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fer, âge duArticle
Plan de l'article
L’implantation traditionnelle de villages fortifiés sur des sites perchés ou naturellement défendus s’est poursuivie. Le village de Biskupin, en Pologne, au sud de la Vistule, a ainsi été édifié vers 700 av. J.-C. sur une péninsule. La montée des eaux a ensuite noyé le village. Les vestiges en bois — murs des maisons, pavement des rues, poutres maintenant la terre et les pierres du rempart — immergés dans une tourbière gorgée d’eau ont été parfaitement conservés. Le village est étonnant par la régularité de son plan, cent maisons en enfilade sur treize rangées, et l’exacte similitude des habitations, toutes de mêmes dimensions, formées d’un vestibule ouvrant sur une pièce, où se trouvaient un foyer sur la droite et une litière sur la gauche, le tout surmonté d’un étage. L'économie alliait l'élevage des bovins, des porcins, des chevaux, et la culture du blé, de l'orge, des pois et des haricots. Au cours de fouilles systématiques entreprises avant la Seconde Guerre mondiale, six millions d’objets, en bois, en os, en tissu, en céramique et en métal, y ont été découverts, ainsi des perles d'ambre de la Baltique et même des perles en pâtes de verre d'origine égyptienne. Cinq autres sites semblables sont répertoriés dans les environs. Ces communautés regroupaient plus d’un millier de personnes, des paysans exploitant largement leur milieu (eau et forêt). L’artisanat était domestique. Les objets de bronze étaient fabriqués au village, mais pas ceux en fer, peut-être importés ou réalisés à l’extérieur de la fortification, à proximité de la forêt, source de combustible. Dans les sites non fortifiés, une palissade entourait parfois certains bâtiments, considérés alors comme la maison du chef. Les maisons étaient construites en bois et torchis, en briques crues ou en pisé sur murets de pierre, dans les zones méridionales, avec un toit de joncs ou de chaume. Radiers, sablières basses, pilotis, poteaux sur semelles évitaient leur effondrement. Les bâtiments d’Antran, dans la Vienne, et de Verberie, dans l’Oise, exceptionnels par leurs grandes dimensions — 46 m sur 17 m, pour le premier, et 22 m sur 12,50 m, pour le second — et par leur plan — angles arrondis, des poteaux en petit nombre mais gigantesques — sont interprétés comme des édifices collectifs. Au Ier siècle av. J.-C., les oppida, villes fortifiées sur les hauteurs, sont édifiés en grand nombre pour faire face au danger romain. L’oppidum de Bibracte, la capitale des Éduens aux IIe et Ier siècles av. J.-C., sur le mont Beuvray, dans le Morvan, était ceinturé d’un rempart enserrant plusieurs sommets et des sources captées et canalisées. La fortification, sur 20 m de large, se composait d’un fossé, d’une escarpe et d’un murus gallicus de 4 m de haut, et était percée de portes massives en retrait du rempart. Un réseau routier la reliait aux agglomérations voisines. Sur 200 ha s’étendaient un centre cultuel, des quartiers résidentiels, où l’influence romaine est notable dans le plan des maisons, les matériaux et la décoration, et des quartiers artisanaux, animés par des rues bien tracées. Les oppida ont progressivement été abandonnés après la conquête au profit des villes construites par les Romains dans les plaines. Tous les animaux domestiques, chevaux et chiens compris, étaient consommés, à l’âge adulte, le plus souvent après avoir été intensément mis à profit pour tous les travaux possibles. Les paysans cultivaient des céréales, des légumineuses, des plantes oléagineuses, des choux et des carottes. Des réserves étaient stockées, à l’abri des animaux, dans des silos ou des greniers sur pilotis. La viande de porc, salée, fumée (la charcuterie), était une spécialité gauloise. Les ressources naturelles (cueillette des châtaignes, collecte des coquillages en bord de mer) composaient une partie de l’alimentation. L’artisanat (travail du bois, vannerie, orfèvrerie, tissage, verrerie) était très développé et de haute qualité. Les vêtements à rayures et à carreaux multicolores des Gaulois étonnèrent les Romains, habitués aux unis écrus ou pourpres. Hommes et femmes portaient des parures variées, la plus fréquente étant le bracelet, en matériaux divers, et la plus prestigieuse, le torque, collier circulaire rigide en métal précieux. À l’âge du fer se mettent en place de nouveaux systèmes sociopolitiques diversifiés. Des magistratures républicaines, mais parfois aussi des dictatures militaires, supplantent les monarchies méditerranéennes. Au second âge du fer se forment les communautés celtiques indépendantes, les peuples gaulois. La monnaie, apparue en Grèce vers 600 av. J.-C., est introduite en Europe occidentale par les mercenaires celtes vers 350 av. J.-C. Les premières monnaies gauloises sont frappées à la fin du IIe siècle av. J.-C.
