves dans le Massif central, à Riom ou à Clermont-Ferrand. L’historiographie du xixe siècle distingue l’art roman apparu dès le xie siècle, caractérisé par les pleins et l’utilisation de la voûte soutenue par l’arc en plein cintre, de l’art gothique qui lui succède, caractérisé par les ouvertures et l’utilisation de la voûte à croisées d’ogives. Si cette distinction correspond à un débat théologique qui a opposé en particulier Bernard de Clairvaux à Abélard au xiie siècle, elle ne peut être utilisée comme une grille absolue de classification, car étant donné la lenteur des travaux d’édification, la majorité des bâtiments associe les deux formules. En même temps que les bâtiments religieux, les édifices laïques se multiplient dans les villes et les campagnes : manoirs fortifiés en Bretagne, châteaux forts comme Château-Gaillard en Normandie ou Montségur, fief de la rébellion cathare au début du xiiie siècle. Les beffrois et les hôtels de ville traduisent le prestige des institutions municipales, que les princes associent souvent à leur combat pour le renforcement de leur autorité vassalique. Les institutions de charité se dotent, elles aussi, de bâtiments en pierre : les hôtels-Dieu, à Beaune ou à Paris, témoignent de cet esprit médiéval qui a su glorifier la pauvreté.
Églises, cathédrales, hôtels-Dieu inscrivent dans l’espace le christianisme de la société médiévale. Les représentations valorisent, en ces temps de paix relative, un Christ bénissant, une Vierge Mère préférée à la Vierge des douleurs, un ange souriant pour accueillir les fidèles dans la cathédrale de Reims. La papauté, qui s’efforce de poursuivre la reprise en main du clergé, a une action efficace : la simonie et le nicolaïsme sont dénoncés, le culte et le dogme sont définis fermement par les conciles des xiie et xiiie siècles, en particulier celui du Latran IV (1215) qui fixe les sept sacrements de l’orthodoxie catholique. Le monachisme connaît un nouvel essor : aux ordres issus de la prédication de saint Benoît de Nursie — les bénédictins et les cisterciens, dont les communautés vivent retirées du siècle, parfois dans de véritables déserts (comme les moines de Beaumes-les-Messieurs et Beaumes-les-Dames) — s’ajoutent des ordres mendiants dont les membres sont voués à la prédication urbaine, les franciscains et les dominicains. Les premiers poussent la logique d’un idéal de pauvreté qui les rapproche de Dieu, tandis que les seconds deviennent une arme de combat redoutée, en luttant à partir du xiiie siècle contre les hérétiques avec l’instauration de l’Inquisition. En effet, en dépit des indices nombreux de cette prospérité médiévale qui peut rester inscrite dans la mémoire collective comme un véritable âge d’or, l’Église catholique ne peut préserver son autorité qu’en luttant sur trois fronts. Le premier oppose, depuis le début du Moyen Âge, les chrétientés d’Occident et d’Orient — le christianisme orthodoxe dont Constantinople (antique Byzance, aujourd’hui Istanbul) est la capitale. Les différends à la fois théologiques et politiques entre Rome et Constantinople ne trouvent pas de solution, et leur rupture est consommée par le Grand Schisme d’Orient de 1054. Les tentatives de conciliation restent vaines, Constantinople devenant pour Rome un adversaire absolu au point qu’en 1204 la capitale de l’Empire byzantin est mise à sac par les Vénitiens dans le cadre de la quatrième croisade, initialement lancée contre les musulmans. Le deuxième front est représenté par l’islam, présent sur le pourtour méditerranéen et solidement installé en Espagne, qui suscite le déclenchement des croisades par le pape dès 1095 : il s’agit d’aller libérer la Terre sainte et de reconquérir Jérusalem que les Arabes ont investie depuis le viie siècle. Jusqu’en 1270, huit croisades se sont succédé, entraînant le décès de plusieurs souverains (dont Louis IX, bientôt canonisé), et aboutissant à la création d’éphémères États latins en Orient. Ces croisades n’ont pas eu un grand apport, sinon des souvenirs qui deviennent autant de thèmes littéraires, du Roland furieux de l’Arioste à la Jérusalem délivrée du Tasse, en passant par la geste de Richard Cœur de Lion associée à celle de Robin des Bois. Des croisades sont également lancées dès le xie siècle en Espagne, et la Reconquista (« reconquête ») y progresse sensiblement au xiiie siècle : la grande victoire de Las Navas de Tolosa en 1212 réduit l’emprise musulmane sur la péninsule au seul royaume de Grenade, détruit définitivement en 1492. Le mouvement de conquête de l’Est par les chevaliers Teutoniques, qui imposent leur autorité aux païens et hérétiques germaniques, scandinaves et slaves relève également des croisades. Le troisième front se trouve à l’intérieur même de l’espace catholique : l’Église entend lutter contre les Infidèles (comme les musulmans et juifs de l’Espagne reconquise) et contre les dérives hérétiques dont la plus célèbre est l’hérésie cathare, d’origine orientale. Celle-ci donne lieu à une véritable guerre à laquelle participe le roi de France en personne. L’élimination des cathares, qui se poursuit sur près de trente ans dans la première moitié du xiiie siècle, n’éradique pas les tendances réformatrices ou hérétiques à l’intérieur de l’Église. Elle a, comme les croisades, manifesté avec évidence la nécessité absolue pour Rome de composer avec ceux qui détiennent le contrôle des troupes : les grands princes féodaux.
