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Irlande (île)

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Glendalough (monts Wicklow, Irlande)Glendalough (monts Wicklow, Irlande)
Plan de l'article
3.2. 3

Les statuts de Kilkenny de 1366

Les descendants des colons anglo-normands les plus puissants d'Irlande s'identifient progressivement aux Gaëls, dont ils adoptent la langue, les coutumes et les lois. En réaction, le Parlement anglo-normand adopte, en 1366, les statuts de Kilkenny : contraignant Anglais et Irlandais à vivre séparément et interdisant les lois et coutumes irlandaises dans le « Pale » (région côtière entre Dublin et Dundalk sous autorité anglaise), les statuts prévoient l'excommunication et de lourdes peines pour tout sujet suivant les coutumes des Gaëls ou s'alliant à eux. Toutefois, les humiliants statuts ne sont pas appliqués jusqu'à la fin du XIVe siècle en dépit de l’intervention armée de Richard II d'Angleterre (roi de 1377 à 1399). Le pouvoir et l'influence des Gaëls se sont considérablement accrus à l'époque de la guerre des Deux-Roses qui oppose en Angleterre la maison d'York et celle de Lancastre (1455-1485) : ainsi, alors que l'Irlande soutient la maison d'York, l'autorité de la couronne d'Angleterre se limite à la région côtière du « Pale » anglais.

3.3

La main mise anglaise

3.3. 1

L’autoritarisme des Anglais

3.3.1. 1
La loi de Poynings de 1494

La participation de l'aristocratie anglo-normande du « Pale » dans la guerre des Deux-Roses a considérablement affaibli la domination anglaise en Irlande. Quand Henri VII Tudor devient roi d'Angleterre en 1485, il nomme vice-roi d'Irlande Gerald Fitzgerald, huitième comte de Kildare — bien que Kildare soutienne les York. Mais effectivement, Kildare aide si ouvertement les prétendants York que le roi le remplace en 1494 par le militaire et diplomate anglais sir Edward Poynings. Représentant exclusivement les intérêts anglais, il convoque immédiatement le Parlement de Drogheda, qui adopte des lois assurant la défense de la zone côtière du « Pale » et la réduction du pouvoir des seigneurs anglo-irlandais. Il est désormais interdit aux nobles d'opprimer leurs vassaux, de commettre des exactions contre les fermiers ou de constituer une armée avec leurs serviteurs. Edward Poynings fait également confirmer les status de Kilkenny de 1366. Toutes les charges d'État, y compris celle de juge, sont affectées par le roi d'Angleterre, au détriment du vice-roi, et la législation anglaise devient officielle au « Pale ». La plus importante des lois est la loi dite de Poynings (1494), qui assujettit le Parlement irlandais à la couronne anglaise, en soumettant tout projet de loi à l'assentiment royal, avant qu'il ne soit adopté par le Parlement — la loi de Poynings régit les relations entre l’Angleterre et l’Irlande pratiquement jusqu’à l’Acte d’union de 1800.

3.3.1. 2
L’acquisition par le souverain anglais du titre de roi d’Irlande

Henri VII rétablit finalement Kildare, le plus puissant des aristocrates irlandais, comme vice-roi. Sous le gouvernement de ce dernier, le « Pale » s'agrandit et prospère. Mais sa famille, les Fitzgerald ou Geraldine, se rebelle sous le règne d'Henri VIII (1509-1547) ; il est battu et sa puissance détruite. Lorsque Henri VIII, après la promulgation de l’Acte de suprématie en 1534, tente d'introduire la Réforme en Irlande en 1537, la dissolution des monastères commence. Elle s'achève quelque temps plus tard par la destruction des reliques et des statues religieuses. Les chefs gaëls se réconcilient grâce à un partage des dépouilles et reçoivent des titres anglais, leurs terres leur étant rétrocédées sous le régime foncier anglais. Les Irlandais restent régis par leurs propres lois. Une commission anglaise tient des sessions dans toute l'île, mais le droit irlandais est respecté et le pays demeure en paix. Au Parlement de 1541, où sont pour la première fois présents chefs gaëls et seigneurs du Pale, le titre d'Henri seigneur d'Irlande, conféré par le pape, est remplacé par celui de roi d'Irlande.

