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Moyen ÂgeArticle
Plan de l'article
Présentation ; Le haut Moyen Âge (du ve au xe siècle) ; Le Moyen Âge triomphant : développement du système féodal ; Le bas Moyen Âge
Les représentations de ces siècles noirs font une large place à une culture morbide. Les danses macabres, où une Mort squelettique armée de sa faux entraîne princes, reines, paysans et prélats dans un ballet dément, viennent orner les églises de toute la chrétienté par des fresques ou des tableaux. Les statues des monuments funéraires montrent, au lieu d’un paisible gisant, un cadavre en putréfaction. L’art de Jérôme Bosch se nourrit des peurs des hommes face à la mort omniprésente. Les représentations religieuses changent aussi : les figures du Christ décharné, crucifié, souffrant, se multiplient, de même que celles d’une Vierge éplorée après la descente de la Croix. La Pietà a remplacé la lumineuse image de la Nativité. L’idée d’une apocalypse s’est répandue à la faveur d’accidents symboliques, comme l’effondrement du toit de la cathédrale d’Amiens. Elle entraîne des pratiques religieuses nouvelles comme celle des flagellants, une recrudescence des pratiques hérétiques et une contestation très forte de l’Église catholique, tels la révolte hussite en Bohême et le mouvement vaudois dans la France du sud-est. Cette période exceptionnellement sombre dans l’histoire de l’Europe est encore noircie par le contraste qui l’oppose, d’une part, à l’apaisement vécu aux xie et xiiie siècles et, d’autre part, à la Renaissance. Elle donne à tout le Moyen Âge une sinistre lumière.
Au milieu des crises des xive-xve siècles se constituent à la fois des théories et des entités politiques dans lesquelles la Renaissance va se structurer. Ainsi, au cœur même de la guerre de Cent Ans, les règnes de Charles V et Charles VII permettent un renforcement décisif de l’autorité du roi sur les princes et sur l’Église du royaume. Le domaine royal incorpore les terres prises aux vassaux rebelles, dont les ducs de Bourgogne (de Jean sans Peur à Charles le Téméraire) finalement vaincus par Louis XI en 1477. Les grands doivent admettre qu’ils sont avant tout des vassaux au service du roi. Les rois développent une administration judiciaire et fiscale, qui remplace celles qu’ont dominées jusqu’alors les seigneurs. Ceux-ci se trouvent peu à peu dépossédés d’une partie croissante de leurs pouvoirs : à cet effet, le royaume anglais fait figure de précurseur ; à la fin du xve siècle, de la France à l’Espagne unifiée (par le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon), cette tendance est également confirmée. Les parlements, les baillis, les sénéchaux, les alcades, les sheriffs représentent, jusque dans les zones les plus enclavées, la toute-puissance des rois. À l’échelle du pays, des parlements souvent issus des anciennes curiae regis sont investis des fonctions judiciaires des rois. La propagande vient à l’appui de ce travail essentiel de conquête de la souveraineté : les voyages royaux, les entrées des rois dans les villes, les cérémonies des sacres et des funérailles deviennent autant de moyens de glorifier la monarchie incarnée : la thèse selon laquelle « le roi ne meurt jamais » est développée à l’envi par tous les monarques d’Europe. La réflexion politique connaît, de Bologne à Londres, un apogée durant ces périodes. Inspirés entre autres par les écrits de Jean de Salisbury (xiie siècle), les théoriciens du politique, souvent appointés par les princes eux-mêmes, donnent à chaque État des origines à la fois religieuses et philosophiques, qui en font des entités propres. En France, Jean de Terrevermeille ou Christine de Pisan à la fin du xive siècle sont deux représentants de ces philosophes politiques dans les œuvres desquels vont inlassablement puiser les théoriciens de la monarchie jusqu’au xviiie siècle. Même s’il conserve une importance non négligeable, le christianisme a perdu sa souveraineté dans ces nouveaux États. Ainsi, par un acte unilatéral, la pragmatique sanction de Bourges (1438), le roi de France Charles VII peut-il organiser l’Église de son pays sans l’aval du pape.
Deux siècles de malheurs que la religion s’est révélée impuissante à soulager ont plongé les chrétiens dans une profonde crise de conscience, entraînant la perte de l’hégémonie du christianisme. Cette évolution puise également ses sources dans l’ouverture du monde aux entreprises de voyageurs hardis qui, de Marco Polo à Christophe Colomb, en repoussent les limites. En outre, l’accélération des échanges commerciaux, le développement d’une activité financière de plus en plus élaborée pour satisfaire les besoins des États ne peut plus se faire dans le cadre d’une moralité assimilant le travail à une punition divine et les manipulations monétaires à un péché capital. L’Église catholique s’adapte donc, admettant la possibilité des prêts à intérêts en échange de compensations parfois cocasses, comme ce compte ouvert à « notre seigneur » par le banquier Fugger au début du xvie siècle. Elle fait même montre d’un certain talent dans son adaptation : ses services spécifiques sont monnayés et les excès des ventes d’indulgences, qui assurent des rémissions de purgatoire aux acquéreurs, entraînent la protestation des prélats puristes. C’est de ces abus que germe la Réforme protestante. De ces remises en question des visions du monde qu’a imposées l’Église depuis les débuts du Moyen Âge vont naître de nouvelles réflexions. Dès le xve siècle apparaissent en Italie, en Allemagne, en France, des formules artistiques récupérant les influences orientales et celles de l’Antiquité romaine ; les peintres découvrent les règles de la perspective, les architectes retrouvent les enseignements de Vitruve. L’Église cesse d’être le premier des clients pour les artistes : les princes se font mécènes et manieurs d’argent, à l’exemple de Jacques Cœur à Bourges ou des Médicis à Florence. La question de l’automne du Moyen Âge a été posée par beaucoup de médiévistes depuis les années 1960-1970, dans la lignée des français Georges Duby, Bernard Guenée ou Michel Mollat. Les larmes du sultan Boabdil devant l’incendie de Grenade dont il était chassé, tout comme l’étonnement de Christophe Colomb devant ces « Indiens » inattendus enfin atteints, ne constituent que des repères d’un découpage chronologique postérieur entre les temps « médiévaux » et les temps « modernes ». Les traces du Moyen Âge européen se retrouvent dans les permanences de particularismes géopolitiques et dans l’héritage des pratiques religieuses et culturelles.
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