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Irlande (île)

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Glendalough (monts Wicklow, Irlande)Glendalough (monts Wicklow, Irlande)
Plan de l'article
3.3.2. 1
Les massacres de Drogheda et de Wexford

En 1649, le militaire et homme politique anglais Oliver Cromwell débarque à Dublin, que les seigneurs catholiques ne sont pas parvenus à prendre. Se considérant comme les vengeurs protestants du soulèvement de 1641, 10 000 soldats prennent d'assaut Drogheda et passent sa garnison de 2 000 hommes par les armes. L'attaque de Wexford a un résultat similaire. Les successeurs de Cromwell, les militaires et régicides anglais Henry Ireton et Edmund Ludlow, gagnent la guerre. Une grande partie des meilleures terres du Munster, du Leinster et de l'Ulster est confisquée et distribuée aux soldats de l'armée parlementaire. Les propriétaires catholiques et royalistes sont bannis dans le Connacht. Une partie des terres confisquées à cette époque est restituée sous le règne de Charles II (1660-1685), mais au moins les quatre cinquièmes des terres d'Irlande restent entre les mains des protestants. La vice-royauté d'Ormonde, tout en maintenant la domination protestante, fait beaucoup pour restaurer l'ordre et promouvoir l'industrie.

Le roi Jacques II (1685-1688), cependant, inverse la politique de Charles II. Avec son vice-roi en Irlande, Richard Talbot, duc de Tyrconnell, les catholiques ont accès à des charges administratives et prennent le contrôle de la milice qu'Ormonde a préalablement organisée. En conséquence, la totalité de la population catholique se range du côté de Jacques II dans ce qu'on appelle la « Glorieuse Révolution » de 1688. Ainsi, en 1689, lorsque Jacques II débarque à Dublin avec des officiers français, il reçoit l’aide d’une armée irlandaise. Les colons protestants sont chassés de leurs foyers et trouvent refuge dans les villes d'Enniskillen et de Londonderry, que Jacques II tente de prendre. L'absence d'artillerie l'en empêche, et la ville est libérée par la mer. La session parlementaire de 1689 restitue toutes les terres confisquées aux catholiques depuis 1641 et promulgue un décret de confiscation des biens des partisans du roi Guillaume III d'Orange-Nassau. En 1690, Guillaume III débarque en Irlande avec une armée protestante et, le 1er juillet, il bat les forces irlandaises à la bataille de la Boyne. Il ne parvient toutefois pas à prendre la ville de Limerick. Une brillante tactique du patriote irlandais Patrick Sarsfield détruit l'artillerie de Guillaume III, qui est forcé de battre en retraite. En 1691, les généraux de ce dernier écrasent l'armée irlandaise devant la ville d'Aughrim, et Limerick doit capituler. Au terme du traité de Limerick (1691), les catholiques obtiennent une certaine liberté religieuse et les terres qu’ils possédaient sous Charles II leur sont restituées.

3.3.2. 2
Les lois pénales envers les catholiques

Par la suite, le Parlement d'Angleterre oblige Guillaume III à rompre les clauses du traité de Limerick sur la restitution des terres ; de son côté, le Parlement d'Irlande viole les termes accordant la tolérance religieuse, en promulguant les lois pénales à l'encontre des catholiques (1702-1705). Les lois leur interdisent tout emploi public, d’aller à la messe, d’acheter ou d’hériter de terres. L’oppression est aussi économique : l’Irlande n’ayant qu’un statut colonial, elle ne doit pas concurrencer l’Angleterre, et des mesures sont prises pour limiter les importations anglaises de bétail et de produits textiles en provenance d’Irlande. Le commerce et les industries irlandais sont ainsi délibérément brisés par les Anglais. Déjà, par les lois de 1665 et de 1680, l'exportation du bétail, du lait, du beurre et du fromage vers l'Angleterre a été interdite. Le commerce des laines a également été ruiné par une loi promulguée en 1699, interdisant toute exportation des laines d'Irlande. En conséquence, de nombreux Irlandais émigrent : les catholiques vers l'Espagne et la France, les protestants vers l'Amérique.

La guerre de l'Indépendance américaine (1776-1783) suscite beaucoup de sympathie en Ulster, en particulier chez les presbytériens qui, écartés des fonctions officielles, souhaitent une émancipation générale, y compris des catholiques. En 1778, le Parlement irlandais vote le Relief Act (décret de délivrance), supprimant certaines des lois les plus oppressives. Pendant ce temps, les protestants irlandais, sous prétexte de défendre le pays contre les Français, qui se sont alliés aux Américains, ont formé des associations de volontaires militaires, fortes de 80 000 membres. Ainsi soutenus, ils demandent l'indépendance législative pour l'Irlande, et, sur l’initiative de l'homme politique britannique Charles Jacques Fox, le Parlement britannique abroge la loi Poynings et une grande partie de la législation anticatholique. Le Parlement irlandais est toutefois composé entièrement de protestants de l'Église officielle, qui refusent d'étendre le droit de vote aux catholiques.