Les monuments funéraires de l'âge du fer ont fourni la majeure partie des objets concernant cette période. La tombe du prince de Hochdorf, en Allemagne, découverte intacte en 1978, a révélé le faste des funérailles princières. Un gigantesque tumulus, de 60 m de diamètre et de 10 m de haut à l’origine, recouvrait une chambre funéraire de bois tapissée de tentures. Vêtu de riches étoffes, de soie de Chine notamment, et de somptueux bijoux d’or, ce prince mort à quarante ans, entre 540 et 520 av. J.-C., reposait sur une banquette à roulettes en bronze, avec son épée, son carquois et son nécessaire de toilette. La chambre enfermait aussi son char d’apparat, couvert d’armes de fer, de pièces de harnachement et de vaisselle de bronze, des cornes à boire et un énorme chaudron grec en bronze, d’une contenance de 500 litres qui avait servi à préparer la boisson des funérailles, sorte d’hydromel parfumé aux plantes de montagne. Ces tombes princières, les « tombes à char », signalées par une stèle ou une effigie, sont souvent entourées de sépultures postérieures, plus ou moins riches, dont on pense qu’elles sont celles des proches du mort, ses parents et sa suite. Au second âge du fer, les chars d’apparat à quatre roues disparaissent au profit de chars de guerre à deux roues. Bâtis sur le même modèle — tumulus sur chambre de bois — les kourganes, tombes des peuples nomades des steppes, des Scythes entre autres, ont livré des vestiges rares et impressionnants : tissus précieux, tentures de feutre ornées de motifs cousus, objets de cuir et de bois, vêtements de fourrure, et des corps momifiés tatoués d’animaux réels ou imaginaires et de motifs abstraits caractéristiques de l’art des steppes. Les matières organiques s’y sont, en effet, exceptionnellement conservées, car ces tombes, comme celles de Pazyryk dans l’Altaï sibérien, creusées dans le permafrost, sont restées prises dans la glace pendant plus de deux millénaires. Plusieurs chevaux avec leur harnachement ont été inhumés à côté des kourganes. Une des tombes de Pazyryk contenait un grand char à quatre roues, auquel étaient attelés quatre chevaux, avec un toit en feutre orné de quatre cygnes de feutre rembourrés d’herbes. Inhumation et incinération ont également été pratiquées à l’âge du fer. Les os brûlés étaient déposés dans une fosse à même la terre ou dans une urne. Le mort est accompagné de ses objets personnels et de récipients ayant contenu de la nourriture, reste d’un banquet funéraire, offrande aux dieux ou nourriture pour le voyage vers l’au-delà. En Italie, le passage de l’incinération à l’inhumation au VIIIe siècle av. J.-C. marque la fin de la culture villanovienne (de Villanova, un faubourg de Bologne) et l’émergence de la culture étrusque.
Le sanctuaire de l’âge du fer en Europe occidentale était un espace clos ouvrant à l’est — direction du soleil levant — par une porte monumentale ornée d’armes, d’éléments de chars, de crânes humains et bovins. À l’intérieur se trouvait une fosse ou un puits sacrificiel où l’on déposait les offrandes — animaux domestiques, végétaux, objets divers et souvent précieux — destinées, pense-t-on, à des divinités de la Terre liées à la fertilité et à la mort. Le sanctuaire était parfois architecturé, en bois ou en pierre, en Gaule méridionale, et s’intégrait à un ensemble cultuel plus vaste formé d’enceintes et d’aires multiples. Ceux d’Entremont et de Roquepertuse, dans les Bouches-du-Rhône, sont célèbres pour leurs étonnantes sculptures, notamment des têtes bicéphales, et des statues de guerriers tenant des têtes coupées. Les sanctuaires livrent des traces de rituels macabres : exposition de corps et de crânes humains, charnier humain à Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme. Ces rituels sont liés à des célébrations de combats victorieux ou à des cultes d’ancêtres « héroïsés ». Les corps retrouvés dans les tourbières danoises et anglaises et révélant souvent une mort violente, comme pour l’homme de Tollund étranglé par une corde, seraient des coupables châtiés, ou, plus probablement, des victimes de sacrifices. Les tourbières, les zones marécageuses et les points d’eau constituaient d’importants lieux cultuels.