En Angleterre, en France et dans le Saint Empire romain germanique, les suzerains ont progressivement accru leur pouvoir. Si l’origine divine de celui-ci confirme le caractère chrétien du souverain, elle l’émancipe de la tutelle politique romaine. Ce qui est vrai pour les princes l’est aussi pour les cité-États comme Venise, Florence ou Gênes. Le xiie siècle permet encore au pape de montrer sa puissance lors de la querelle des Investitures qui l’oppose à l’empereur germanique Henri IV. Mais, au xiiie siècle, les princes cessent d’engager leurs forces dans les croisades et d’y participer eux-mêmes. Les papes, dont la puissance temporelle ne repose pas sur une armée efficace, doivent admettre celle des princes au point que la France, avec Philippe IV le Bel et ses successeurs, devient la protectrice de la papauté. Cette dernière s’installe durant le xive siècle dans le Comtat venaissin, et Avignon devient la résidence des papes (voir papauté en Avignon). La soumission du pape au roi de France soulève, au sein même de l’Église, des protestations qui aboutissent au Grand Schisme d’Occident : deux papes se font concurrence, et seul le choix d’un troisième candidat, au cours du concile de Constance (1414-1418), vient à bout de ce dilemme. Cette crise d’une gravité immense s’inscrit dans l’écheveau complexe des tensions de la fin du Moyen Âge.
Les crises politiques et religieuses des xive et xve siècles aggravent une situation que rend déjà tragique la peste noire. L’épidémie apparaît en 1348 et, par vagues successives, cause la disparition d’un tiers de la population européenne. Des résurgences de cette épidémie se manifestent en Europe jusqu’au xviiie siècle. La « Grande Peste » marque profondément la fin du Moyen Âge, et ses répercussions démographiques sont sensibles durant trois siècles en Europe.
De nombreuses guerres marquent les deux derniers siècles du Moyen Âge : dans la péninsule Ibérique, des combats armés se déroulent non seulement contre les musulmans, mais aussi entre les royaumes chrétiens qui s’y sont mis en place (Aragon, Navarre, Castille, Portugal) ; l’Italie est déchirée par les guerres que se livrent les cités ; entre la France et l’Angleterre, le conflit, qui a commencé dès le xiie siècle, connaît, après quelques décennies d’apaisement, un paroxysme séculaire, la guerre de Cent Ans. Ces différents conflits s’interpénètrent : Du Guesclin, héros français de la guerre de Cent Ans, va combattre en Espagne pour le compte du roi Henri de Trastamare ; de même, les Génois interviennent en France. Aux conflits entre les États souverains s’ajoutent des conflits intérieurs. Certains sont créés par les armées qui, en temps de paix, se trouvent sans ressources et soumettent au pillage les régions traversées : les Grandes Compagnies du xive siècle trouvent de dignes héritiers dans les « écorcheurs » du xve siècle. Les troupes officielles ont les plus grandes peines à maîtriser ces bandes armées, entraînées au combat. D’autres conflits opposent des partis briguant le pouvoir royal : en Castille, mais surtout en France (Armagnacs et Bourguignons) et en Angleterre (guerre des Deux-Roses). L’Église est impuissante à tempérer l’ardeur des belligérants. Les protestations successives des papes contre les transformations de la guerre, contre les arbalètes, les coutilliers et l’artillerie naissante n’ont aucun écho. L’art de la guerre a profondément changé : à une « guerre-tournoi » au cours de laquelle combattent des chevaliers dont l’objectif principal est de faire des prisonniers pour en tirer rançon, succède une guerre meurtrière où le quartier a pratiquement disparu. Pour n’avoir pas senti cette évolution, les troupes françaises connaissent des déroutes stratégiques comme à la bataille de Crécy (1346), à la bataille de Poitiers (1356) où le roi lui-même est pris par les Anglais et à la bataille d’Azincourt (1415) — un succès tel pour les Anglais qu’il est élevé par Shakespeare au rang de moment fondateur de la puissance anglaise. Le système du mercenariat, avec embauche de troupes professionnelles de soldats par des capitaines signant contrat avec les princes, s’étend dans toute l’Europe au détriment du vieil ost féodal (voir condottieri ; mercenaires).
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