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Croquants, révoltes des

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Croquants, révoltes des, expression désignant certaines insurrections paysannes en France de 1594 à 1660.

Il y eut quatre principales révoltes paysannes nommées « révoltes des Croquants » (le sobriquet méprisant était d'ailleurs fort mal reçu par les paysans auxquels il était attribué), en 1594 dans le Bas-Limousin et en Périgord ; en 1624 dans le Quercy ; entre 1637 et 1641 dans le Périgord de nouveau ; en Gascogne, dans le comté de Pardiac en particulier de 1638 à 1645 ; dans le Rouergue enfin, à la même période. Cependant, les Croquants désignèrent communément les paysans révoltés durant tout le XVIIe siècle.

La première révolte était liée au refus des taxes levées par les protestants et les royaux pour faire face aux troupes de la Ligue. Les autres révoltes eurent, en plus de ce côté antifiscal, un caractère antiétatique nettement affirmé : les Croquants étaient contre la mise en place des élections (circonscriptions fiscales à opposer aux pays d'État) qui entraînaient une aggravation de la pression royale ; ils se levaient contre les officiers royaux, les intendants surtout, et les élus ; ils s'opposaient aux « crues » d'impôt qu'imposait la monarchie pour alimenter son trésor de guerre. Ils trouvèrent souvent appui et relais dans les villes, voire chez leurs seigneurs tels La Motte la Forest qui organisa une assemblée de trente mille paysans en 1637.

Le mécanisme était relativement ritualisé : à l'annonce d'un prélèvement nouveau, les paysans d'une paroisse faisaient sonner le tocsin, se rassemblaient en armes (quelques fusils, fléaux, crocs) et se mettaient en marche vers la résidence du représentant du roi en rameutant d'autres villageois. Un nobliau, un prêtre parfois, menait la troupe qui commençait par exécuter quelques soldats d'après des procédures macabres. Selon l'importance de la troupe et ses réseaux, elle pouvait ainsi harceler pendant plusieurs jours, voire plusieurs années, les autorités provinciales. Celles-ci faisaient alors intervenir des régiments royaux, avec à leur tête un personnel compétent comme le chancelier Séguier, et les paysans étaient finalement massacrés. L'intendant, parfois, renonçait à une partie du prélèvement supplémentaire.

Les Croquants firent, dans les années 1960, l'objet d'une ardente polémique historiographique à la suite de la publication des travaux du Soviétique Boris Porchnev qui, après dépouillement des archives de Séguier, analysait ces mouvements comme des luttes de classes ; les travaux de Robert Mandrou et Yves-Marie Bercé montrèrent que le caractère classiste des révoltes populaires au XVIIe siècle était moins net que leur caractère traditionnel, antifiscal et antiétatique.

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