En Inde, les premiers objets en fer, des armes, sont apparus vers 1100 av. J.-C. en même temps qu’une céramique grise. Le lien entre ces nouveautés et l’arrivée de populations indo-aryennes est contesté. Dans le sud de l’Inde, les morts étaient déposés à l’intérieur de jarres à pieds creux, installées verticalement sous des ensembles mégalithiques. Avant 500 av. J.-C., les outils microlithiques ont peu à peu été remplacés par de l’outillage ferreux. L’exploitation des riches gisements de fer du Bihar a permis l’extension de l’agriculture dans la vallée du Gange et des villes fortifiées sont construites. Au VIe siècle av. J.-C. se forment les premiers royaumes cités dans les textes bouddhiques. La métallurgie du fer, comme celle du bronze, s’est développée de façon autonome en Chine. Elle servait à fabriquer des outils et des instruments agricoles alors que les armes restèrent longtemps en bronze. Des haches de bronze au tranchant de fer météoritique sont datées de la fin de l’époque Shang, ou du début de l’époque Zhou (XIe siècle av. J.-C.), époques où l’écriture existait déjà. Le fer a ensuite été martelé. Vers 500 av. J.-C., les Chinois ont réussi à fondre le fer grâce à la fabrication de fourneaux et de creusets en argile réfractaire. La monnaie est apparue à cette époque. L’usage d’outils en fer a permis d’augmenter fortement la productivité des terres dès le IVe siècle av. J.-C. De nouvelles machines de guerre ont été créées en ces temps belliqueux où le premier empereur de Chine, Shi Huangdi commande la construction de la Grande Muraille et se fait enterrer avec une armée de statues de terre cuite grandeur nature. Sous les Han, les Chinois ont fabriqué empiriquement de l’acier. La fonte a été produite de manière industrielle, de façon bien plus importante qu’elle n’a pu l’être en Europe au Moyen Âge. La métallurgie est nationalisée.
La diversité des techniques de métallurgie du fer en Afrique subsaharienne ainsi que la qualité des gisements ferreux et la dispersion des sites d’apparition du fer laissent penser qu’il existait plusieurs expériences locales. L’hypothèse de la diffusion de la métallurgie du fer à partir de la côte méditerranéenne ou de la vallée du Nil et du Soudan est dépassée car le site de Méroé, dans la haute vallée du Nil, qui avait été donné comme centre de diffusion du fer en direction du sud, est postérieur aux sites métallurgiques les plus anciens découverts dans le reste du continent. Ces productions locales ont commencé avant la fin du IIe millénaire dans le massif de l'Aïr, au Sahara, peut-être à la même époque au Cameroun, et au moins au VIIIe siècle av. J.-C. au Rwanda et au Burundi, dans la région des Grands Lacs. De nombreuses exploitations et de multiples types de fourneaux et bas fourneaux repérés en Afrique occidentale indiquent une grande activité métallurgique. Les métallurgistes africains ont montré une très grande habilité et inventivité. Un acier à haute teneur en carbone a été produit en Tanzanie et au Rwanda dès le Ve siècle av. J.-C. La métallurgie du fer, et, avec elle, la sédentarité, l’agriculture, l’élevage et la poterie se sont diffusés dans la majeure partie de l’Afrique subéquatoriale aux premiers siècles de notre ère, peut-être en liaison avec l’arrivée de populations dites bantoues. La métallurgie du fer en Afrique est liée à la diffusion de l'agriculture en zone forestière par le défrichage des clairières au moyen d'outils en fer, et à l'apparition de la tradition des rois-forgerons fondateurs de royaumes.
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