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constituante, Assemblée nationaleArticle
Plan de l'article
Présentation ; Origines de la Constituante ; Les principales mesures de la Constituante ; La Constituante face à la tourmente : contestation et contre-révolution ; Le legs de la Constituante
L’hostilité des anciens privilégiés se manifeste par la violence et la menace : tentatives d’intimidation de juin 1789 ; conspiration du marquis de Favras en janvier 1790 ; rassemblement du camp de Jalès le 18 août ; conspiration des « chevaliers du poignard » en février 1791 ; manifeste de Pillnitz du 27 août 1791 qui montre la solidarité entre les princes européens et les revendications des anciens privilégiés. Ceux-ci ont en effet rejoint la masse des émigrés, l’émigration étant le second visage de leur hostilité. Elle commence dès l’été 1789 : non seulement les plus ardents des défenseurs de la tradition comme « Mirabeau-Tonneau », le frère du tribun du tiers état, mais bientôt l’entourage le plus familier du roi, ses deux frères, « mesdames », ses tantes, quittent la France. Milan, Londres et Coblence accueillent par milliers les nobles et, à partir de 1791, les prélats réfractaires. Le roi lui-même, à partir du moment où les journées d’octobre 1789 l’ont contraint à quitter Versailles pour s’installer au palais des Tuileries, envisage de quitter le territoire, encouragé en cela par son épouse Marie-Antoinette. L’affaire de Saint-Cloud, le 18 avril 1791, le décide à tenter l’évasion. La fuite à Varennes et le retour (20-26 juin), « miracle d’imprudence » selon l’historien Jules Michelet, contribue largement à discréditer définitivement, non seulement le « Gros Louis », mais la monarchie elle-même aux yeux de l’opinion publique. La Constituante elle-même y perd beaucoup en crédibilité, en adoptant la version officielle de « l’enlèvement » du roi pour éviter de voir s’effondrer la construction politique entreprise depuis 1789. La contre-révolution se dote enfin d’armes de propagande efficaces avec, en particulier, une presse active bénéficiant souvent de rédacteurs remarquables, comme l’Abbé Royou (l’Ami du Roi) ou le comte de Rivarol (les Actes des Apôtres). Une idéologie contre-révolutionnaire se constitue très vite autour des Reflections on the French Revolution d’Edmund Burke publiées en novembre 1790, mais surtout autour des travaux de Ferrand (Tableau de la France en 1790) et de l’Abbé Barruel qui, dès la fin de 1789, a publié le Patriote véridique, ou discours sur les vraies causes de la Révolution actuelle. Sont mis en cause les dysfonctionnements d’un système valable, la monarchie absolue ; le complot ourdi par les francs-maçons, libres-penseurs et autres protestants qui ont gangrené la société française par la pernicieuse idéologie des Lumières ; la vengeance divine, enfin, la Révolution et ses flots de sang étant le signe providentiel du courroux céleste.
Le deuxième adversaire contre lequel la Constituante a dû lutter, c’est le peuple lui-même. Celui des villes qui a pris la Bastille et sauvé les constituants, mais qui s’est organisé en clubs comme les Jacobins ou les Cordeliers dès 1790 et a émis, sous l’impulsion de dirigeants « démagogues » (Georges Danton, Jean-Paul Marat, Camille Desmoulins, Jacques Hébert), de vigoureuses revendications comme le droit de vote, le contrôle du commerce des grains ; un peuple armé, à Paris spécialement où les districts « patriotes » savent se mobiliser avec suffisamment d’efficacité pour contraindre la famille royale et, avec elle, la Cour et l’Assemblée, à rejoindre la capitale les 5 et 6 octobre 1789. Un peuple tenu sans cesse en éveil par la presse : les Révolutions de France et de Brabant de Camille Desmoulins, l’Orateur du peuple de Louis Stanislas Fréron, l’Ami du peuple de Marat, qui appellent sans cesse à la surveillance patriotique pour empêcher la réussite du complot révolutionnaire. La loi martiale, le 21 octobre 1789, qui restreint les possibilités de réunion, et des opérations de police contre les chefs « patriotes » s’avèrent impuissantes face à la montée de l’opposition révolutionnaire radicale. La rupture est sanglante : après la fuite à Varennes, le républicanisme a progressé et une pétition réclamant l’abolition de la royauté est portée sur l’autel du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, trois jours après la deuxième fête de la Fédération. Sur un ordre du maire de Paris, Jean Sylvain Bailly, la Garde nationale commandée par La Fayette, le « héros des deux mondes », tire sur la foule pacifique, laissant une cinquantaine de cadavres au pied de l’autel de la Patrie (voir fusillade du Champ-de-Mars). Danton doit fuir, Desmoulins et Marat sont traqués ; l’amnistie intervient finalement en septembre. Le nouveau régime débute également dans l’hostilité du peuple des campagnes. Ces dernières se sont soulevées, dès la seconde quinzaine de juillet 1789, pour courir « sus aux châteaux » à la suite de la Grande Peur ; leur pression est l’une des causes immédiates de la nuit du 4 août. Mais le rachat des droits féodaux indirects laisse aux paysans un goût amer. De plus, la vente des biens nationaux ne profite dans un premier temps qu’aux plus aisés, alors que la récolte 1789 s’avère plutôt mauvaise. Le mécontentement des paysans est encore augmenté par la question religieuse.
L’Église est, en effet, le troisième obstacle à l’action de la Constituante. Celle-ci a pourtant reçu le soutien massif du bas clergé à ses premières heures. Mais, une fois la dîme abolie et les biens de l’Église remis à la nation, se pose clairement la question de la place de l’Église dans l’État. La Constitution civile du clergé, adoptée en juillet 1789, rompt le lien établi depuis 1516 par le concordat de Bologne ; en brisant le maillage diocésain antérieur, elle renvoie dans le siècle les réguliers et impose à tous les prêtres un serment à la nation, à la loi et au roi, ce qui crée une dépendance vis-à-vis d’une autre autorité que celle de l’Église : beaucoup refusent, d’autant que le roi a clairement manifesté son hostilité à cette constitution et que le pape Pie VI la refuse par le bref Quod aliquantum du 10 mars 1791. Le clergé « réfractaire » s’avère particulièrement nombreux dans les zones de bocage, dans certaines villes et bénéficie de l’indulgente indifférence des autorités. Coupée de l’Église qui a longtemps servi de ciment idéologique à la nation française, la Constituante se sépare donc, en octobre 1791, sur la lourde menace d’un pays divisé.
La Constituante est une période essentielle dans l’histoire de France : sur le plan du droit, elle liquide de façon irréversible l’Ancien Régime en disloquant la tripartition de la société, en détruisant l’essence divine de la monarchie, en imposant le fondement constitutionnel à l’État. À côté d’enthousiasmes débordants, le régime a suscité des hostilités insurmontables et révélé l’acuité des tensions sociales liées à l’argent. L’échec de la Législative est en définitive l’écume de l’œuvre révolutionnaire de la Constituante.
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