3.3.1. 3
La division religieuse

Les évolutions religieuses sous les règnes de l’anglican Édouard VI (1547-1553), notamment l’abolition de la messe, accroissent l’hostilité des Irlandais. Son successeur au trône d’Angleterre, Marie Ire Tudor (1553-1558), est de confession catholique. Néanmoins, elle est à l'origine de la colonisation de l'Irlande par les Anglais. La population irlandaise des comtés rebaptisés de Kings et Queens (respectivement les actuels Offaly et Laois) est chassée et les terres données à des colons anglais. La reine Élisabeth Ire (1558-1603) suit d'abord la politique de son père Édouard visant à réconcilier les chefs irlandais, mais la rébellion du chef de l'Ulster, Shane O'Neill, l'incite à adopter des mesures plus strictes ; une loi est promulguée, divisant toute l'Irlande en comtés, et les officiers de justice sont investis de pouvoirs militaires, dont ils usent de façon arbitraire. Les guerres de religion de la reine Élisabeth sont accompagnées par les rébellions des catholiques irlandais. Seizième comte de Desmond et membre de la grande maison des Geraldine, James Fitzgerald, qui gouverne la plus grande partie du Munster, est vaincu après une longue lutte. Le militaire irlandais Hugh O'Neill, troisième baron de Dungannon et deuxième comte de Tyrone, anéantit une armée anglaise sur la rivière Blackwater et bat aussi Robert Devereux, deuxième comte d'Essex, envoyé par Élisabeth. Aux environs de 1603, cependant, O'Neill est contraint de se soumettre aux Anglais. Pendant cette guerre, les plus grandes cruautés et perfidies sont commises dans les deux camps. Afin de détruire la résistance irlandaise, les Anglais dévastent les villages, les récoltes et le bétail, massacrant la population. La plus grande partie du Munster et de l'Ulster est ravagée, et beaucoup d'habitants meurent de faim.

Sous Élisabeth et Jacques Ier Stuart, le pouvoir de l'Église d'État anglicane est étendu à l'Irlande. L'Église d'Angleterre obtient tout ce qui appartient à l'Église du Pale (Dublin et sa région) et reçoit aussi les établissements appartenant à l'Église celtique. Une ancienne inimitié existe entre ces deux Églises irlandaises. L'Église du Pale est affectée par la Réforme, alors que l'Église celte confirme ses attaches catholiques romaines. La quasi-totalité de la population celtique d'Irlande et la majorité des habitants du Pale restent catholiques, et l'Église anglicane sert d'instrument politique aux dirigeants anglais du château de Dublin.

3.3. 2

L’anglicisation et la colonisation

Durant le règne de Jacques Ier Stuart (1603-1625), le droit anglais est proclamé seul droit du pays. Privés de leur indépendance, le comte de Tyrone et Rory O'Donnell, premier comte de Tyrconnel, ainsi que quelque cent autres chefs gaëls, s'enfuient en 1607 pour Rome. Les terres de six comtés de l'Ulster septentrional sont confisquées et attribuées à des colons venus de Grande-Bretagne. Les derniers vestiges de l'indépendance du Parlement irlandais sont détruits par la création de quarante circonscriptions à partir de petits hameaux, une manœuvre politique qui assure la majorité à la couronne anglaise.

Le gouvernement austère et ferme de Thomas Wentworth, premier comte de Strafford et vice-roi de Charles Ier, assure l'ordre et la prospérité en Irlande. En équilibrant le nombre de catholiques et de protestants au Parlement et en tenant la précédente promesse de tolérance, il parvient à obtenir des fonds abondants pour le roi dans son conflit avec le Parlement anglais. Les Gaëls, dépossédés de leurs terres en Ulster et ailleurs, profitent de la situation en Angleterre pour reconquérir leurs biens.

Sous le commandement du chef gaël Rory O'More, une conspiration est fomentée en 1641 afin de prendre Dublin et chasser les Anglais. Les Irlandais parviennent à expulser les colons anglais hors de l'Ulster. Des chroniqueurs anglais estiment à 30 000 le nombre de personnes tuées par les Irlandais — chiffre sans doute exagéré ; les Écossais d'Ulster ont, en règle générale, été épargnés. Les insurgés sont bientôt rejoints par les seigneurs catholiques du Pale ; ensemble, ils choisissent un conseil suprême pour gouverner l'Irlande. Charles Ier (1625-1649) envoie Édouard Somerset, comte de Glamorgan, traiter avec eux ; ce dernier va jusqu'à leur promettre la prédominance de l'Église catholique romaine en Irlande en récompense de leur assistance à Charles Ier. En 1647, l'alliance entre les seigneurs du Pale, qui ne désirent rien d'autre que de pratiquer leur religion en paix, et les Gaëls, qui espèrent la restauration de l'ancien système foncier, prend fin. En 1648, l'homme d'État et militaire irlandais James Butler, douzième comte d'Ormonde, revient en tant que vice-roi de Charles Ier et s'allie aux seigneurs catholiques, gagnant ainsi l'Irlande à la cause royaliste.

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