Les principes de la Révolution française trouvent un puissant écho en Irlande au sein de la Société des Irlandais unis, qui organise une rébellion en 1798. Les paysans se soulèvent à Wexford et, quoique insuffisamment armés, combattent avec bravoure. Dublin est en danger, mais les insurgés sont défaits par les forces régulières à Vinegar Hill. Une force française de 1 100 hommes débarque dans la baie de Killala, mais arrive trop tard pour apporter une assistance efficace.

3.4

L’Acte d’union de 1800 et ses conséquences

3.4. 1

La difficile création du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande

Le Premier ministre britannique William Pitt, dit le Second Pitt, estime que l'union législative du Royaume-Uni et de l'Irlande ainsi que l'émancipation des catholiques sont le seul remède à la rébellion catholique et à la tyrannie protestante en Irlande. Par sa prodigalité et ses promesses de protection, il incite le Parlement irlandais à voter l'Acte d'union en 1800 et, le 1er janvier 1801, l'union est proclamée. Mais, en raison de l'opposition de George III (roi de 1760 à 1820), Pitt ne parvient pas à tenir sa promesse d'émancipation pour les catholiques.

L'histoire de l'Irlande après l'Acte d’union est principalement marquée par la lutte pour la liberté civique et religieuse irlandaise, et pour l'autonomie. À peine l'union a-t-elle été établie que le mécontentement en Irlande donne lieu à un soulèvement armé, le 23 juillet 1803, sous la direction du patriote irlandais Robert Emmet. Ce soulèvement est facilement réprimé et pendant un temps aucune révolte armée ne se produit. En 1823, Daniel O’Connell fonde l'Association catholique, qui réclame et finalement obtient l'émancipation complète des catholiques en Irlande. En 1828, les catholiques sont autorisés à tenir des offices religieux et, en 1829, ils obtiennent le droit de siéger au Parlement. La lutte porte alors sur les dîmes, que tous les Irlandais, catholiques inclus, sont contraints de payer pour l'entretien de l'Église anglicane en Irlande. De nombreuses cruautés sont perpétrées dans les deux camps pendant la guerre dite des dîmes (Tithe War), qui est associée à une demande répétée de l'abrogation de l'Acte d'union. Différentes sociétés sont constituées pour poursuivre le mouvement, et un désordre considérable s'ensuit, entretenu par la Société dite du Ruban (Ribbon Society).

La réforme du Parlement britannique en 1832 augmente le nombre de membres irlandais de 100 à 105. En outre, elle donne à la « classe moyenne » davantage de pouvoir, affaiblissant l'aristocratie pro-anglaise. En 1838 une loi est promulguée, convertissant les dîmes en charges fermières, payées par les propriétaires ; l'agitation liée à l'Église anglicane s'apaise alors pendant un temps.

3.4. 2

La grande famine

De 1846 à 1848, l'Irlande souffre d'une grande famine imputable aux désastreuses récoltes de pommes de terre. Une fois encore, un grand nombre d'Irlandais émigrent, en particulier vers l'Amérique ; on a estimé que, à la fin de 1848, en raison de l'émigration et des décès dus à la famine, la population d'Irlande a diminué de plus de 2 millions d'habitants.

3.4. 3

L’émergence d’organisations révolutionnaires

Dans les trente-cinq dernières années du XIXe siècle, de nombreuses réformes ecclésiastiques et agraires sont menées dans le pays. L'agitation pour le Home Rule (autonomie), cependant, prend une place majeure dans la politique irlandaise. Cette cause trouve un champion charismatique en la personne du nationaliste Charles Stewart Parnell. À cette époque également, de nombreuses sociétés secrètes fomentent l'avènement d'une république irlandaise. Dès 1867, les membres les plus radicaux de ces sociétés, s'appelant eux-mêmes les Invincibles, ont commencé une rébellion avortée dans les comtés de Dublin et de Kerry. En 1886, les mêmes révolutionnaires sont responsables du meurtre du ministre britannique chargé de l'Irlande, lord Frederick Charles Cavendish, et du secrétaire d'État, Thomas Henry Burke, en protestation contre le Coercion Act (loi de coercition) de 1881, donnant au lord lieutenant d'Irlande le pouvoir d'arrêter toute personne simplement soupçonnée de trahison, d'intimidation ou autres. Le Crimes Act (loi sur la criminalité), qui est votée peu après le double meurtre, rend les dispositions du Coercion Act plus rigoureuses.

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